Sex Education arrive 15 ans trop tard! Pourquoi n'a-t-on pas pu regarder ça quand on était jeunes? On se serait senti moins seuls! On n'aurait pas flippé autant! Enfin bon, le mal est réparé. Grâce à la showrunner Laurie Nunn, cette série a enfin le mérite d'exister. Puis finalement, les souvenirs doux-amers qui s'en dégagent rattrapent bien le retard générationnel qui nous a été imposé!
Tout adolescent qui découvre enfin son corps et le désir de l'autre s'est retrouvé seul face aux tabous que la société lui impose. C'est une période aussi effrayante qu'excitante qui s'ouvre pour le jeune lycéen. Une période remplie de doutes, d'envies, de hontes et d'incompréhensions, et c'est exactement ce dont nous parle Sex Education.
Otis, un jeune lycéen de 16 ans a un terrible secret : sa mère est thérapeute sexuel. Pire, il est lui-même devenu une sorte d'encyclopédie du sexe sur pattes à force d'espionner les entretiens de sa mère et de ses patients. On pourrait penser que le jeune homme va alors profiter de son savoir pour draguer tout ce qui bouge et cumuler les conquêtes sexuelles, mais non. Toujours puceau, timide comme pas permis et encore incapable d'éjaculer, Otis n'est finalement qu'un gentil petit lycéen standard dont le meilleur ami gay se fait bully par la tête de nœud du coin.
Seulement, le quotidien du jeune homme va vite être bouleversé par sa rencontre avec Maeve, surnommée la "croqueuse de queue" par tout le lycée. Bien plus charmante que son surnom le laisse penser, la nouvelle arrivée va vite découvrir le petit secret d'Otis et monter le business plan le plus rentable du second degré : proposer des thérapies sexuelles à toute une population lycéenne aux abois.
Si la série repose de manière assez flagrante sur le modèle des teen movies à l'américaine, ce qui peut paraître parfois assez étrange vu que l'histoire se passe au fin fond de l'Angleterre, elle réussit pourtant à développer sa propre identité. Tout d'abord, elle ne cède pas à une écriture paresseuse reposant sur des archétypes sans profondeur. L'histoire prend le temps de développer chacun de ses personnages si bien que même les plus détestables d'entre eux finiront par atteindre le spectateur.
Ensuite, contrairement à beaucoup de teen movies qui préfèrent abuser du drame pour montrer à quel point il peut être difficile d'être un adolescent en pleine recherche d'identité, Laurie Nunn préfère choisir un autre angle : l'humour. Très anglais, celui-ci va surtout s'attacher à rire des différentes situations parmi les plus cocasses que nous avons tous pu vivre en tant qu'adolescents. Malgré tout, la série reste toujours bienveillante vis à vis de ses personnages et ne cherche jamais à juger ou critiquer. La taquinerie est ici davantage un instrument de compréhension au service du spectateur. S'ajoute à cela un sens du dialogue et de la répartie qui reflète parfaitement cette petite cruauté adolescente cherchant toujours à obtenir le dernier mot.
La showrunner n'oublie pas pour autant de traiter avec sérieux les difficultés que peuvent rencontrer les jeunes lycéens. Même les sujets les plus lourds et actuels passent au crible de la série : avortement, harcèlement, discriminations. Tant de nouvelles épreuves auxquelles les adolescents n'avaient jusque là jamais été confrontés et qu'ils vont devoir dépasser pour pouvoir s'épanouir.
Finalement, Sex education est une série capable d'atteindre toutes les tranches d'âge de spectateur : l'adolescent paumé qui pourra y trouver quelques clés, le jeune adulte nostalgique de cette période charnière de sa vie, les parents effrayés à l'idée que leurs enfants puissent y perdre des plumes. Sans chercher à forcer le trait mais sans non plus tenter de nier la froide réalité, la série témoigne d'une tranche de nos vies, la plus difficile mais peut-être aussi la plus belle. Une série à voir, par curiosité, par nostalgie ou par envie.