Snowdrop
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Snowdrop

Drama JTBC (2021)

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Nous sommes au début du mois de décembre 1987, les élections présidentielles approchent. Et contrairement à ce que j'ai pu souvent lire, non, ce n'est pas la fin de la dictature qui s'annonce. En effet, avec l'arrivée du général Roh Tae-woo au pouvoir, dauphin de Chun Doo-hwan, il y aura peu d'assouplissements. Même si, sous son mandat, on observera les débuts timides de la démocratisation, la corruption de l'État liée aux Chaebols (qui ont financé sa campagne avec la bienveillance américaine), sera endémique. Il faudra ainsi attendre 1993 pour voir le vrai changement constitutionnel (pourtant voté en 1988) avec l'élection du premier civil comme président de la République. Pour en revenir au drama, Snowdrop est avant tout un thriller d’espionnage mêlant politique et complots, mais qui va tourner au fiasco mélodramatique. La faute à un scénario qui, à défaut d'être réaliste (puisque romancé), va s'avérer rapidement peu crédible, poussif, et finir par se discréditer lui-même. Concernant la polémique entourant la série, je l'évoquerais en toute fin, car légitime selon moi. Dernière chose le drama est (trop) long, 16 épisodes durant entre 1h15 et 1h30. Bon courage!


La plupart des pitchs ou des résumés racontant n'importe quoi, je me dois donc de remettre l'église au milieu du village. Pendant les trois premiers épisodes, on va planter le décor autour de Lim Soo-Ho(Jung Hae-In), un étudiant qui est en réalité un agent nord-coréen chargé d'exfiltrer quelqu'un avec son commando. Il va faire la rencontre de Eun Yeong-Ro(Jisoo) qui, par le plus grand des hasards (ce qu'il ignore), se trouve être la fille du chef de la sécurité intérieure. Elle va s'amouracher de lui. Malheureusement pour Soo-Ho, ses agissements étaient surveillés par des agents de l'ANSP (l'ancien KCIA et actuel NIS). Au cours d'un affrontement, il est blessé et se retrouve bloqué avec ses hommes dans l'université privée pour filles où réside Yeong-Ro. Cet endroit va être le théâtre d'un huis clos qui va s'éterniser, le dortoir et ses nombreuses otages devenant un enjeu crucial. C'est aussi un nid d'espions. À l'extérieur, Eun Chang-Su(Heo Jun-Ho), le père de Yeong-Ro, mène les négociations. Mais derrière cette crise se cachent des tractations secrètes entre le parti Aemin, qui complote pour garder le pouvoir, et de mystérieux dignitaires nord-coréens dont les buts et intentions restent encore nébuleuses.


Premièrement, l'affiche est juste un effet marketing, la romance ne prenant que 15 % du temps. Si vous venez pour ça, vous n'êtes pas au bon endroit. Avec Snowdrop, JTBC ambitionnait de livrer un thriller politique tendu, mêlant espionnage, complots et romance dans un contexte historique sensible. Sur le papier, le concept d’un huis clos dans un internat occupé par des agents secrets semblait idéal pour créer une tension permanente. Le gros point noir de la série, c'est qu'elle échoue presque systématiquement à transformer cette idée forte en une narration crédible et captivante. Dès les premiers épisodes, le rythme donne le ton : alternant séquences de tension et dialogues interminables, la série dilue sa propre intensité. La mécanique narrative repose largement sur une succession de rebondissements artificiels à tire-larigot qui laissent de marbre. Chaque stagnation de l’intrigue est compensée par un nouveau twist ou une alliance improbable, donnant l’impression que la série fonctionne par simple nécessité de remplir ses 16 épisodes plutôt que par une progression dramatique logique. Pour moi, cela fait office de repoussoir : les retournements deviennent prévisibles et perdent leur impact, et la cohérence interne s’effrite sous la pression de la surenchère. Je peux accepter les propos romancés et non réalistes, mais le manque de crédibilité, non, c'est rédhibitoire.


Autre gros point noir, les structures nord et sud-coréennes manquent parfois de lisibilité, les hiérarchies fluctuent selon les besoins dramatiques, et les décisions stratégiques des personnages semblent dictées par le scénario plutôt que par une logique réaliste. La suspension d’incrédulité, nécessaire dans un thriller politique, est donc régulièrement mise à mal. Le mélange des genres contribue également à cette impression d’instabilité. Le drama oscille entre thriller, romance et moments mélodramatiques ; c'est vraiment mal ajusté et les dialogues ne sont pas à la hauteur. Là où un récit comme Crash Landing on You réussissait à adoucir le contexte politique par une romance crédible et un humour léger, Snowdrop perd l’équilibre: la romance centrale manque de progression émotionnelle et l’alchimie entre les acteurs peine à convaincre, transformant la relation supposée intense en élément déconnecté du récit. Les scènes censées être tendues sont souvent sapées par des ruptures tonales ou des choix musicaux déplacés, comme des chansons d’amour surgissant au moment de l’action. Autre remarque : la violence, ou plutôt son absence tangible, constitue un autre point faible. Dans un contexte de prise d’otages et de complot, on s’attendrait à des conséquences dramatiques visibles. Or, la série évite presque toujours les impacts irréversibles, qu’il s’agisse de blessures graves ou de morts, du moins jusqu'au dernier épisode, fragilisant le réalisme.


Le point de rupture majeur, cependant, réside dans la tentative d’humanisation des agents et des figures autoritaires. La série cherche à rendre sympathiques Lim Soo-Ho, Lee Gang-Mu, Kang Chung-Ya ou d’autres, alors même qu’ils appartiennent à des systèmes autoritaires violents. Ce sont avant tout des assassins qui ont déjà torturé et/ou tué des innocents, il ne faut jamais perdre cela de vue. Cette approche peut fonctionner pour des personnages sud-coréens, mais devient peu crédible pour des agents nord-coréens supposément formatés depuis l’enfance par un endoctrinement intense. Cette incohérence psychologique et historique crée une fracture de plausibilité majeure : là où le drama tente de générer de l’empathie, il produit l’effet inverse, accentuant la sensation de décalage et d’invraisemblance. On est à la limite du révisionnisme historique. Et ce sont surtout ces éléments qui ont perturbé les spectateurs sud-coréens, et on peut les comprendre. Pour autant, Snowdrop n’est pas totalement dénué de qualités. L’ambiance et l’esthétique d’époque sont réussies : costumes, décors et direction artistique recréent efficacement l’atmosphère de la fin des années 1980. Cette dimension visuelle permet parfois de s’immerger dans le contexte, même si le scénario peine à soutenir l’immersion sur la durée.


En résumé, Snowdrop souffre d’un mélange de malfaçons, d'incohérences et de choix narratifs discutables. Entre huis clos dilué, inflation de twists, rythme inégal, tonalités instables, romance peu convaincante et incohérences historiques, la série finit par transformer son thriller initial en un récit hybride qui peine à convaincre. La plupart des acteurs font le job, et comme je ne suis pas sectaire, j’ai trouvé Kim Hye-Yoon assez convaincante dans ce rôle dramatique inhabituel. J’ai terminé le drama quasiment en PLS, après avoir dû avaler un bon nombre de couleuvres, malgré un dernier épisode assez réussi dans son déroulé, quoique trop larmoyant, avec une issue plus logique dans la violence et la résolution du conflit. Mais nous ne sommes pas dans Roméo et Juliette car Juliette survit. Au final, on ressort de Snowdrop avec le sentiment d’une œuvre ambitieuse dans son intention, mais constamment fragilisé dans son exécution. Et cela ne suffit pas à compenser le déséquilibre global du récit. Je mets quand même la moyenne car j'ai décidé d'être clément. Quant à la polémique que le drama a soulevée à cause d'une éthique douteuse, il y a de quoi la comprendre après tout ce que je viens de dire.


Main Theme : Jamie Miller - Wishes

Additionnels OST: Sung Si Kyung - If you're with me

Créée

le 9 juin 2026

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