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On sait bien que la vie ne sourit pas à tout le monde, et que certaines personnes se voient injustement condamnées à l’invisibilité sociale… quand cela ne va pas jusqu’au harcèlement pur et simple, alors que la majorité des gens traversent l’existence de manière « normale ». Essayer de comprendre ce qui fait de certains d’entre nous des « victimes » est un beau sujet, et Sweetpea, le livre de l’écrivaine anglaise de « Young Adult litterature », CJ Skuse, racontant la révolte sanglante d’une jeune femme timide, ignorée et méprisée par tous, aussi bien par ses proches que par n’importe quel quidam croisé dans la rue, a été remarqué. Il est devenu un succès de librairie, débouchant sur une adaptation en série télévisée… passée, elle, assez inaperçue, surtout en France, où sa mise en ligne tardive et discrète par Paramount+ n’a pas aidé à sa reconnaissance.

Sweetpea démarre de manière prometteuse, avec la description à la fois amusante et cruelle de l’horreur de la vie quotidienne de Rhiannon, cette petite « souris qui se met à rugir », ainsi qu’elle a été présentée en Grande-Bretagne : à partir du jour où son père décède à l’hôpital, en partie parce qu’elle ne réussit pas à attirer l’attention des infirmières occupées par un visiteur au machisme toxique et agressif, elle va laisser déborder la colère qui est montée en elle au fil d’années d’adolescence marquées en particulier par le harcèlement dont elle a été victime au collège, de la part de Julia, brillante élève admirée de tous et toutes. Couteau à la main, Rhiannon va régler leur compte à tous ceux qui méritent, d’après elle, de mourir. Bien entendu, l’expression physique de cette violence, qu’elle contenait jusqu’alors en elle, marquera le début de la reprise en main de sa propre existence, mais l’entraînera aussi dans une alternance harassante de moments de bonheur et d’angoisse, avec une jeune inspectrice de police à ses trousses (Leah Harvey, déjà remarquée dans Fondation…).

L’intelligence de l’histoire imaginée par CJ Skuse est de ne pas céder au « syndrome Dexter » – cette vision très US de l’équilibre social, prônant que les « bad guys » méritent de mourir, et rendant sympathiques ceux qui se chargent de cette tâche que la société ne sait pas remplir. Il s’agit de jouer au contraire de l’ambiguïté, de reconnaître que les rôles de bourreaux et de victimes sont parfois interchangeables. Britannique, la série Sweetpea l’est totalement, préférant la complexité au simplisme, et mélangeant habilement le rire à l’émotion et à la réflexion sociale… grâce en particulier au talent habituel de ses acteurs, à la justesse et à la légèreté jamais prise en défaut. Ce qui ne veut pas dire que le travail de Kirstie Swain soit une réussite complète…

… Car, à partir de ces prémisses et d’un démarrage réussi, la série nous perd régulièrement du fait d’invraisemblances scénaristiques (que l’on nous fait avaler, jusqu’à une certaine mesure, grâce à l’humour omniprésent), qui n’empêchent d’ailleurs pas l’histoire d’être des plus prévisibles. Mais le véritable souci est que, même si l’on n’a pas lu le livre, apparemment bien supérieur, on rage régulièrement devant les occasions manquées de traiter plus en profondeur un sujet qui le mérite. Le fameux « mélange de genres à la coréenne » ne fonctionne pas, et les retournements de situation ressemblent plus à des tics de thriller de divertissement qu'à des réflexions devant la complexité de l’âme humaine : l’évolution de la relation entre Rhiannon et Julia est, on le sent, riche de sens, mais est trop artificiellement racontée et filmée pour éviter les clichés (on était en droit d’attendre quelque chose comme Baby Reeindeer, la déception est donc forte !).

Et puis, problème de casting indiscutable, en donnant le rôle de Rhiannon à la charmante et lumineuse Ella Purnell (ici bien plus charismatique que dans Fallout !), Kirstie Swain a rendu totalement improbable, incompréhensible même, cette fameuse « invisibilité » de l’héroïne : comment croire une seule seconde que le monde puisse être aussi cruel avec une jeune fille séduisante et émouvante à la fois ?

La série semble être vouée à se poursuivre dans une seconde saison, avec le cliffhanger d’usage en fin de sixième épisode, ce qui n’est pas franchement une bonne nouvelle…

[Critique écrite en 2025]

https://www.benzinemag.net/2025/05/27/paramount-sweetpea-le-rugissement-de-la-souris/

Eric-Jubilado
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le 27 mai 2025

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