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le 19 juil. 2010
SuivreThis is Spartacus
En règle général, je finis quelque chose avant de le critiquer, moins par éthique personnelle que parce que j'ai peur de passer pour un con (on a les motivations qu'on peut). Mais là, bon, comment...
Juger une série comme Spartacus est plutôt difficile, car en plus de devoir juger son aspect en tant que fiction, il convient également d'établir si elle est fidèle à la réalité historique. C'est la raison pour laquelle nous allons rédiger cette critique en deux parties : tout d'abord la qualité générale de l'œuvre puis une analyse saison par saison en parallèle avec la vraie histoire de Spartacus et de ses comparses.
ATTENTION : CE QUI SUIT CONTIENT DES SPOILERS
Parlons tout d'abord du casting durant ces 3 saisons (+ une préquelle). Les personnages principaux sont tous parfaitement campés, de Crixus le gladiateur gaulois à Marcus Crassus, en passant par Oenomaus, Ashur ou autres Barca ou Varro. Mention spéciale à John Hannah (Jonathan dans la saga de La Momie), qui prouve une fois encore sa formidable palette d'acteur. Mes petits bémols concernent Jules César, qui est très éloigné de la vision que nous avons de lui (en plus des incohérences historiques que nous analyserons lors de la seconde partie de cette critique), ainsi que le gladiateur Gannicus, dont l'acteur semble parfois dans l'excès, ce qui rend le personnage souvent horripilant. Mais venons-en au personnage le plus important, le mythique Spartacus. Et là, on peut dire que la série a du faire face à un drame majeur : le décès peu après la première saison d'Andy Whitfield, excellent dans le rôle principal. La plupart du temps, remplacer un acteur par un autre s'avère un choix (ou une nécessité dans le cas présent) catastrophique. Ainsi, pour en revenir à la saga de La Momie, Maria Bello fut catastrophique dans son rôle de Evy, bien loin de la géniale Rachel Weisz. Dans un autre genre, Muriel Robin fut beaucoup critiquée en raison de son interprétation bien inférieure à celle de Valérie Lemercier dans Les Visiteurs. Deux exemples parmi tant d'autres. Or, pour Spartacus, le petit nouveau, Liam McIntyre, fut absolument parfait en remplacement de Whitfield. Ressemblance physique d'abord, jeu parfait ensuite. Au bout d'un épisode, le regretté Spartacus version Whitfield est oublié, McIntyre nous emmène avec lui dans sa partition du rebelle thrace.
Voyons maintenant l'esthétisme de l'œuvre, et c'est certainement là où le bât blesse. Dans les effusions de sang d'abord : particulièrement excessives. Dans les scènes de sexe ensuite : tout est montré, du sexe des hommes aux seins des femmes, qui font de Spartacus une série quasiment pornographique par instants. Certes, on me dira que la Rome antique n'avait que faire des mœurs qui dirigent nos sociétés actuelles, le sexe y était légion, même entre personnes du mêmes sexe (tiens les socialistes sont les véritables conservateurs en fait??). Sauf que dans les faits, ce n'est pas tout à fait exact : la nudité était un fait avéré mais principalement pour les personnes de second rang (esclaves, gladiateurs). Les fameuses orgies romaines ont été énormément exagérées par certains auteurs modernes selon de multiples historiens. Et de toute façon, on peut, selon moi, visionner une série historique, en montrer tous les aspects (dont le sexe donc), tout en conservant un certain esthétisme visuel et une certaine retenue quant à certaines scènes.
Passons désormais à une analyse historique plus approfondie, saison par saison.
Les dieux de l'arène : il s'agit de la préquelle en six épisodes tournée après la première saison. Je vous conseille de la visionner en premier, pour une simple raison chronologique. D'un point de vue historique, peu de choses à dire concernant cette saison, qui a au moins le mérite de nous apprendre certaines choses sur les personnages principaux (hormis Spartacus, grand absent de cette préquelle) : la raison de la blessure de Ashur, les problèmes de cœur d'Oenomaus et Gannicus, l'ascension de ce dernier, l'arrivée de Crixus au sein du ludus des Batiatus, ainsi que les viles manœuvres de Batiatus et son épouse pour grimper dans la hiérarchie. Saison introductive intéressante donc, quoique sans véritable fulgurance (hormis peut-être la bataille finale).
Le sang des gladiateurs : Et Spartacus arriva. Ce qui m'amène à juger de manière globale la fidélité historique de l'ensemble de l'œuvre : sous ses airs de série assez libre, Spartacus est finalement très proche de la réalité historique tout au fil des saisons. Spartacus se retrouve chez Batiatus en raison de sa désobéissance envers Glaber et les troupes romaines, c'est la réalité historique. Difficile de déterminer en revanche s'il a réellement pris part à des combats de gladiateurs. Cette saison est clairement la meilleure, avec des fulgurances comme le combat de Spartacus et Crixus contre un féroce gladiateur jusqu'alors invaincu, la mort de la femme de Spartacus, la mort de Varro, meilleur ami de Spartacus, pour l'amusement d'un gamin immature, jusqu'à la révolte de l'ensemble du ludus et la mort de Batiatus. Un ultime épisode bouclant parfaitement une saison très bonne et préparant la saison 2.
Vengeance : Cette saison 2 fut pour moi la plus décevante, mais elle reprend assez fidèlement la réalité historique. Elle se résume en fait à un duel à distance entre Spartacus et Glaber, grand méchant de cette saison, prenant ainsi la place de Batiatus lors de la première saison, avant d'être "remplacé" par Crassus lors de l'ultime saison. Les troupes rebelles sont en faible nombre et ne sont pas encore réellement prises au sérieux par Rome, qui y voit un événement mineur. Dans un univers sombre et crasseux, Spartacus prendra sa revanche sur Glaber, et projettera par la suite de se venger de Rome dans sa globalité. C'est ce que l'on peut reprocher à cette saison : une vengeance personnelle d'un seul homme, contre celui qui a causé la mort de sa femme. Historiquement peu crédible, et loin des véritables préoccupations de Spartacus, qui souhaitait à la base l'émancipation des esclaves et non assouvir ses désirs personnels.
La guerre des damnés : Les troupes de Spartacus ont gonflé, il est désormais à la tête d'une véritable armée. Rome s'inquiète désormais véritablement de la menace rebelle et dépêche le richissime Crassus pour y mettre fin. La réalité historique est de nouveau bien respectée, Crixus et Spartacus se séparent, le premier va s'attaquer à la cité de Rome et ses vaincu à ses portes. Le second parviendra à faire passer certains de ses hommes de l'autre côté des montagnes afin de vivre en hommes libres. Petit bémol concernant l'affrontement Spartacus/Crassus, bien improbable. Cependant, la bataille finale est filmée à la perfection. Historiquement, la mort de Spartacus est sujette à débats : est-il mort au combat comme le suggère la série? A-t-il été crucifié comme le suggère le film de 1960 avec Kirk Douglas? Nul ne le sait véritablement. Pour conclure, voici quelques éléments à signaler concernant cette ultime saison. La scène de la décimation est proprement exceptionnelle, et également basée sur une vérité historique : Crassus a eu recours à cette vieille pratique pour éviter que ses troupes ne fuient de nouveau face à l'ennemi (la décimation consiste à tirer au sort dix soldats qui seront battus à mort par leurs camarades, pour l'exemple). Enfin, concernant les personnages, deux erreurs de taille sont à signaler : Tiberius n'est absolument pas le fils de Crassus comme le suggère la série (le personnage est du reste hautement détestable, mais c'est une autre histoire), et César est très très loin des représentations que nous avons de lui. Mais pire que cela, je n'ai trouvé aucune information concernant sa participation à la troisième guerre servile, encore moins en tant qu'infiltré parmi les troupes de Spartacus.
En conclusion, Spartacus est une bonne série, agréable à regarder, quoique possédant des scènes trop dérangeantes. Ce résultat est d'autant plus convainquant qu'elle aurait pu souffrir la comparaison face au formidable film de Stanley Kubrick. Bravo aussi pour les cohérences historiques. En revanche, une façon de filmer moins moderne aurait été préférable...
Créée
le 7 sept. 2015
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