Nos "intellectuels" français râlent souvent devant la bêtise des productions américaines, jugées creuses, propagandistes voir abetissantes. Ils n'ont pas forcément tort, mais il y a également une part de jalousie là dedans. Pourquoi ? Car les américains ont un don pour le show, il peuvent prendre quasi n'importe quel matériel de base et le rendre incroyablement attirant, Suits en est le parfait exemple.
Qu'est ce que raconte la série ? Le quotidien d'un cabinet d'avocat prestigieux, dont tous les associés sortent d'Harvard (à une exception près) et dont les clients sont les tentaculaires compagnies américaines. Qu'est ce que ce quotidien ? Des bonhommes en costard qui discutent d'arrangements et de stratégies dans de luxueuses salles de réunions, de luxueux bureaux, de restaurants branchés et une fois de temps en temps vont au tribunal voir exceptionnellement au contact de la populace. Ça a l'air chiant dit comme ça n'est-ce pas ? Pourtant c'est ce que Suits est objectivement.
Oui mais pas que, d'abord Suits sort le carte "soap opéra", le sexe et l'argent c'est une valeur sûre, ça pourrait être un défaut heureusement c'est utilisé avec beaucoup de parcimonie. Ensuite bien sûr la série dégaine un casting qui pourrait faire à l'aise les pubs Tommy Hilfiger, mais encore une fois c'est savamment utilisé car le talent est là. Seule exception à ce trait, Rick Hoffman en Louis Litt, probablement le meilleur personnage secondaire dans le rôle désormais classique du "Cartman de la série".
L'écriture quand à elle est convenue, un duo maitre-éléve, l'habituel "villain of the week" et une trame sur la saison (qui avance assez lentement malheureusement) finissant par un cliffhanger histoire de donner un motif à attendre la suite.
Bref rien d'original mais rien de mauvais non plus. Le charabia légal est quand à lui débité comme dans les séries médicales: vite, parce que ceux qui n'y connaissent rien s'en foutent et que ceux qui s'y connaissent n'aient pas le temps de percuter sur le caractère abracadabrantesque de la situation (ça reste une série "légère"). Bref Suits est probablement aussi pertinent pour un avocat que Dr.House pour un médecin.
Néanmoins tout cela n'est que la dorure autour du tableau, car l’œuvre en elle même c'est Harvey Specter.
Harvey Specter est intelligent, malin, brillant, c'est le meilleur avocat du monde.
Harvey Specter est riche, ils signe des accords sur des centaines de millions de dollars avant même le déjeuner et travaille 80 heures par semaine.
Harvey Specter est pote avec les plus grands de ce monde, Michael Jordan est son client.
Harvey Specter est tellement élégant qu'il élève le port du costume 3 pièces au rang d'art.
Harvey Specter est beau, tout le temps, probablement même sur les chiottes, il peut trainer dans à son bureau ou dans les bars branchés jusque 22h, faire l'amour toute la nuit à une serveuse qui pourrait être top model chez Elite et se lever à 5h30 du matin le lendemain pour aller à la salle de sport, peu importe, il pourra poser pour un shooting l'Oréal sans afficher la plus petite des cernes.
Harvey Specter séduit les femmes sans même avoir besoin de dire un mot.
Harvey Specter s'y connait en sport, en voitures, en fringues, en alcool, en cinéma, en musique, en drague, bref Harvey Specter pourrait écrire GQ seul chaque mois pour les 30 prochaines années.
Harvey Specter supporte mieux la pression psychologique que Barack Obama (lui ses cheveux ne deviennent pas blanc après 3 ans comme l'autre naze).
Harvey Specter, comme Parker Lewis, ne perd jamais.
De prime à bord, comme ça, Harvey Specter est un parfait sociopathe, Patrick Bateman fait même un loser à côté. Mais non, le plus exceptionnel chez Harvey Specter c'est qu'il joue selon les règles, que même si il travaille pour les pires ordures de la planète, il possède toujours un bon fond.
Harvey Spencer c'est Bruce Wayne si ses parents ne s'étaient pas fait descendre dans une ruelle.
C'est d'ailleurs pour cela que la série est bonne, mais pas excellente, car si elle veut toujours nous faire croire que cet univers est gris, paradoxalement elle utilise 2 chevaliers blancs en guise de protagonistes principaux dont l'un est un surhomme. Au final si Harvey Specter est le gros point fort de cette série grâce à un Gabriel Macht comme un poisson dans l'eau avec ce rôle, c'est aussi sa faiblesse la plus latente qui fait qu'elle ne s’élèvera jamais aux rangs des grands, à cause d'une écriture trop frileuse, de personnages trop gentils et dans le fond d'un gros manque de crédibilité une fois qu'on retire l'excellent travail fait sur l'ambiance.
Pour conclure Suits est une bonne série, si la production moyenne était à son niveau ça signifierait qu'on aurait un nouveau The Wire et Breaking Bad chaque années, néanmoins jamais elle ne se hissera au rang de ces dernières. Elle pourrait par contre lancer définitivement la carrière d'un Gabriel Macht à Hollywood comme pour Clooney avec Urgences ou Depp avec 21 Jump Street.