Si je devais résumer le drama Seasons of Blossom en quelques mots, je dirais que : " J'étais venu pour un drame psychologique, j'ai eu quatre heures de barbe à papa avant qu'on sorte enfin le couteau. " Voilà ce que j'ai ressenti en finissant la série. Basé sur le webcomic pour ados Chungchun Blossom de Hong Deok, la série a malheureusement subi les foudres d'une adaptation encore calamiteuse, à rendre jalouses les anciennes productions du Club Dorothée (putain, le coup de vieux dans la gueule). À la base, Seasons of Blossom avait pourtant une idée intéressante. Le concept de Lee Ha-Min était même plutôt fort : un lycéen de 17 ans en apparence parfait, gentil, altruiste, apprécié de tous, qui finit par craquer sous le poids des attentes familiales, de la pression permanente et de la responsabilité qu'il porte envers son petit frère. Vendu comme ça, il y avait matière à faire un vrai drame psychologique sur la souffrance invisible des adolescents. Le problème ? Le drama avait l'idée. Il n'avait pas forcément l'exécution.
Contrairement à ce que l'on peut lire ailleurs, l'histoire débute en 2015 et pas en 2016. Lee Ha-Min(Seo Ji-Hoon) et Han So-Mang(So Ju-Yeon) fréquentent le lycée Seoyeon. Si lui paraît être un élève modèle, gentil, altruiste et beau gosse, il est aussi timide et cache en lui une part de mystère et de mélancolie. Elle est une jeune fille au grand cœur, mais comme lui, elle est timide et se mésestime. Après quelques moments passés dans la salle d'arts plastiques, ils vont commencer à sortir ensemble, mais un événement tragique va les séparer à jamais. En 2022, So-Mang revient dans son ancien lycée en tant que prof stagiaire. Mais elle va être profondément choquée en apprenant l'existence de Jae-Min, le petit frère de Ha-Min(Kim Min-Kyu), de six ans son cadet. Pour compléter le tableau, ajoutons les génies du bahut (mais non, je déconne) : Yoon Bo-Mi(Kang Hye-Won), la reine de la serpillère ; Choi Jin-Young(Yoon Hyun-Soo), le roi des jeux vidéo à la tronche amorphe; et la passeuse de plats amoureuse depuis la primaire de Jae-Min, la dénommée Kang Sun-Hee(Oh Yu-Jin), qui devrait prendre des cours d'esthétisme chez Castorama.
Reprenons du début. Le fameux mystère autour de Lee Ha-Min. Heu... mais quel mystère exactement ? À moins d'être stupide ou de ne pas encore être remis d'un concours de Soju, on comprend qu'il est mort et que son suicide est au centre de l'histoire. Il reste évidemment la question du " pourquoi ", mais encore faut-il donner envie au spectateur de chercher la réponse. Pendant une grande partie du drama, j'ai surtout eu l'impression d'attendre qu'on daigne enfin me raconter ce qu'il s'était réellement passé. Mais le début (les 6 premiers épisodes) est tellement calamiteux qu'il va plus donner l'envie de se barrer que de rester, parce que j'ai cru que sur la pancarte c'était écrit : « Drama interdit aux plus de 18 ans ». Le montage entre passé et présent (2015/2016 puis 2022) aurait pu être intéressant, mais il devient rapidement contre-productif. Ce n'est pas un flashback utilisé pour enrichir l'histoire, c'est un ping-pong permanent qui retarde artificiellement les informations. Le plus gros problème du drama est son rythme, vu qu'il faut attendre le 7e épisode pour voir l'une des trois scènes les plus poignantes du récit. Comme je l'ai dit en introduction, le couteau était bien aiguisé, mais il est resté dans le tiroir trop longtemps.
Le mélange romance/drame est proposé comme le grand écart façon Jean-Claude Van Damme : c'est du n'importe quoi. Ça dénature le propos et fragilise le message initial : d'un côté, on a un suicide, de la culpabilité, de la souffrance et de la pression psychologique ; et de l'autre, des amourettes d'ados stupides qui dégoulinent de guimauve et de niaiserie. C'est comme si deux dramas différents avaient été mis dans un mixeur. C'est une vraie bouillabaisse émotionnelle. Autre gros problème : le casting est un naufrage. Si Seo Ji-Hoon s'en sort, tous les autres sont mauvais. So Ju-Yeon cumule une voix insupportable avec un jeu pauvre ; quant à Kang Hye-Won, c'est une catastrophe ambulante. Les autres sont à mettre dans le même panier, la palme de la médiocrité revenant à Kim Min-Kyu, qui s'est trompé de métier. Pas étonnant qu'il ne trouve des rôles que dans des nanars. Bref, personne n'est au niveau de la dramaturgie : c'est un EGG zéro de l'émotion 95 % du temps. Le plus frustrant avec ce drama, c'est qu'il n'est pas mauvais parce qu'il n'a rien à raconter : il est mauvais pour ce qu'il raconte. Il y a des scènes ubuesques qui viennent détruire la montée en puissance de la scène précédente sans aucune raison. Autre problème : les réactions sont souvent disproportionnées ou sorties de leur contexte.
Le fond avait de quoi raconter une belle histoire, mais entre une écriture pauvre, un casting aux fraises servi par des dialogues proches d'une sitcom, une mise en scène et une réalisation bancale, difficile de transformer du plomb en or. Le summum étant une musique insipide présente de bout en bout sur la plupart des dialogues, qui m'a fait directement penser au titre du film de Truffaut " Tirez sur le pianiste" (C'est l'instant culture). Franchement il fallait oser le sujet grave du suicide avec des histoires de lycéens qui se comportent comme des collégiens découvrant l'amour pour la première fois. On était à la limite de l'intervention de la police des mœurs pour une accolade ou un simple smack. Oui ne vous attendez pas à des baisers enflammés façon Yoo Yeon-Seok ou Seo In-Guk, c'est pas Robocar Poli niveau ambiance, mais presque. On ne ressent pas grand chose à la sortie du drama, parce que le scénario a l'art subtil de tout phagocyter. On a vraiment l'air que ce sont les pieds nickelés qui ont été chargés du projet et que Rantanplan a validé la production. Le final est à l'image de la série, on vient d'un côté conclure le récit de nos deux gentils couples de neuneu, tandis que de l'autre côté, on essaie de te faire pleurer, façonLa petite maison dans la Prairie. C'est ennuyeux mais surtout gênant.
L'intention de cette critique n'était pas seulement de faire rire de manière acerbe, mais aussi de mettre en lumière la montagne de problèmes cachés sur, et pas sous le tapis. Je pense sincèrement qu'il y avait mieux à faire et à raconter. Seasons of Blossom est une bonne idée enterrée sous trop de lenteur, trop de séquences mielleuses et une narration qui confond parfois mystère et silence. Et puis même le titre est galvaudé : la Saison des fleurs ? Vous êtes sérieux ? La fleur de pavot, sans doute. Ce n'est donc pas un mauvais drama parce qu'il aurait choisi un mauvais sujet. Au contraire, son problème vient justement de l'inverse : il avait entre les mains un matériau capable de raconter quelque chose de fort sur la souffrance adolescente, mais il l'a noyé sous une avalanche de romance sucrée, de maladresses narratives et d'émotions forcées. Une belle idée reste une belle idée, mais encore faut-il savoir quoi en faire. Le problème du drama n'était pas le matériau, c'était le maçon : sans fondations bétonnées, la maison s'écroule. Et visiblement ici, ce n'était pas les clés de la bagnole qu'on avait volées, mais celles de la bétonnière.
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