The 8 Show
6.5
The 8 Show

Drama Netflix (2024)

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Je vais faire une analyse critique du drama, un peu comme si un Vulcain venait à analyser le concept comportemental des humains dans un endroit clos dont l'argent serait le moteur. Beaucoup de gens ont parlé de similitudes avec Squid Game, et bien moi je n'y vois aucun rapport direct. Dans Squid Game (le premier), il y a de la logique narrative, une vraie tension palpable, de vrais rebondissements et des sujets de réflexion. Et surtout, les règles sont établies dès le départ : c'est un gigantesque Battle Royale où il ne peut en rester qu'un. Dans The 8 Show, les gens sont tout aussi déshumanisés puisque, là encore, ils n'ont pas de nom, simplement des numéros d'étage. Et le but du jeu n'est pas de rester le dernier survivant. Il faut se débrouiller pour gagner du temps et donc de l'argent. Le concept est simple : plus le compteur temporel tourne, plus vous gagnez d'argent, comme dans une téléréalité classique genre Big Brother. Si l'idée de départ est intéressante, passé le 3e épisode, on va nous prendre littéralement pour des cons, parce que le postulat de base va s'écrouler comme un château de cartes. Ce n'est pas la théorie du ruissellement qui est exposée, c'est souvent la théorie du vide scénaristique dont la physique quantique se passerait volontiers.


Le pitch est simple: huit personnes croulant sous le poids des dettes sont invitées à participer à une émission de téléréalité clandestine. Elles doivent séjourner dans un studio verrouillé qui ne s'ouvrira que lorsque le compteur de la pièce centrale tombera à zéro. Dans l'espace commun, le temps, c'est de l'argent : chaque minute passée augmente leur cagnotte globale. En revanche, s'ils veulent acheter des biens vitaux ou du confort dans leur propre chambre, les prix sont exorbitants et déduits directement de leur gain personnel. Pour regagner du temps collectivement et faire grimper les compteurs, ils doivent proposer du spectacle aux "viewers", les généreux donateurs dont on ne connaîtra jamais l'identité ni les motivations premières. Ces huit personnes sont réparties sur huit étages selon un rang hiérarchique choisi de manière aléatoire au départ. Ainsi, le résident du 1F (premier étage) vit dans une petite pièce et gagne une misère par minute, tandis que celle qui vit au sommet, au 8F, dispose d'une suite royale et engrange un maximum. C'est surtout par le sommet que parviennent les ressources (nourriture et eau), redistribuées ensuite vers le bas par un monte-charge. À la manière des classes sociales, plus on monte dans les étages, plus on a de pouvoir sur les autres.


Pour l'anecdote, c'est IU qui devait interpréter le rôle de 8F, mais à cause d'un emploi du temps surchargé, elle a dû décliner l'offre. Sur le papier, tout indique un survival game stratégique : optimisation des ressources, alliances, domination des plus malins. Mais rapidement, les règles souvent floues vont évoluer pour laisser éclater la vraie personnalité de nos huit joueurs. Le concept est simple : le temps c'est de l'argent, le pouvoir est défini par l'étage auquel on dort, et la survie dépend des autres. On s'attend donc à une certaine logique narrative. Mais le gros problème, c'est que le scénario ne va pas suivre la proposition, pour finir par nous infliger du grand n'importe quoi. En effet, la rupture logique va créer des blocages artificiels avec des situations ubuesques, avec une absence de réaction collective face à un ennemi pourtant numériquement inférieur. Ou bien au contraire, c'est la lucidité sans s'en donner les moyens, et qui tombe donc dans l'incompréhension la plus totale. La série s'emploie à forcer des comportements pour maintenir un conflit narratif et souvent fictif. On peut objecter l'élément psychologique puisqu'ils ont tous des attitudes étranges dans l'adversité, mais ce raisonnement ne tient pas sur la longueur, la peur et la pression sociale étant deux éléments bien distincts.


Peu à peu, le système cesse d’être un jeu à réflexion et tombe dans un véritable cirque social, où les instincts primaires vont s'imposer. La survie et l'appât du gain vont déboucher sur un spectacle de domination et d'asservissement. On est totalement dans une téléréalité dystopique où la mise en scène de conflits est là surtout pour divertir le spectateur/donateur. À partir de ce moment, toute logique disparaît, on s'affranchit des règles (sauf celle de tuer) et la violence gratuite et la dégradation deviennent les maîtres-mots. On bascule totalement de la réflexion sur une éventuelle cause sociale et sociétale vers un chaos brut et total pour optimiser la dynamique de la folie humaine dans ses excès. La seconde partie devient du grand n'importe quoi où les gagnants d'hier deviennent les perdants de demain. Il n'y a pas de bons ou de mauvais éléments parmi ces huit participants si on y regarde bien. Ils ne font finalement qu'occuper les rôles pour lesquels ils ont été choisis. La question que je me pose est la suivante : The 8 Show est-il un système cohérent ? Ma réponse est non. Derrière les étages, les règles et les promesses de contrôle, on accouche surtout d'un peep-show sociétal affligeant. L'illusion de la stratégie face au chaos scénaristique apparaît évidente à l'approche de la conclusion. Ce n'est pas tant la barbarie qui m'a posé problème, mais la manière dont elle est amenée et utilisée pour justifier l'intérêt du jeu.


De tout cela, il en ressort une écriture poussive, simpliste et pas du tout à la hauteur des enjeux. On n'est jamais en empathie envers nos participants, parce que si on y réfléchit bien, ils mériteraient tous d'y rester tellement ils sont pathétiques. Ce n'est pas le jeu qui les rend comme cela, celui-ci ne fait qu'exacerber leurs pulsions primaires et leurs comportements irrationnels dans des situations où logique et rationalité seraient de rigueur. D'ailleurs, on veut nous imposer une vision manichéenne et des choix simplistes, mais si l'attribution des étages avait été différente, le résultat l'aurait été tout autant, contrairement à ce que le récit veut nous faire croire. La tension et le suspense sont quasi inexistants, c'est vraiment dommage parce qu'on dispose de comédiens reconnus dans le métier. Malheureusement, ils sont très mal exploités, le pire étant le 7e épisode qui dit calmement que si un choix avait été opéré à un certain moment, on aurait pu conclure le jeu pacifiquement bien avant. Donc pour éviter de sombrer dans la médiocrité la plus totale et créer un dilemme moral, on fait reposer l'ensemble des problèmes sur 1F, celui tout en bas de l'échelle : physiquement, il fait office de rebut. Quant au dernier épisode, il abandonne définitivement toute prétention à la crédibilité. La logique du système disparaît complètement au profit du choc, du chaos et du spectaculaire.


Dans The 8 Show, on n'assiste pas à une expérience sociale ni à un jeu stratégique, mais à une caricature d'un système pyramidal qu'on veut s'employer à dénoncer. Ce n'est pas non plus l'étude comportementale d'individus qui perdent toute notion cognitive et morale face au pouvoir attractif de l'argent facile, argent dont ils n'avaient plus vu la couleur depuis longtemps, que ce soit dans la richesse ou la pauvreté qui les habitaient avant qu'ils ne participent au jeu. Alors oui, les participants repartiront plus riches, mais nous, on repart avec une question : à quel moment cette expérience sociale a-t-elle cessé d'avoir quelque chose à démontrer ? Au tout début ou à la toute fin ? Car lorsque les règles deviennent secondaires, lorsque la logique s'efface devant le besoin de produire toujours plus de conflits et de violence, il ne reste plus grand-chose à analyser. Derrière les étages, les numéros et les promesses de réflexion sociale, subsiste alors l'impression tenace d'avoir assisté non pas à une démonstration, mais à un spectacle. Un spectacle parfois fascinant mais souvent absurde et stupide. Et finalement bien moins intelligent qu'il ne le croit lui-même. Au bout du compte, l'argent a bien été gagné, c'est simplement la démonstration qui a fait faillite. La satire sociale annoncée finit par se réduire à un vulgaire jeu du cirque : voyeurisme, souffrance, humiliation et violence deviennent alors les véritables marchandises du spectacle.


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Créée

le 4 juin 2026

Critique lue 24 fois

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