Slow Horses donne l’impression persistante d’une série persuadée d’être plus maligne qu’elle ne l’est réellement. Sous ses airs de thriller d’espionnage « déviant », elle recycle en réalité les clichés les plus fatigués du genre, en les badigeonnant d’un cynisme de façade censé faire illusion.
Les personnages, d’abord, sont d’un stéréotype confondant. Le chef odieux mais brillant, les agents ratés mais attachants, la jeune recrue compétente mais sous-estimée… tout y passe, sans surprise, sans relief. On ne les découvre pas, on les reconnaît. Pire : ils semblent parfois écrits comme des concepts plutôt que comme des êtres humains, chacun réduit à une fonction narrative ou à un gimmick comportemental. Résultat : peu d’évolution, peu d’émotion, beaucoup de déjà-vu.
Côté casting, l’ensemble est très inégal. Certains acteurs s’en sortent honorablement, quand d’autres semblent totalement perdus dans un registre qu’ils surjouent ou sous-investissent. Les écarts de niveau sautent aux yeux et nuisent à l’immersion : on n’est jamais totalement dans la série, toujours un peu en train de regarder des acteurs faire semblant d’être dans une bonne série.
L’humour, souvent mis en avant par les défenseurs de Slow Horses, devient rapidement un problème. Ce qui se veut grinçant tourne vite au lourd, voire au redondant. Les mêmes vannes reviennent (les pets de Gary Oldman), les mêmes situations humiliantes s’enchaînent, et l’ironie permanente finit par écraser toute tension dramatique.
Paradoxalement, l’un des rares vrais points positifs réside dans le rythme, qui évoque parfois celui de 24 heures chrono. Les épisodes avancent vite, les enjeux sont clairs, les scènes s’enchaînent sans trop traîner. On sent une volonté d’efficacité, presque mécanique. Mais là où 24 assumait sa brutalité et sa simplicité, Slow Horses semble vouloir cacher la sienne derrière un vernis de second degré.
Car c’est bien là que le bât blesse : les facilités scénaristiques. Les coïncidences opportunes, les décisions absurdes prises uniquement pour faire avancer l’intrigue, les retournements téléphonés… La série triche souvent, et parfois sans aucune subtilité. Certains arcs donnent même l’impression d’une écriture fainéante, voire franchement débile, tant les solutions apparaissent artificielles ou déconnectées de toute logique interne.
Au final, Slow Horses est une série qui fonctionne sur pilote automatique. Elle avance, elle divertit vaguement, elle fait illusion sur la durée courte. Mais derrière son cynisme et son humour appuyé, elle révèle surtout un manque d’ambition et de rigueur. Une série qui se croit maligne, alors qu’elle se contente d’être fainéante.