Ah, Succession. Ou comment une série qui voulait être la tragédie shakespearienne du capitalisme finit par ressembler à un PowerPoint mal rangé, agrémenté de vannes cinglantes et de décisions absurdes.
D’un côté, on nous vend le vernis : dialogues qui claquent, acteurs qui crèvent l’écran, plans caméra à l’épaule qui tremblent comme le cours de l’action Waystar. De l’autre ? Un fond qui s’effondre dès qu’on gratte un peu le doré.
C’est bien simple : si les dialogues sont brillants, c’est au sens pyrotechnique. Ça éclate, ça brille, ça laisse une odeur de poudre — mais rien ne tient debout derrière. Des successions de punchlines où personne n’écoute personne, où tout le monde se contredit d’un épisode à l’autre, et où les joutes verbales ne sont là que pour masquer l’absence cruelle de cohérence dramatique.
La narration ? Un enchaînement de revirements sans conséquences. Kendall trahit son père ? Pas grave, tout rentre dans l’ordre. Shiv trahit ses frères ? Pas grave non plus, une étreinte glaciale et c’est reparti. Chaque saison redémarre comme si la précédente n’avait jamais eu lieu. Les actes n’ont pas de poids, les ruptures n’ont pas de mémoire. Comme une start-up toxique : ça pivote tout le temps, ça ne tient jamais parole, mais ça fait du bruit.
Et parlons-en, de l’univers. Waystar Royco, mastodonte du divertissement mondial, fonctionne comme une pizzeria familiale sous coke : pas de board crédible, pas de régulateur, pas d’actionnaires, pas de presse économique sérieuse. Des deals à plusieurs milliards se signent au téléphone, entre deux humiliations de Roman et trois regards passifs-agressifs de Shiv. On est censé croire que ce cirque gouverne l’Amérique ?
Quant aux mécanismes financiers ou juridiques, ils oscillent entre conte pour enfants et fantasme de scénariste sous deadline. Un contrat de divorce qui se réécrit en 24h, une OPA bloquée par des slogans, un deal GoJo mené par un pseudo-génie tech qui envoie des litres de sang par la poste. Oui, littéralement.
Succession est une série qui veut être maline, mais qui oublie d’être intelligente. Elle confond cynisme avec lucidité, cruauté avec justesse, et chaos avec dramaturgie. Elle croit être King Lear, mais finit souvent en House of Cards version HBO : plus sexy, plus stylée, mais pas plus crédible.
Alors oui, c’est bien filmé. Oui, c’est bien joué. Oui, parfois on rit — jaune. Mais une tragédie sans conséquences, une guerre du pouvoir sans lois ni logique, c’est juste une farce qui se prend au sérieux.
Et ça, à mes yeux, mérite exactement : 12/20.