Si je te dis Minority Report, Prémonitions ou Dead Zone au hasard, ça te parle ? Car dans Sketch (Croquis), le thème principal de ce thriller policier tourne autour de la précognition, cette faculté extrasensorielle qui permet à une personne de prévoir l'avenir à certains moments. Ici, c'est le concept du déterminisme poussé à l'extrême qui est mis en avant, ainsi que le principe de causalité : ce qui se passe maintenant sera la cause de ce qui arrivera plus tard. Et grâce à ce don ou ce pouvoir déterminant, c'est toujours la même question qui revient : si vous pouviez sauver des milliers de personnes en tuant un innocent aujourd'hui, le feriez-vous ? Le futur est-il immuable ou peut-on le modifier ? Ainsi, c'est tout le poids de la responsabilité qui repose sur les épaules de celui qui détient ce pouvoir et dans la manière dont il va l'utiliser. C'est un récit profond et très bien construit qui nous attend.
Kang Dong-soo(Rain) est un détective de la criminelle. Il est fiancé à la procureure Min Ji-soo(Yoo Da-in). Lors d'une mission, il tombe sur le carnet de Yoo Shi-hyun(Lee Sun-bin), une policière qui a le pouvoir de prévoir à trois jours des éléments futurs en dessinant des croquis lors de phases de transe. Elle travaille avec une agence mystérieuse qui utilise son don. Elle le met en garde sur le fait que sa fiancée sera tuée. Disposant de cette faculté depuis l'enfance, ses prédictions se sont toujours réalisées. Le jour où Ji-soo est tuée en même temps qu'un dangereux criminel, la vie de Dong-soo bascule. Car derrière le meurtrier Kim Do-jin(Lee Dong-gun), qui n'est que l'instrument de la vengeance, se cache aussi quelqu'un qui dispose d'un pouvoir de précognition plus étendu et qui manipule son entourage pour accomplir un but bien précis. Un combat va alors commencer entre ces deux camps qui ont des approches opposées pour sauver des vies et prévenir le crime.
Sketch propose une réflexion fascinante sur le destin et le Karma, sur ce que nous sommes, avons été et serons. Dans le drama, la frontière entre la justice et la vengeance est mince. Ce qui retient l'attention dans ce thriller policier, c'est la façon dont il est construit. Son scénario évolue au fil des épisodes, dévoilant au final une machination à l'échelle nationale. Car derrière ce qui au départ ne semble être qu'une lutte entre un groupe de policiers qui œuvrent pour rendre justice et un autre qui utilise les mêmes forces en commettant des meurtres pour en éviter d'autres, se dissimule une force supérieure. C'est un affrontement entre la moralité et le pragmatisme ambiant. La frontière entre le bien et le mal est ténue, et porter des jugements sur ces gens va s'avérer plus compliqué que prévu. Ce n'est jamais manichéen, parce que même les "hostiles" ont leurs propres raisons, et leur justification de la violence peut se comprendre et s'expliquer, à défaut d'être partagée. Durant les deux tiers du drama, le rythme est soutenu et il y a pas mal de rebondissements liés à l’interconnexion de ces visions simultanées, qui vont altérer le continuum espace-temps et ainsi modifier les visions préétablies. Faites bien attention à tous les détails qu'on vous donne.
C’est surtout le combat d’un homme qui ne veut pas devenir un monstre contre un autre qui en est devenu un par désespoir et fatalisme. On est souvent mené en bateau et on se fait piéger plus d'une fois, et moi j'adore être pris pour un con de cette manière. Le suspense est omniprésent et le scénario tient la route. Ici, pas de "cas par cas", on suit une seule et même enquête, et le début est déroutant. Mais il n'y a pas de place au hasard: si Min Ji-soo est tuée au début, c'est parce que cela faisait partie d'un plan d'ensemble plus vaste. Ce camp veut éliminer les criminels ou les futurs criminels de manière préventive : on est dans la justice prédictive, on supprime le criminel avant l'acte criminel. Ce drama est sombre, violent, avec des phases d'action convaincantes. Mais surtout, il fait réfléchir sur ce que nous sommes et sur les décisions que nous sommes amenés à prendre. La partie psychologique est aussi importante, le déterminisme ambiant le réclamant forcément. La tension est palpable, nos héros sont souvent sur le fil du rasoir, les bons comme les mauvais. On ne peut pas totalement prévoir la conclusion, même si elle apparaît évidente en partie.
Les personnages sont assez bien construits, les bons comme les mauvais ; ils ont tous des histoires dramatiques derrière eux, ce qui peut expliquer leurs choix et leurs décisions. Si Kim Do-jin est devenu un "Terminator" du jour au lendemain, qui pourrait lui en vouloir ? Surtout qu'il est manipulé par Jang Tae-joon(Jung Jin-young), qui lui aussi a des circonstances atténuantes. Et ce n'est que le sommet de l'iceberg. Dong-soo est lui aussi en passe de sombrer dans le "côté obscur de la force", mais ce sont Moon Jae-hyun(Kang Shin-il) et Shi-hyun qui l'empêchent de basculer dans la haine et la vengeance pure. Leurs choix sont déterminés par des forces extérieures à leur personnalité et à leur psychisme actuel. Chaque protagoniste porte son fardeau et sa peine, mais si certains restent bons et droits et croient encore en l’espoir de la justice, d'autres pensent que dans un monde déshumanisé et vil, il faut agir avant de réfléchir à la futilité du propos. Mais ils sont tous interconnectés. Ici, tout est écrit d'avance, il faut suivre les règles de la prédestination et essayer d'éviter les pièges tendus par cette dernière. Le récit est complexe, grandiloquent par moments, à la fois emphatique et empathique. Mais la fin justifie-t-elle toujours les moyens ?
Sketch est un très bon drama qui repose sur plusieurs thèmes de réflexion et qui met en valeur des personnages torturés. C’est à la fois cynique, réaliste et violent. Il réussit le tour de force de nous faire douter de notre propre sens moral. Il apparaît que leur don est plus une fatalité qu'une bénédiction, car il a faussé leur vision de la vie. Les seuls vrais défauts que je lui trouve sont un petit coup de mou durant deux épisodes, une réalisation trop classique qui a pris un peu la poussière, et une certaine complexité qui pourra en rebuter certains. Ou, au contraire, attirer des gens exigeants (comme moi) sur le contenu. Le final n'est pas aussi appuyé qu'on l'aurait souhaité, trop optimiste peut-être. Par contre, ici, on n'hésite pas à faire tuer des personnages clés, on joue le jeu de la réalité. J'ai bien aimé le jeu des acteurs dans l'ensemble et le panel d'émotions qu'ils dégagent. C'est une œuvre sur le sacrifice, le deuil et l'impossibilité d'échapper à sa propre nature. L'abnégation et la résilience sont des valeurs mises en avant durant l'histoire. Ce drama fait preuve de rigueur intellectuelle, entrecoupée de phases d'action efficaces. Tu as aimé Tunnel, Train ou Signal ? Alors Sketch est du même calibre, un must à voir pour les amateurs du genre.
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