Il y a des pères qui n'existent que dans la culpabilité. Des hommes qui ont perdu un enfant deux fois — d'abord dans le sang, ensuite dans la condamnation — et qui avancent avec ce poids comme d'autres avancent avec un prénom. Sur tes traces commence là. Pas dans la prison de Briggs, Maine. Pas dans le couloir, ni dans la cellule. Dans ce moment antérieur à tout, où un homme commence à ne plus ressembler à ce qu'il était.
La série marque une première dans la longue franchise Coben-Netflix : treizième adaptation, et la première à se dérouler aux États-Unis, comme si le dispositif avait enfin besoin de rentrer chez lui pour tester sa résistance à quelque chose de plus réel. Le résultat est inégal, évidemment. Absurde pour les uns. Haletant pour les autres. La presse anglo-saxonne s'est partagée là-dessus avec cette belle unanimité de surface qui masque un désaccord profond sur ce qu'on est venu chercher.
Pourtant. Ce qui intéresse dans Sur tes traces, ce n'est pas le thriller. C'est l'architecture intérieure du personnage de David Burroughs. Un homme condamné pour avoir tué son fils à coups de batte pendant une terreur nocturne. Une défense si absurde qu'elle en devient presque honnête. Sam Worthington joue ça avec une intensité qui ne cherche jamais à convaincre — il incarne plutôt quelqu'un dont le corps a cessé d'appartenir à l'argumentation. Chaque geste est une preuve de rien. Chaque regard est un procès en cours.
La mécanique Coben fait ce qu'elle fait. Les personnages prennent des décisions aberrantes uniquement pour faire avancer un scénario vrillé, et il y a quelque chose d'étrangement honnête dans ce contrat. On ne regarde pas Sur tes traces pour être surpris. On regarde pour voir jusqu'où la promesse tient, pour sentir à quel moment le fil casse ou — plus rare — ne casse pas. Ici, il ne casse pas toujours, et c'est déjà beaucoup.
Les huit épisodes avancent comme une dette qu'on rembourse par tranches. Le spectateur sait qu'on l'occupe. Il le sait et regarde quand même, ce qui dit quelque chose sur le genre, sur Netflix, sur nous — dans cet ordre. La méthode : tenir l'œil sur l'évident pendant que l'histoire se construit dans l'angle mort.
Un homme court après un enfant peut-être mort. Peut-être vivant. La série ne tranche jamais vraiment. Elle laisse la question debout, sans réponse, sans même sembler s'en excuser.
Note : 11/20.