Il paraît que Sweet Munchies est une comédie et une romance (ce que certains traduiraient un peu trop vite par "comédie romantique"). Alors, ok, il y a des scènes comiques et des scènes romantiques mais, là, on est plutôt dans le registre de l'étiquetage trompeur !
Pourtant, on pouvait y croire à la lecture de l'idée de départ :
- Un chef aimable, talentueux et séduisant, est étranglé par de soudaines difficultés financières.
- Il découvre auprès d'une fidèle cliente travaillant pour une grande chaîne TV qu'il pourrait résoudre son problème en participant à une émission culinaire.
- Aimable, talentueux et séduisant donc, il a toutes les qualifications. À un tout petit petit détail près : la chaîne cherche un chef… gay !
- Qu'à cela ne tienne et nécessité faisant loi, le gentil beau gosse en péril décide qu'un tout petit petit mensonge sur son identité le temps d'un passage télé devrait être gérable et sans trop de risques de conséquences néfastes… non ?
Sur une idée pareille, en matière de "comédie" et de "romance" on pouvait s'attendre à tout : possiblement mièvre et cucul, certainement cliché et ridicule, facilement lourdingue et de très mauvais goût, avec de la chance léger et facile, par miracle peut-être délicat et réfléchi ;-)
Résultat des courses : cette comédie est un drame !
Et pas dans le sens "oh la la tout cela est dramatiquement nul !", plutôt le sens "pauvres chats, je voudrais vraiment pas être à leur place, passes-moi ta boîte de mouchoirs, j'ai vidé la mienne".
Certes, on a droit à toute la palette des seconds rôles clichés (mais cependant attachants) qui se chargent d'assurer une bonne part des effets comiques (effets comiques pas forcément toujours tops mais qui évitent de plonger trop profond dans le mélo), mais les aspects les plus réussis de ce drama se trouvent dans le jeu des trois acteurs emprisonnés dans ce qui apparaît vite comme un douloureux triangle amoureux.
- - Elément déclencheur de tout ce bazard, le chef Park Jin-Sung illustre à merveille ce qu'une décision hâtive et irréfléchie peut entraîner comme dégâts et réactions en chaîne dans sa vie et sur autrui. Sa volonté d'éviter les conflits sera tour à tour rassurante et blessante, oscillant perpétuellement entre déni, fuite et fulgurances chevaleresques.
- - Réalisatrice malgré elle du désastre , la jeune productrice Kim Ah-Jin représente tous ces jeunes adultes et notamment jeunes femmes qui luttent pour se faire une place professionnelle malgré les chausses-trappes de leurs aînés en place. Sa naïveté optimiste et son obséquiosité feront souvent grincer des dents mais sans eux il lui serait difficile de tenir et rebondir.
- - Adulé et secret, le styliste de génie Kang Tae-Wan est la troisième pointe de se triangle surprenant. Il porte le poids du statut, de la peur, du secret, et tous leurs renoncements. Son cheminement sera douloureux mais peut-être libérateur. Joué tout en délicatesse, c'est mon personnage coup de coeur.
Non, Sweet munchies n'est pas une comédie, pas plus qu'une romcom… et heureusement ! (désolée pour ceux qui voulaient juste une comédie pas prise de tête)
C'est une série avec des faiblesses dans le rythme et la réalisation mais remplie d'humanité, avec des personnages principaux pas parfaits (humains, on a dit!) mais vraiment bien joués, des seconds rôles à la fois clichés et réalistes et un questionnement intéressant sur ce que notre identité (revendiquée, cachée, usurpée, réelle ou supposée) signifie pour soi et les autres.