Oui, parce que Spooky in Love avait pourtant trouvé la bonne formule. Classique, certes, mais suffisamment pétillante : une femme qui voit les morts, un procureur qui n’y croit pas mais en a une peur bleue, quelques revenants et une romance au milieu de tout cela. Un mélange de comédie romantique, de fantastique et d’enquête qui fonctionne plutôt bien pendant une bonne moitié de la série. Malgré quelques coutures déjà franchement visibles.
Ma Gang-wuk est assez loin du héros romantique traditionnel. Procureur tenace, entièrement tourné vers son travail et doté d’un certain flair, il est aussi radin, terre-à-terre et totalement imperméable aux collègues qui lui tournent autour. Mal dégrossi mais jamais insensible, il cache sous ses sarcasmes une véritable capacité d’empathie. Il n’est pas romantique mais franc et honnête. En soi, c’est déjà bien.
Et Yang Se-jong est probablement l’une des meilleures surprises de Spooky in Love. Je le savais capable d’intensité ou de gravité ; je le découvre ici dans un registre comique qui lui réussit. Son jeu tient beaucoup aux réactions, aux regards, à cette dignité légèrement froissée qu’il conserve jusque dans les situations les plus absurdes. Il passe du ridicule à la sincérité sans jamais transformer Gang-wuk en un autre personnage.
Mais la réussite tient surtout à ce qui se passe entre les deux acteurs. Face à son jeu plus sec et bougon, Park Eun-bin apporte à Yeo-ri sa vivacité et son expressivité. L’un contient quand l’autre réagit davantage et leurs registres se répondent. De ce décalage naît une excellente alchimie qui transforme peu à peu le contraste en complémentarité.
Yeo-ri et Gang-wuk ne se contentent pas de former un couple comique efficace. Leur relation fonctionne surtout par sa franchise et son naturel : ils se chamaillent, se répondent, apprennent à se faire confiance et deviennent progressivement attentifs aux fragilités de l’autre. C’est cette complicité, davantage que les ressorts romantiques plus conventionnels que la série leur imposera par la suite, qui rend leur relation crédible et attachante.
Heureusement, lorsque le scénario trébuche, ses acteurs restent solidement debout.
Car voilà, la scénariste a cru bon de faire entrer au chausse-pied des ingrédients qui vont alourdir la dynamique du récit. Grande famille, guerre de pouvoir et lutte autour de l’entreprise prennent une place dont la série n’avait pas besoin, tandis que les fantômes, bien davantage qu’un simple argument fantastique, sont trop longtemps relégués au second plan. C’est un peu dommage.
Pour autant, tout n’est pas à jeter dans ce détour. Ong Seong-wu donne une vraie présence à Min-hwan, cet homme qui aura toujours eu le sentiment de vivre dans l’ombre d’un frère qu’il devait pourtant protéger. Derrière la guerre de pouvoir se dessine ainsi un ressentiment plus intime qui, sans rendre cette partie très originale, lui donne davantage d’épaisseur.
Mais il reste certaines coutures. Spooky in Love souffre de raccourcis scénaristiques, mais aussi de quelques choix de réalisation et de montage franchement difficiles à défendre. Certaines scènes semblent davantage pensées pour produire un effet immédiat que pour préserver la cohérence entre ce qui précède et ce qui suit. Le raccord entre la fin de l’épisode 4 et le début du suivant en offre même un exemple tellement grossier que la couture devient béante. À cet instant, j’ai bien failli jeter le vêtement à la poubelle.
La fin sera bien entendu positive, comme il se doit dans toute bonne rom-com. Et Spooky in Love n’est ni la première, ni surtout la pire à forcer quelque peu le passage pour y parvenir. N’est-ce pas, Queen of Tears ? Le dernier épisode a surtout la bonne idée de renouer avec ce que la série avait trop longtemps laissé de côté. Les fantômes retrouvent leur place et redonnent à l’ensemble une certaine cohérence et surtout une jolie chaleur.
Il reste un casting au diapason, une alchimie remarquable entre Park Eun-bin et Yang Se-jong, beaucoup d’humour et un couple dont la complicité ne disparaît heureusement pas sous le sucre de la conclusion. Spooky in Love est imparfaite, parfois franchement mal raccommodée, mais elle m’a fait rire, m’a émue et surtout embarquée suffisamment loin pour que ses défauts ne prennent jamais complètement le dessus.