Les fantômes sont partis, les scénaristes aussi


Il y avait pourtant une bonne idée au départ. Une dirigeante d’hôtel capable de voir les fantômes, qui les aide à résoudre leurs problèmes pour leur permettre de partir en paix, associée à un procureur chargé d’enquêter sur des affaires criminelles. Du fantastique, du polar, de la comédie et une romance : le concept avait de quoi fonctionner.


Et, durant les premiers épisodes, il fonctionne plutôt bien. Les enquêtes sont intéressantes, les fantômes apportent une véritable originalité et le duo possède une dynamique amusante. Puis les scénaristes semblent se souvenir qu’ils ont aussi une intrigue de succession de chaebol à raconter. Et, manifestement, ils la trouvent beaucoup plus passionnante que nous.


Les fantômes disparaissent progressivement, les enquêtes avec eux, et Spooky in Love devient une énième histoire de luttes de pouvoir, de manigances familiales et de conseils d’administration. Le surnaturel, qui constituait pourtant la meilleure idée de la série, est relégué au rang d’accessoire scénaristique que l’on ressort lorsque cela arrange tout le monde.


Un scénario qui prend le spectateur pour un imbécile


Je suis parfaitement disposé à accepter des fantômes, des malédictions et des pendentifs magiques. C’est le contrat que l’on passe en lançant une romance fantastique. En revanche, j’aimerais que les événements possèdent un minimum de logique et que les scénaristes respectent les règles de leur propre univers.


Ici, les coïncidences providentielles, les raccourcis et les explications de dernière minute s’accumulent jusqu’à devenir épuisants.


Prenons le dernier épisode. Min-hwan assassine Park Seung-jae, le golfeur, puis attire Yeo-ri sur les lieux pour la faire accuser. On comprend pourquoi elle est là. Mais la police et le procureur débarquent également au moment opportun. Pourquoi ? Parce que Seung-jae n’aurait pas respecté les conditions de son autorisation de sortie et que les autorités auraient été alertées.


Ah. Bon. Très bien.


Ce n’est pas tant une explication qu’un post-it collé sur un trou du scénario : « Ils sont là parce qu’on a besoin qu’ils soient là. »


La suite est encore meilleure. Gang-uk retourne enquêter sur les lieux du meurtre et découvre presque miraculeusement un bouton de manchette appartenant à Min-hwan. Au même moment, celui-ci réalise qu’il l’a perdu, comprend immédiatement le danger, sait manifestement où se trouve le procureur et parvient à organiser son assassinat au moyen d’un camion.


Le tout avec une synchronisation remarquable. Min-hwan n’est peut-être pas un personnage très bien écrit, mais il devrait sérieusement envisager une reconversion dans la logistique.


Et ce fonctionnement se répète tout au long de la série : les personnages découvrent ce qu’ils doivent découvrir, arrivent là où ils doivent arriver et prennent les décisions nécessaires au prochain rebondissement. Peu importe que cela soit crédible, pourvu que l’épisode puisse se terminer sur son petit suspense.


Une mythologie fantastique à compléter soi-même


Plus grave encore, les fondations du récit surnaturel restent confuses. Le pendentif, la malédiction, l’échange de destin entre Ji-hwan et Yeo-ri, les circonstances exactes de l’accident du yacht : tout cela devrait constituer le cœur de l’histoire.


La série fournit bien quelques explications tardives, mais elles ne suffisent pas à rendre l’ensemble réellement clair. Que sait exactement Ji-hwan du pendentif et de ses pouvoirs ? Pourquoi annonce-t-il qu’il préférerait mourir à la place de Yeo-ri ? Comment fonctionne véritablement cet échange de destin ? Pourquoi Yeo-ri hérite-t-elle de la capacité de voir les morts ?


On peut toujours essayer de reconstituer les réponses. Mais j’ai trop souvent eu l’impression que les scénaristes nous tendaient une poignée de pièces de puzzle en nous disant : « Voilà, débrouillez-vous avec ça. »


Une histoire fantastique n’a pas besoin de tout expliquer. Elle doit en revanche donner le sentiment que ses auteurs savent, eux, comment fonctionne leur univers. Ici, j’en suis beaucoup moins certain.


Une romance sans romance


On pourrait pardonner une partie de ces défauts si le couple principal parvenait à porter la série. C’est ce qui s’était produit pour moi avec My Royal Nemesis : malgré ses incohérences et ses intrigues d’entreprise laborieuses, Seo-ri et Se-gye possédaient suffisamment d’alchimie, de personnalité et d’énergie pour donner envie de continuer.


Dans Spooky in Love, c’est tout l’inverse.


Park Eun-bin joue très bien, comme souvent. Les autres acteurs font globalement le travail. Je n’ai donc pas de reproche majeur à adresser au casting. En revanche, je ne trouve aucun charisme particulier à Yang Se-jong dans le rôle de Gang-uk. Et surtout, je ne ressens absolument aucune alchimie entre les deux personnages.


La série nous montre qu’ils tombent amoureux, multiplie les scènes censées être romantiques et nous explique qu’ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Mais elle ne parvient jamais à me le faire ressentir. Pas de véritable tension, pas de désir, pas de complicité suffisamment forte pour donner envie de les retrouver. Tout paraît plat, convenu, presque mécanique.


On dirait parfois que les personnages exécutent les étapes obligatoires d’une romance de K-drama : première rencontre, rapprochement, obstacle, séparation, retrouvailles. Cochez les cases, ajoutez une musique douce, et voilà.


Sauf que l’amour ne se décrète pas. Il se construit. Et, surtout, il doit se ressentir.


Dans My Royal Nemesis, le couple sauvait le scénario. Ici, le scénario aurait besoin d’être sauvé par le couple. Malheureusement, personne ne vient.


La grand-mère, ou l’art de créer un problème quand il n’y en a pas


Et puisqu’il faut bien séparer les amoureux à deux épisodes de la fin, voici Paeng Myo-sun, la grand-mère de Gang-uk, et son opposition au mariage fondée sur une croyance astrologique liée au signe de Yeo-ri et à la greffe cardiaque de son petit-fils.


Je peux comprendre qu’une grand-mère soit inquiète pour lui. Ce que je comprends beaucoup moins, c’est la manière dont le scénario utilise cette inquiétude pour fabriquer artificiellement un obstacle supplémentaire.


La scène de l’hôpital est représentative. Gang-uk et Yeo-ri viennent voir un homme lié à l’accident du yacht. Ils croisent opportunément la grand-mère, Gang-uk se cache, et Yeo-ri peut ainsi entendre la conversation qui lui révélera les raisons de son opposition. Tout le monde est exactement au bon endroit, au bon moment, pour que l’information arrive à la bonne personne. C’est pratique, le hasard, quand on écrit un scénario.


Même les petits détails de continuité finissent par agacer. La grand-mère vit chez elle, puis semble s’installer chez Gang-uk, avant de repartir, sans que ces changements soient véritablement accompagnés. Pris isolément, ce n’est pas dramatique. Mais à force, la série donne l’impression que rien n’a réellement besoin d’être construit ou expliqué.


Votre drama vous est présenté par Volvo


Et puis il y a les placements de produits.


Je n’ai rien contre un placement discret, intégré naturellement à une scène. Mais Spooky in Love semble parfois avoir décidé de transformer cette nécessité économique en véritable projet artistique.


L’épisode 10 est particulièrement pénible : les Volvo, les nouilles instantanées, les plats préparés, les séquences à Singapour, la mise en avant de l’hôtel… À ce stade, il ne manque plus qu’un personnage qui regarde la caméra pour nous rappeler de profiter de l’offre exceptionnelle du moment.


Le problème n’est pas simplement que les produits soient visibles. C’est que certaines scènes semblent construites autour d’eux. Quand on est déjà lassé par l’intrigue et que la romance ne fonctionne pas, on n’a plus l’impression de regarder un drama avec quelques sponsors, mais une succession de publicités reliées entre elles par un peu de drama.


Une belle scène ne sauve pas douze épisodes


Je ne nie pas que certaines séquences du final puissent toucher d’autres spectateurs. Le passage dans le monde des esprits, les retrouvailles avec Ji-hwan et la résolution du deuil de Yeo-ri possèdent une véritable intention émotionnelle. Mais, personnellement, j’étais déjà beaucoup trop sorti de la série pour que cela puisse rattraper l’ensemble.


Une belle scène ne suffit pas à effacer des heures de scénario laborieux. Et un happy end ne transforme pas rétroactivement une romance sans alchimie en grande histoire d’amour.


Au final, Spooky in Love est pour moi l’un des pires K-dramas que j’aie vus. Non pas parce qu’il serait dépourvu de qualités, mais parce qu’il part d’une idée réellement prometteuse et semble ensuite faire systématiquement les mauvais choix : abandon de son concept, intrigues de chaebol sans intérêt, romance sans émotion, personnages utilisés comme de simples outils scénaristiques, incohérences à répétition et placements de produits envahissants.


Les premiers épisodes m’avaient donné envie de découvrir la suite. Les derniers m’ont surtout donné envie que ça se termine.


Une série qui avait tout pour être une bonne romance fantastique, mais qui finit par n’être ni une bonne romance, ni un bon récit fantastique.


Les fantômes ont fini par trouver la paix. Moi, j’ai surtout trouvé le générique de fin.


Julien-Bergheaud
2

Créée

il y a 4 jours

Critique lue 3 fois

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6

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Le scénario a t'il aussi été écrit par des fantômes ?

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stephx

le 24 août 2026

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Et le rythme dans tout ça ???

Je fondais de grands espoirs sur cette série avec une telle ribambelle de bons acteurs malheureusement ça n'a été que de courte durée...On entre facilement dans l'histoire, c'est au départ très sympa...