Le studio Production IG, pilier de l’animation japonaise (spin-offs de «Ghost in the Shell», «Kaiju No.8»,...), s’attaque à une franchise de taille : Terminator. Le T-800 is back donc, mais frappe cette fois en format animation et au Japon. Par Crom, comme il me tardait de découvrir l’animé «Terminator Zero» ! Alors, ce spin-off tant attendu est-il à la hauteur ?
Premier épisode : on est en plein copier-coller et là on se demande «mais enfin pourquoi recracher encore et encore la même vieille soupe ?»... Un T-800 débarde un 30 août 1997 (donc le 29 août à l’heure US, soit le jour du Jugement Dernier) pour pourchasser un humain. De son côté, la résistance humaine du futur (enfin, de 2022^^) débarque une soldate dont la mission est de protéger la cible du terminator... Mouais, rien de nouveau sous le soleil nucléaire... Sauf que le deuxième épisode propulse le récit vers d’autres concepts étonnants !
LÀ OÙ LA SÉRIE EXCELLE SELON MOI :
1/ Traditionnellement dans les Terminator, le voyage temporel se résume à un simple outil. Ici, il est l’un des véritables objets de la série ! Sa réussite : sans chercher à réinterpréter quoi que ce soit aux diverses chrono-timelines des autres films de la saga, TZ a l’honorable volonté d’exposer que différentes réalités alternatives peuvent coexister. La série explore, sans prétention hasardeuse, une sorte de multivers des machines. Explorer ces concepts philosophiques sont toujours sacrément casse-gueules, le public risquant de se perdre dans les méandres de complexes paradoxes liés à ces voyages temporels. Mais franchement, j’ai trouvé que TZ retombait toujours bien sur ses pattes, tout en gardant cette part de mystère insondable. Difficile ici d’en parler sans spoiler, mais ces nouveaux angles conditionnent pas mal de nouvelles réflexions.
2/ Bien sûr, Mattson Tomlin reste attaché aux obsessions de James Cameron (le sacrifice, la destinée,...), mais il arrive à implanter de nouvelles thématiques. Par exemple ici, l’Intelligence artificielle n’est plus un concept traité comme une admonestation omnisciente et/ou abstraite. La transposition d’une abstraction en objet concret, voire sa concrète humanisation, confère aux protagonistes IA un traitement et un développement à part entière. Un parti-pris narratif au service d’échos sur la condition d’humanité plus profonds.
3/ Les amateurs de grosses bastons terminatoresques seront largement contentés ! Les scènes de combats ne s’étendent jamais inutilement et le rythme implacable des rixes est très efficace ! Les différents jeux de massacres - très gores !! - revisitent avec bonheur le serial-killer inquiétant du premier film (quelle nouvelle incroyable scène du commissariat !), ses populations humaines survivantes décimées dans leurs trous sordides par l’ange de la mort métallique et cette ambiance bien glauque et anxieuse digne des premières visions de Cameron.
4/ En plus d’ambitionner d’ajouter ses propres éléments iconiques et mythologiques (l’IA Kokoro anthropomorphée, une prophétesse de 2022 qui rend bien curieux, des nouveaux et crédibles robots 1nno,...), «Terminator Zéro» répond à la promesse déçue de «T3 : Le soulèvement des machines», à savoir déployer un véritable... soulèvement des machines !!! Enfin, on y assiste (et avec quelle fureur) !!!
5/ Le fan-service est intégré... mais en parcimonie ! On est dans un saga Terminator, immanquablement, mais le cahier des charges n’encombre jamais les nombreuses nouvelles idées, hypothèses et innovations des 3 derniers épisodes (qui nous donnent le vertige en parlant de Debussy, de Verlaine et d’étymologies diverses !). Une idée que j’adore : réintégrer enfin des thèmes musicaux et du sound-design à la Brad Fiedel (le compositeur original) ! Pour moi ce fut l’erreur la plus fatale de l’après «T2 : le Jugement Dernier», se passer de ce feeling indus si particulier ! Oui, la reprise du thème musical iconique est explorée (quel bonheur quand elle accompagne la pose mythique des voyageurs temporels), mais la série possède ses propres thèmes et ils sont brillants et s’insèrent parfaitement dans la mythologie Terminator !
6/ La mise en scène - de qualité - fourmille d’idées et superpose toujours avec habilité les éléments 3D à l’animation old-school. Les designs sont très travaillés et agréables à l’œil.
7/ Une dernière idée que j’ai adoré (!) : le point de vue est japonais ! On redécouvre Skynet avec un oeil, une culture et un rapport à la technologie qui diffèrent de ceux vus aux États-Unis, ce qui concourt souvent à rendre l’histoire plus captivante.
CONCLUSION : Viiiiii il y a là parfois quelques légères gaucheries, mais avec ses personnages attachants, sa réalisation soignée, ses concepts cameroniens subtilement revisités, sa violence inouïe (il n’y a pas de copain-papa terminator), une certaine originalité et ses nombreux questionnements laissés en suspens, ces 8 premiers épisodes appellent légitimement une saison 2 !