5
le 29 mars 2025
Suivreprévisiblement médiocre
Je pense que Severance représente tout ce qui ne va pas avec le format sériel. On commence avec une idée sympa sur le papier (mais juste sur le papier) où des gens séparent leur vie pro et de leur...
Severance possède tous les atours qui font d'une série une œuvre mémorable.
Dès les premières minutes ces bureaux, à la fois étriqués et vertigineux de gigantisme, plongent le spectateur dans un univers minimaliste où chaque accessoire au charme bureaucratique rétro contribue à une atmosphère presque onirique.
On s’aventure peu à peu dans ces couloirs comme dans un rêve étrange, partagé entre l’anxiété et la curiosité, guettant la prochaine étrangeté qui surgira de cet univers à huis clos et sur ce terrain, la série se montre redoutable et ces lieux se révéleront effectivement plein de surprises.
Un monde entièrement codifié, régi par une logique interne déroutante, qui nous fait sans cesse osciller entre malaise et amusement tant les situations flirtent avec l’absurde. Ce qui les rend d’autant plus troublantes, c’est qu’elles s’inspirent malgré tout de réalités bien concrètes du monde professionnel avec, peut-être, une pointe de Prozac et de sectarisme en supplément.
L'immersion dans ces bureaux aux airs de backroom est saisissante et la multiplication des mystères autour de cette compagnie, de ses employés, et simplement du but de tout ce bordel, m’a littéralement happé.
Le casting vient frapper fort avec Marc, cet employé à l'air désabusé, ringard, qui semble manger bêtement ce que la boîte lui régurgite dans le but d'évoluer et d'être à la hauteur de sa récente promotion.
La volcanique Helly, qui semble la seule personne lucide dans cet asile de fous, et qui n'hésite pas à tout questionner et mettre les pieds dans le plat, quitte à être obstinément retorse à toute entreprise d'intégration à son égard.
Irvin et Dylan, l’un coincé corporate et l’autre complètement lunaire et outrancier, ne manquent pas d'apporter un peu de légèreté dans cet univers anxiogène. Le tout sonne juste, et la dynamique entre les quatre compères m’a chaleureusement rappelé The Office ou encore The IT Crowd.
Cette dream team est chapeautée par Cobel et Milchick, respectivement responsable et responsable adjoint de ce département. Cobel est glaçante, imprévisible et impénétrable. Ses relations passives-agressives avec Marc sont déconcertantes, et du début à la fin, ses aspirations profondes restent un mystère. Milchick, quant à lui, est extraordinairement bon dans son rôle de référent, feignant toujours l'optimisme et l'engagement à la perfection. Même si, parfois confronté aux réactions de plus en plus extrêmes de son équipe, on se délecte de voir le masque se fissurer.
Le générique est excellent et mérite d'être souligné. La musique m’a emporté, la technique est géniale, et il fourmille de détails qui semblent confus au début, puis, à mesure que l'on progresse dans la saison, se révèlent tous pertinents et nous racontent quelque chose.
À ce stade, l'univers visuel est cohérent et réussi, le casting excellent et bien huilé. Ne manque que le troisième élément de la "Triforce" : un concept efficace.
La severance, ou dissociation, consiste en une opération chirurgicale où l'on vous implante une puce au milieu du cerveau. Elle a pour effet, une fois passés les portiques de sécurité de l'entreprise, de vous faire basculer sur une conscience neuve, active uniquement sur les heures de bureau.
Ce postulat de technologie dystopique mais pas tant que ça (coucou Neuralink) aurait pu très clairement être un épisode de Black Mirror. Sauf que là, le réal dispose de neuf épisodes pour l'étendre et le peaufiner à sa guise, et c'est un franc succès.
J'ai adoré la myriade de dilemmes et de problématiques qu'occasionne cette technologie, parce que ça touche une thématique qui me fascine : la conscience et ses questionnements.
Qu'est-ce qui la détermine ? À partir de quel point cesse-t-elle de nous appartenir ?
Là-dessus, la série frappe fort, et les situations déployées sont excellentes, jusqu'à un final explosif que je qualifierais de Prison Break de l'esprit, qui m'a juste agrippé à mon siège et laissé exsangue devant le cliffhanger final.
Après m'être remis de mes émois, un dur constat : il me faut désormais une saison 2 et une crainte : vont-ils savoir s'arrêter ?
Trop souvent, le format série ternit une œuvre que je trouve initialement excellente, à force d'étirer et de réchauffer un concept.
Cette saison 1 est maîtrisée de bout en bout et classe aisément Severance dans mon top séries. Mais, contrairement à un long métrage, ce qui est fait ici peut être défait.
Au moment où j'écris cette critique, je viens de terminer la saison 2, que j'ai trouvée moins réussie que la première, la faute à certains épisodes "prise de risque" trop éloignés de l'atmosphère initiale, qui n'apportent malheureusement pas grand-chose, si ce n'est un manque de rythme.
Certains épisodes restent malgré tout fabuleux, notamment la scène d'ouverture avec ses travellings furieux qui m'ont impressionné, et le dernier épisode frénétique, étonnamment violent et très touchant dans son propos, qui laisse évidemment de nouveau sur sa faim (cliffhanger toujours), malgré certains dénouements bienvenus.
Je serai donc présent pour la saison 3, bien que je redoute encore une perte de qualité. La conjoncture des séries frappe de nouveau là où je pense qu'une seule et unique saison d'une douzaine d'épisodes aurait fixé cette série au panthéon du genre.
Créée
le 12 nov. 2025
Critique lue 22 fois
5
le 29 mars 2025
SuivreJe pense que Severance représente tout ce qui ne va pas avec le format sériel. On commence avec une idée sympa sur le papier (mais juste sur le papier) où des gens séparent leur vie pro et de leur...
9
le 26 mai 2022
Suivrele 25 mars 2025
Saison 1 :Et si "Severance" (« rupture » en anglais, mais le mot est également systématiquement utilisé quand on fait référence au licenciement, au départ d’un employé, ce qui est important…) était...
5
le 19 nov. 2023
SuivreCette série a tout pour plaire. Un jeu d'acteurs remarquables, une image parfaite, un fond sonore aux petits oignons. On passe de merveilleux moments dans ce monde imaginaire, entre effroi et...
8
le 9 juin 2025
SuivreUne adaptation de "La route" par Larcenet..Connaissant le propos de l’un et le talent de l’autre, cela sentait très bon d’office. J’ai donc acheté quasiment à l’aveuglette. Je ressors de cette...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème