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le 30 sept. 2021
SuivreIncompréhension totale
(attention spoil de partout dans cette critique) Non je ne comprends pas. Je ne comprends toujours pas, malgré de nombreuses réflexions, cette note sur SensCritique de 7,4. La série commençait bien...
Il devrait être absolument impossible d’aimer Squid Game. Tout y est trop violent, trop cruel, trop gratuitement abominable. La série prend des êtres humains, les broie méthodiquement et nous oblige à regarder. Certaines scènes dépassent même la violence pour atteindre une forme de sadisme presque obscène, comme si le seul enjeu consistait à découvrir jusqu’où le spectateur acceptera de ne pas détourner les yeux.
Et pourtant.
Et pourtant, j’ai accroché. Pire encore, je suis le premier étonné de me retrouver à lui attribuer un 9 sur 10.
Car si la violence est souvent gratuite dans ce qu’elle exhibe, elle ne l’est presque jamais dans ce qu’elle provoque. Hwang Dong-hyuk ne se contente pas d’aligner les cadavres : il construit des personnages. Il leur donne une histoire, des failles, des peurs, une part de grandeur et beaucoup de médiocrité. Aucun n’est totalement bon, aucun n’est définitivement mauvais. Tous finissent, à un moment ou à un autre, par se montrer lâches, égoïstes, malveillants ou franchement monstrueux. Mais tous restent profondément humains.
Et c’est précisément pour cela que l’on s’y attache.
Chaque épreuve devient alors moins un jeu qu’un révélateur moral. Elle ne nous demande pas seulement qui va survivre, mais ce que chacun sera prêt à sacrifier pour y parvenir. Le personnage que l’on admirait se décompose sous nos yeux, tandis que celui que l’on méprisait laisse soudain apparaître un reste d’humanité. On espère, on juge, on pardonne, puis on recommence à détester. La série nous prive en permanence du confort de pouvoir ranger les bons d’un côté et les salauds de l’autre.
C’est là que réside son véritable talent : transformer quelque chose d’abominable en un spectacle terriblement prenant.
The Walking Dead, dans ses meilleures saisons, utilisait déjà une mécanique comparable. Les zombies n’étaient finalement que le dispositif permettant d’éprouver les survivants. Ici, les jeux remplissent la même fonction : le spectacle de la mort compte moins que ce que sa menace fait aux vivants. On crée de l’attachement, puis on place sans cesse ceux auxquels on tient au bord du précipice.
Le procédé n’a rien de révolutionnaire. Les ficelles sont énormes, parfaitement visibles et parfois si épaisses qu’elles pourraient servir à amarrer un paquebot. Mais inventer une ficelle n’est pas le plus difficile : encore faut-il savoir la tirer au millimètre. Et Squid Game le fait redoutablement bien.
Ne faisons pas pour autant de la série une œuvre philosophique majeure. Sa critique de l’argent, de la dette, des inégalités et de la compétition sociale est dessinée au Stabilo fluorescent. Elle ne changera probablement aucune vie, ne bouleversera aucune conscience et ne nous apprendra pas grand-chose que nous ne sachions déjà. Ne pas regarder Squid Game ne constitue donc pas une lacune culturelle irréparable. Son intelligence n’est pas dans la profondeur de ce qu’elle raconte, mais dans la précision avec laquelle elle nous le fait ressentir.
Et puis arrive l’épisode 2 de la saison 3, « Nuit étoilée ».
Là, la série change brutalement de dimension.
Cet épisode est brillantissime. Vertigineux. La quintessence même de la tension scénaristique et de la maîtrise de la réalisation. Le labyrinthe enfantin devient une gigantesque centrifugeuse morale dans laquelle chaque personnage est poussé jusqu’à son point de rupture. Le montage multiplie les trajectoires sans jamais perdre le spectateur, l’ambiance sonore transforme un pas, un souffle ou un silence en menace imminente, et chaque décision semble pouvoir faire basculer l’ensemble.
On ne regarde plus les personnages : on vit avec eux. On court avec eux, on tremble avec eux, on espère stupidement avec eux. La mise en scène est suffocante, le rythme implacable, la cruauté hallucinante. Les ficelles restent visibles, évidemment, mais la tension est si magistralement orchestrée que l’on s’en moque totalement. On reste littéralement cloué au canapé.
Cela faisait très longtemps que je n’avais pas ressenti une telle intensité devant un écran, y compris au cinéma. L’épisode est sidérant de maîtrise, éprouvant, abominable et pourtant absolument remarquable.
À côté de cette troisième saison, la première paraît presque sage. La deuxième également. La troisième, elle, fait exploser tous les verrous.
Je n’ai même pas encore vu la fin au moment où j’écris ces lignes. Mais rien que pour cet épisode 2, Squid Game mérite d’être regardée.
Mettre 9 à une série que je continue de trouver superficielle, excessive et moralement repoussante pourrait sembler contradictoire. Ça ne l’est pas. Cette note ne récompense pas la profondeur de son message, mais l’extraordinaire maîtrise avec laquelle elle atteint son objectif. On peut détester ce qu’elle montre et rester admiratif devant la façon dont elle le montre.
Une série trop abominable pour être aimée, mais beaucoup trop brillante pour ne pas l’être malgré tout.
9 sur 10. Et je n’arrive toujours pas à croire que je viens d’écrire cela.
Créée
le 31 août 2026
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