Le samouraï incarne un idéal : loyauté, courage, maîtrise de soi, discipline. Un ensemble de valeurs qui dépasse largement l’image du simple guerrier. C’est quelqu’un qui agit avec décision, dignité et retenue, même dans les gestes les plus simples.
Dans Samouraï Gourmet, cette figure prend une forme inattendue.
Le personnage ne devient pas un samouraï au sens réel. Il s’imagine en samouraï pour oser entrer dans un restaurant, commander sans hésiter, affirmer ses envies. Autrement dit, il projette une version idéalisée de lui-même, quelqu’un qui agit sans peur du regard des autres.
Ce n’est finalement pas si exagéré, surtout dans une société où le regard collectif et le rôle social pèsent fortement, et plus encore pour un homme qui vient de quitter le monde du travail. Comme chez nous, certains vivent mal la perte de statut et doivent réapprendre à exister autrement. Ici, le samouraï devient alors un appui : il l’encourage, le valorise, lui redonne une forme de légitimité.
Je ne suis pas une grande amatrice de séries sur la nourriture, et pourtant celle-ci m’a arrêtée. Pas pour ses plats, mais pour cet homme.
Ce jeune retraité ne sait pas très bien quoi faire de sa liberté. Toute sa vie, il a été du côté du devoir, du cadre, du regard des autres. Et face à un simple repas, il hésite encore.
Alors il s’imagine en samouraï.
Ce samouraï qui l’accompagne, dans sa tête, devient peu à peu plus qu’un modèle : un passage. Celui qui l’aide à se libérer, à prendre confiance, à assumer enfin son plaisir et sa liberté, dans une société où même cela doit parfois se justifier.
Le décalage est d’autant plus intéressant qu’il ne se pose pas de la même façon pour un regard occidental. Et pourtant, il n’est pas si lointain : nos propres générations ont aussi appris qu’il fallait d’abord faire, produire, mériter, avant d’envisager, peut-être, de profiter.
J'ai trouvé la série un peu répétitive, parfois très simple mais elle est courte et agréable à suivre. Et il y a quelque chose de juste dans ce mouvement discret : apprendre à se choisir, tardivement, sans bruit.
Une série à regarder comme lui apprend à vivre : sans se presser, en acceptant les petits pas… presque comme un samouraï.