En 2019, alors que je n'avais encore que 15 ans et que quelques poils poussaient tout juste sur mon menton, j'ai tenté à de maintes reprises de visionner Violet Evergarden. Je ne suis hélas jamais parvenu à aller plus loin que l'épisode 3.
À cet âge, jeune et naïf, je me moquais bien des machines à écrire et du fait de parler de ses sentiments. La philosophie qui se dégageait de cette oeuvre était plus une source d'ennui pour un adolescent qui voulait juste savoir qui était le plus fort entre Sangoku et Saitama.
Aujourd'hui, je m'approche de mes 23 ans, et Violet Evergarden est juste l'un des plus gros coups de coeur que j'ai eu ces 5 dernières années.
Je tiens dans un premier temps à saluer l'immense travail effectué par Kana Akatsuki, Akiko Takase, Kyoto Animation, Evan Call aux musiques, TRUE à l'opening et à tous les merveilleux Seiyu qui ont rendu cette oeuvre encore plus belle qu'elle ne l'était déjà (Yui Ishikawa, entre Mikasa et Violet, tu nous régales).
Je pense sincèrement que nous ne nous rendons pas compte d'à quel point nous sommes chanceux de pouvoir visionner une oeuvre avec cette qualité visuelle. Je n'ose même pas imaginer le travail qu'à demander l'animation de Violet Evergarden, c'est juste de l'art.
Bon, pour rentrer dans le vif du sujet, le premier gros point fort que j'attribue à Violet Evergarden, c'est vraiment cette poésie qui se dégage de l'oeuvre. Que ce soit via le scénario en lui-même mais aussi via le nom des épisodes, l'animation justement et des OST comme Never Coming Back, The Ultimate Price, ou encore Letters From Heaven... Chacun des éléments, même les plus minces, font de Violet Evergarden une poésie en audio-visuelle. (Même les noms des musiques sont poétiques "Letters From Heaven", je trouve ça beau).
J'ai ressenti une atmosphère assez similaire à celle des Ghibli. Et justement, je trouve ça vachement intéressant d'intégrer la violence de la guerre dans un contexte aussi beau. Le contraste entre Violet, magnifique dans sa robe, qui écrit des lettres d'amour, et le froid de ses bras métalliques et des corps desquels elle a ôté la vie. Ça sert les deux côtés de l'histoire : la guerre semble plus violente dans un univers aussi beau et bercé par l'amour, et l'amour semble encore plus important et salvateur car la haine et la mort existent.
Sinon, à mon sens, la plus grosse force de cette oeuvre se dégage de l'originalité de son plot ainsi que par la puissance de son message. Étant écrivain à mes heures perdues, j'ai trouvé ça très appréciable de pouvoir consommer une oeuvre traitant de l'art des mots. Cela en est d'autant plus touchant de voir Violet et son enfance difficile s'adonner à l'exercice de retranscrire les émotions. Je parlais de poésie, pour cause, quoi de plus romantique que de suivre l'histoire d'une jeune femme tenter de déchiffrer le sens des mots "je t'aime".
Et justement, en parlant de l'absence d'émotions de Violet, j'aime beaucoup ce que cela implique. Si Violet n'a que 14 ans, elle n'en reste pas moins plongée dans un monde d'adultes, et son passé force une certaine maturité dans son tempérament. Ainsi, nous avons affaires à une jeune femme dont la logique et les valeurs ne sont pas altérées par la société ou sa culture. Tout au long de l'oeuvre, nous allons donc la voir se poser des questions sur le monde qui forcent à déconstruire ce que l'on pense ou fait par défaut.
Par exemple, lorsqu'elle accompagne Iris chez ses parents, tout du long, elle fait une série d'actions naïves qui vont poussés Iris dans ses retranchements. Et pour cause, quand Iris se fâche contre elle, et que Violet pose cette simple question de "pourquoi ?", Iris, à l'instar du spectateur reste bouche bée. Ici, on se rend compte que Iris est un personnage qui protège vachement son égo et sa vulnérabilité par le silence et les non dits. Ce que nous faisons d'ailleurs tous. Ainsi lorsque Violet déploie son ton le plus neutre pour expliquer qu'elle ne comprend pas pourquoi Iris cache ses émotions à ses parents, cela met juste face au fait accompli, il n'y a pas de raison logique à ça, la fierté est la seule responsable.
J'aime beaucoup cette mécanique de la naïveté qui pose la simple question d'un "pourquoi ?" au bon moment pour mettre en lumière que ce qui nous parait logique ne l'est pas en fin de compte. Cela me fait notamment penser au film Poor Things, où Emma Stone se retrouve avec un cerveau de nouveau né, dans un corps d'adulte, ce qui la pousse à découvrir le monde sans préjugés. C'est assez puissant pour se déconstruire.
Et c'est justement une morale que l'oeuvre met en avant, et que je trouve pertinente, c'est de mettre fin à la fierté, en montrant que la vulnérabilité n'est pas un échec, mais le moyen de faire avancer les choses. L'histoire de Luculia et de son frère montre justement qu'on a même pas besoin de parler pendant des heures ou d'employer un vocabulaire riche. Juste quelques mots simples bien choisis font office de la plus belle preuve d'amour. "Je suis content que tu aies survécu". Une seule phrase, c'est tout ce qu'il a fallu pour émouvoir le frère de Luculia aux larmes et le pousser à aller de l'avant.
Pour moi c'est une magnifique message que nous offre cette oeuvre. Elle nous pousse à laisser tomber les barrières de l'égo et de la fierté, d'oser parler, quitte à utiliser l'écriture comme béquille, car la vie est finie, et c'est tragique de ne pas profiter du temps que l'on a avec nos proches pour s'aimer plutôt que de se protéger d'eux.
C'est aussi beau de montrer toutes les formes d'amour. On ne tombe pas dans le cliché de la romance à l'eau de rose. Ici, l'amour est abordé sous toutes ses formes : parents/enfants, frères/soeurs, amical, amoureux, etc.
Enfin, le développement de personnage de Violet est juste magnifique. Si les épisodes 4 à 7 cassent un peu le rythme en partant constamment sur une histoire différente, j'ai trouvé ça beau justement, de voir Violet aider les autres, car lorsqu'elle apprend la mort de Gilbert (le major), c'est ce qui finalement va l'aider à aller de l'avant et faire son deuil. Elle a perdu la personne qu'elle aime, mais grâce à sa plume, elle peut devenir ce pont entre les gens pour que ceux qui ont encore la chance d'avoir leurs proches à leur côté puissent profiter de cet amour. C'est ce qui l'a aidé à faire face à ce défi qu'est le deuil. Ce qui l'amène justement à reprendre le travail dans un épisode 10 juste émouvant. Je pense que l'épisode 10 de Violet Evergarden est le plus bel épisode que j'ai vu de ma vie toutes oeuvres confondues. Il arrive pile au bon moment dans la phase de deuil de Violet, et c'est justement le point final qui lui permet d'apprendre ce qu'est l'amour.
Pour conclure, Violet Evergarden est juste une oeuvre magnifique qui traite avec justesse des thèmes comme l'amour, la mort, le deuil. Et la morale de vider ce qu'on a sur le coeur, d'oser déverser notre amour sur nos proches, car ils pourraient mourir prématurément, en nous laissant que les regrets, je la trouve magnifique.
Le maître mot de cette oeuvre et de cette critique c'est de choisir l'amour à la fierté. On se sent vulnérable en disant à quelqu'un qu'on l'aime, alors que c'est justement en assumant notre amour pour les autres que l'on ressert nos liens et que l'on devient plus forts. :)