À vrai dire, je trouve que Steins;Gate est une oeuvre assez difficile à noter. L'oeuvre a de très nombreuses qualités, mais également pas mal de défauts.
J'ai visionné cette oeuvre pour la première fois en 2019, alors âgé de 15 ans. Le premier épisode m'avait fait buter, au point d'abandonner la série. C'est que quelques mois plus tard que je me suis décidé à lui offrir une seconde chance. Je me suis par la suite remercié de l'avoir fait. Cette oeuvre m'a énormément plu et si j'avais dû évaluer Steins;Gate à cette époque j'aurais probablement attribué la note de 9/10.
Maintenant âgé de 22 ans, je reprends le visionnage des anime de mon adolescence, n'ayant plus beaucoup de souvenirs de ces derniers. Steins;Gate était forcément en tête de liste étant donné que je m'en rappelais comme d'un classique. Si j'ai dans l'ensemble vachement apprécié ce revisionnage, l'oeuvre m'a moins touchée que prévu. Peut-être avais-je dans mes souvenirs surévalué l'oeuvre au point d'en avoir créé des attentes trop élevées ?
Je ne sais pas.
Steins;Gate est malgré tout une oeuvre que j'apprécie énormément. Je suis friand de l'humour mis en avant, j'aime les personnages et les liens qu'ils ont créé, je trouve le thème plutôt original.
Donc, où est-ce que ça pêche ?
Je vais m'attaquer dans un premier temps aux défauts de l'oeuvre avant de reprendre les éloges (car je donne pas tant l'impression d'avoir apprécié l'oeuvre jusqu'ici ahah).
Globalement, les couacs de cette oeuvre gravitent autour d'un scénario qui se veut compliqué mais qui ne l'est pas tant. Hayashi a su jouer les chirurgiens pour créer une illusions de complexité illusoire. Avec la personnalité burlesque de Okabe, que dis-je, de Hououin Kyouma, le spectateur est noyé dans un jargon Allemand ou Scandinave bien complexe. À force d'entendre le Mad Scientist parlé de Steins Gate, d'opération Urd ou d'IBN 5100, nous, les moldus dépassés par la science ressentons une certaines complexités émané de la série. Et je trouve pour le coup que c'est bien joué de la part de l'auteur car si le but d'une oeuvre est l'impact qu'elle a sur son spectateur, ici, Hayashi bricole pour faire ressentir à l'audience exactement ce qu'il veut faire ressentir. Mais je suis pas dupe eheh !
Si l'on regarde factuellement ce qu'il se passe : Okabe et sa bande parviennent à créer une machine capable d'envoyer des mails dans le passé un peu par hasard, ils ne se gênent pas de l'utiliser, ça a des conséquences et la solution à ça est plutôt simpliste : refaire la même chose à l'envers pour revenir au point de départ.
Et même pour ce qui est de la conclusion, le sauvetage de Kurisu, je trouve peut-être trop simpliste la solution mise en oeuvre pour la sauver. D'autant plus que ça a plutôt tendance à desservir la tragédie du choix de Okabe.
Alors, c'est efficace pour le coup, j'ai trouvé ça plutôt chouette comme scénario, je veux juste souligner qu'il n'est pas si complexe qu'il en a l'air (et Dieu sait que pour m'adonner moi-même à l'exercice d'écrire des histoires, il est très difficile de pousser réellement la complexité d'une histoire, donc loin de moi l'idée de dénigré le travail de l'auteur).
Mais pour le coup, là où je serais moins tolérant, c'est sur les facilités scénaristiques qu'on a tout au long de l'oeuvre qui tuent franchement la tension des scènes chaudes. L'exemple le plus marquant que j'ai en tête, c'est la deuxième mort de Mayurii, celle où Okabe est pris en otage dans la voiture. Le mec est mis en joug par une organisation armée, et s'en sort en mettant un coup d'épaule au mec qui a son pistolet pointé sur lui et en partant en courant. Personne ne tente de l'arrêter, il arrive au labo et a parfaitement le temps de lancer son voyage dans le temps, personne ne semble l'avoir suivi. J'entends qu'il faut que Okabe puisse utiliser la machine à remonter dans le temps pour faire avancer l'histoire, mais d'autres issues plus tendues auraient pu être préférables. Je sais pas, il réussit à contacter Kurisu par téléphone discrètement et c'est elle qui voyage dans le temps pour l'aider à s'en sortir, quelque chose de plus crédible quoi. Et du coup, je trouve que le spectateur n'est pas tant impacté par les morts de Mayurii. Car on sait que Okabe va revenir dans le passé et que tout va bien. De mettre un moment où Okabe ne réussit pas à retourner dans le passé, là ça fout la tension.
Le deuxième point, sur lequel je vais être un poil plus intransigeant, bien que cela puisse sembler anecdotique, c'est le worldbuilding. Je trouve que les personnages s'inscrivent pas vraiment dans leur univers. Je m'explique.
Il est dit dans l'oeuvre que Okabe a 18 ans et est étudiant, on sait que Mayurii habite chez ses parents, etc, mais on ne voit rien de tout ça. Okabe n'a pas mis les pieds une seule fois à la fac, on voit l'importance de Okabe pour Mayurii et le rôle qu'il a eu dans son deuil, mais qu'en est-il de ses parents ? Je trouve que presque se mette une balle dans le pied finalement de ne pas directement partir dans la direction où tous les membres du labo sont des adultes, Okabe, Mayurii et Daru vivent ensemble dans le labo, ils ne dépendent pas de leurs parents, Mayurii bosse pour payer le loyer, etc.
Là finalement, on n'a pas vu une seule fois Okabe travailler mais on sait qu'il a un appartement (qu'on n'a jamais vu) et qu'il paye en plus de ça le labo.
Je sais pas, si l'auteur veut partir dans cette direction, why not, mais dans ce cas l'histoire aurait peut-être gagné à développer un peu ces points là.
Je l'accorde, on peut passer facilement outre ces détails, mais dans les faits, y a un gros flou sur ce point là.
Enfin, l'une des choses qui m'a manqué dans cette oeuvre, c'est l'absence de leçon de vie que l'on peut en tirer. Ce qui me fait apprécier les anime, c'est justement que là où les séries se focus généralement sur un scénario à suspense, les mangas utilisent leurs histoires pour enseigner des valeurs :
- SNK met en avant le besoin de liberté et dénonce le cercle vicieux de la haine
- MHA traite de la responsabilité individuelle et du fait que de petites actions peut faire de nous des héros
- GTO montre que la valeur d'un homme ne réside pas que dans ses diplômes ou sa richesse mais dans ses actes et sa philosophie
- Violet Evergarden démontre l'importance de la communication et aborde le deuil
Là pour le coup, je ne vois pas forcément de morale explicite dans Steins;Gate. Peut-être s'agit-il simplement qu'il faut se contenter de ce qu'on a sans vouloir chercher à tout changer ? On peut voir ça comme ça, mais il ne s'agit là que d'une interprétation, car l'oeuvre en tant que telle n'est pas frontalement engagée sur un message.
Et pour le coup, j'ai tendance à considérer qu'un vrai chef d'oeuvre doit être capable d'impacter le spectateur, de lui faire ouvrir les yeux, de faire changer sa façon de voir le monde, auquel cas il ne s'agit plus que de divertissement.
Et aussi, une dernière petite cartouche pour la route, mais celle-ci je m'en veux un peu de la mettre car j'imagine qu'elle est plus indépendante de la volonté de l'auteur, mais l'animation ne sert pas forcément l'émotion. Là où un Violet Evergarden (oui, j'aime cette oeuvre mdrr) te pince le coeur à chaque larme tant l'animation est détaillée, ici, on ne ressent pas autant la douleur sur les visages ou tout ce qui aide l'empathie à se déployer.
Bon... Maintenant que j'ai vidé le chargeur sur cette série, faut bien expliquer pourquoi je lui attribue la note de 7/10 mdrr.
Pour le coup, le scénario reste efficace et agréable à suivre. Y a quand même pas mal de moment où l'histoire arrive à nous faire buguer quand on change de timeline et qu'on voit les changements qu'il y a eu. Y a aussi des révélations assez classes qui te donne ce petit sourire qui dit "aaaah ouaaiiis", ce qui montre que le scénario réussit quand même à générer de la surprise. J'ai aussi beaucoup apprécié que l'histoire s'inscrive dans la pop-culture en exploitant l'histoire de John Titor. Le fait que la boucle se boucle à la fin et qu'on comprenne finalement les évènements du premier épisode en terminant la série est plutôt bien écrit également.
Sinon, à mes yeux, le gros point fort de la série réside dans les personnages, leurs liens et surtout, la psychologie d'Okabe qui est franchement bien écrite.
Pour le coup, l'histoire m'a bien fait marrer entre deux morts de Mayurii. Le Mad Scientist super relou, Daru et ses phrases de détraqués, Kurisu qui glisse parfois quelques punchlines piquantes (comme quand Okeba doit date Ruka et qu'il dit "Je préfère les découvertes que les rencards" et qu'elle lui répond "c'est bon, on a compris que t'étais puceau", ça m'a bien fait rire). C'est surtout les disputes entre Okabe et Chriiistinaaa, le zombie, qui sont drôles. Ok, c'est enfantin, mais j'ai trouvé ça mignon, chaleureux et réaliste. T'as envie de faire partie de la bande.
D'autant plus que ça sert le récit selon moi. Beaucoup se plaignent du rythme de la première partie de la série, je trouve plutôt que cette phase slice of life est parfaite telle qu'elle est. Sans s'immerger dans l'ambiance chaotique et comique du Future Gadget Laboratory dirigé par Kyouma, l'impact de la deuxième partie de la série serait moindre. C'est parce qu'on voit Okabe faire le con et qu'il nous saoule que ça nous touche de le voir douter et déprimer par la suite. C'est ce qui fait que lorsqu'il arrive à faire le con pendant la deuxième partie de l'ouvre, qu'on sourit bêtement, heureux de retrouver le vrai Okabe.
Et justement, je trouve que la psychologie d'Okabe est vraiment crédible et intéressante pour le coup.
On sent bien qu'Okabe a juste subi la solitude, qu'il s'attache facilement aux gens et qu'il veut juste s'entourer d'amis et vivre des aventures avec eux. L'insouciance de parler à tout le monde des D-mails comme si c'était pas un truc de fou qu'il avait dans les mains montre que le labo n'a jamais été plus qu'un prétexte pour réunir les gens autour de lui. Il ne se rend pas compte de l'ampleur de ce qu'il fait, tout ça n'est qu'un jeu à ses yeux.
Mais aussi, de voir que son personnage d'Hououin Kyouma est dans un premier temps ce qui aide Mayurii à aller mieux, puis ce qui lui permet de s'entourer, puis devient finalement juste son bouclier pour traverser les épreuves, c'est intéressant et juste psychologiquement.
Donc voilà, Steins;Gate est une ouvre très cool à consommer, y a énormément de bonnes choses, mais faut pas regarder ça en étant trop pointilleux. J'ai l'impression que l'avis des gens est assez binaire sur l'oeuvre : soit c'est un chef d'oeuvre incontestable, soit c'est un navet. Je me situe entre les deux, c'est une oeuvre loin d'être parfaite mais qui sait malgré tout divertir efficacement ses spectateurs.
C'est quoiqu'il arrive une oeuvre qui mérite d'être visionnée et qui change un peu de ce qu'on a l'habitude de voir dans l'industrie des mangas.