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Fade
La romance aurait dû être bien plus intense pour captiver réellement. Ce drame regorgeait de potentiel, mais au final, c'est une véritable déception pour moi.
le 13 févr. 2025
Sheng Yang est un jeune designer qui vit encore chez ses parents. Jian Bing, elle, découvre une infidélité de plus et décide de divorcer. Leur rencontre est d’abord professionnelle, mais lui tombe rapidement amoureux. Elle, en revanche, reste lucide : la différence d’âge et son besoin d’indépendance l’empêchent de le voir autrement que comme un garçon.
Je pensais regarder une romance, mais c’est une manière d’aimer que j’ai rencontrée, une manière plus silencieuse, plus retenue, où le désir ne s’impose pas, il s’installe.
Dans Sunshine by My Side, la sensualité n’est jamais frontale. Elle est diffuse, presque invisible et c’est précisément pour cela qu’elle fonctionne. Sheng Yang ne la dévore pas du regard, non, il la contemple avec admiration et lucidité, mais surtout avec l’énergie débordante et la certitude que si le destin la remise sur sa route, ce n’est pas pour l’abandonner parce qu’il a 10 ans de moins qu’elle. Ici, ce n’est pas un désir qui prend, c’est un désir qui écoute. Et cette retenue donne à la relation une texture particulière, plus intérieure, plus lente.
L’épisode 13 marque une bascule silencieuse. Ils étaient bien ensemble. Mais ils ne savent plus être bien séparés. C’est dans l’absence que l’on réalise le manque. La série prend alors le temps de ne pas précipiter. Ressentir ne signifie pas encore agir. Chez Jian Bing, aimer est un risque. Sa solitude n’est pas un vide, mais un équilibre qu’elle a construit. Elle ne refuse pas par manque de sentiment, mais par lucidité : elle doute moins de ce qu’elle ressent que de ce que cette relation pourrait devenir. En face, Sheng Yang ne force rien. Son pouvoir, c’est la constance. Il reste, observe, avance doucement. Il ne cherche pas à convaincre, mais à être là.
La série oppose alors deux dynamiques : celle de Sheng Yang et Jian Bing, lente, intériorisée, et celle de Pan Rou et Song Chen, plus directe, plus spontanée. La relation entre Pan Rou et Sheng Yang naît du conflit, du frottement. Ils ne se séduisent pas, ils se mesurent. Et c’est dans le passage du jeu à la sincérité que les sentiments apparaissent.
Au-delà de la romance principale, la série dessine un véritable ensemble de figures féminines qui ne se répètent pas mais se complètent. Ce ne sont pas des variations d’un même modèle, mais des trajectoires qui se répondent, chacune éclairant une manière différente d’aimer ou de ne pas aimer.
Jian Bing est le point d’équilibre. Une femme construite, lucide, qui ne confond plus amour et nécessité. Elle ne cherche pas à être aimée à tout prix, mais à rester alignée avec elle-même. Sa question n’est pas “comment aimer”, mais “comment aimer sans se perdre”.
À l’opposé, Jian Shuang, sa petite sœur, n’est pas encore entrée dans cette conscience. Elle évolue dans un monde masculin où sa féminité n’est pas reconnue, ni par les autres, ni par elle-même. Son trouble ne vient pas seulement de ses sentiments, mais du moment où ils apparaissent, lorsque l’autre s’apprête à partir. Comme si l’amour n’existait pour elle qu’au moment où il risque de disparaître. Elle incarne une étape plus brute, plus inconsciente, où aimer, c’est d’abord découvrir que l’on peut être regardée autrement.
Liu Jia Le incarne une autre forme d’amour, un amour silencieux, mais choisi. Elle n’a jamais exprimé ses sentiments, non par incapacité, mais par fidélité. Elle s’est retirée du jeu. Son amour est contenu par choix moral. C’est un amour qui se sacrifie pour préserver l’autre, qui accepte de rester dans l’ombre pour ne pas rompre un équilibre.
Pan Rou, elle, est en mouvement. D’abord dans la surface, dans le jeu, dans la provocation. Elle séduit, attaque, teste. Mais peu à peu, elle se transforme. Sa relation avec Song Chen la déplace : elle passe du jeu à l’écoute, de l’apparence à la sincérité. Elle incarne une féminité en construction, capable d’évoluer au contact de l’autre.
Et en arrière-plan, la mère de Sheng Yang donne une autre profondeur à l’ensemble. Elle incarne une génération pour qui l’amour s’est inscrit dans la durée, au prix d’un certain effacement. Son besoin de rester belle, élégante, visible, n’est pas superficiel : c’est une manière de résister à l’usure du couple. Elle pose une question essentielle : comment continuer d’exister dans un amour qui a cessé de regarder ? Elle veut continuer à se sentir belle dans son regard comme celui des autres.
Elles ne dominent plus le récit, elles s’y ajustent et c’est précisément là que la série se distingue. Aucune ne représente un modèle à suivre, mais toutes dessinent, à leur manière, ce que devient l’amour lorsqu’il ne suffit plus à définir une femme. Ainsi, la série ne propose pas un modèle féminin unique, mais une pluralité de positions face à l’amour : se préserver, se découvrir, se taire, évoluer, résister. Et c’est dans cette complémentarité que se dessine quelque chose de plus large : une redéfinition du lien amoureux, où la relation ne doit plus absorber l’identité, mais s’y ajuster. Ce qui se dessine, c’est un déplacement : l’amour ne définit plus la femme, il doit s’ajuster à elle. Et en miroir, les hommes doivent apprendre à aimer autrement, sans imposer.
Sheng Yang incarne un amour stable, constant, inflexible. Il n’a pas à apprendre à aimer, mais à attendre que l’autre le rejoigne. Son amour ne cherche pas à convaincre, il persiste. Il ne s’impose pas, il s’inscrit. Et c’est cette constance qui, paradoxalement, le rend à la fois rassurant et déstabilisant.
Face à lui, Hao Jun Jie adopte une posture différente. Il choisit de ne pas brusquer cette prise de conscience. Il ne révèle pas, il accompagne. Il incarne une forme d’attention discrète, presque pédagogique, où aimer consiste à laisser l’autre advenir à elle-même.
Song Chen, quant à lui, représente une autre voie encore. Il la confronte, la déstabilise, refuse ses facilités. Mais c’est précisément cette exigence qui ouvre un espace de vérité. Lorsqu’il se dévoile, la dynamique change : le rapport de force laisse place à une reconnaissance mutuelle. Il ne la séduit pas, il la révèle autrement.
À l’opposé, l’ex-mari de Jian Bing incarne un modèle ancien. Celui d’un amour structuré par la hiérarchie, où l’homme guide et détient. Son incapacité à évoluer face à une femme qui ne se définit plus par la relation révèle un décalage profond. Il n’est pas seulement un personnage du passé, mais le témoin d’un système qui ne fonctionne plus.
Ainsi, les hommes ne sont plus ici des figures dominantes, mais des positions face à l’amour : attendre, accompagner, confronter ou contrôler. Et c’est dans cette diversité que la série esquisse une redéfinition du masculin, contrainte de se transformer au contact d’un féminin qui ne se laisse plus définir.
La relation entre Sheng Yang et Jian Bing repose aussi sur un déséquilibre social. Ce n’est pas une différence de valeur, mais de trajectoire. Elle a déjà vécu, perdu, appris. Lui commence. Et pourtant, la série montre un paradoxe intéressant : une relation socialement “alignée” peut échouer, tandis qu’une relation déséquilibrée peut être juste. L’amour ne doit pas être logique. Il doit être juste.
C’est sans doute là qu’elle perd en intensité. La temporalité est parfois mal maîtrisée : on nous parle de mois écoulés sans jamais les vivre. La construction professionnelle de Sheng Yang est survolée, presque résumée. La réussite arrive sans que son coût soit réellement montré. Enfin, certaines scènes cèdent à un mélodrame plus appuyé, ralentis, musique insistante qui vient surligner des émotions qui n’avaient pas besoin de l’être. Et cela rompt parfois avec la délicatesse que la série avait su installer.
Côté casting, Xiao Zhan incarne Sheng Yang avec justesse, d’autant plus crédible qu’il a lui-même été designer graphique. Bai Bai He apporte une grande maturité au personnage de Jian Bing, sans jamais tomber dans le surjeu. Les seconds rôles sont bien équilibrés, notamment le duo Pan Rou / Song Chen, qui apporte une dynamique plus légère mais sincère.
Sunshine by My Side ne cherche pas à séduire par l’intensité ou la démonstration. Elle propose une autre forme de romance, plus silencieuse, plus intérieure.Mais cette retenue exige une écriture rigoureuse. Et en sautant certaines étapes essentielles, la série affaiblit parfois l’implication émotionnelle. Elle reste pourtant touchante, intelligente dans ses intentions, et agréable à suivre.
Au fond, Sunshine by My Side ne raconte pas comment on s’aime, mais comment on apprend à s’ajuster, lentement, imparfaitement mais sincèrement.
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Créée
le 6 avr. 2026
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