SAISON 1 / La série «The Bear» relate les coulisses d’un restaurant agonisant et sa difficile «guérison» par un jeune chef (Jeremy Allen White, parfait). On y parle donc de glamour culinaire (ou son contraire), de coordination dans l’urgence d’un service de cuisine, de crise économique, de management d’équipe, sur fond de personnages borderlines.
Je ne vais pas vous le cacher, d’épisode en épisode Christopher Storer (réal-showrunner), à travers des plans épaule et en plan-séquence intégral (hallucinant de maîtrise !), nous emmène crescendo dans une pression et un stress à la limite du supportable... Mais on ne peut absolument pas décrocher !
Le point d’orgue dramatique sera une explosion familiale fatidique (et nécessaire). Déroutante, la série est assez maline pour, à plusieurs reprises, détourner intelligemment nos craintes, nos espérances et nos attentes.
«The Bear» saison 1 était une petite merveille et tout simplement l’une des séries les mieux écrites du moment.
SAISON 2 / La saison 2 de «The Bear» a pour enjeu principal le compte à rebours de la réouverture du restaurant. Le niveau de la saison 1 était tellement exceptionnel que je redoutais la pisse-encre facile d’une saison 2 forcément orchestrée suite à son succès surprise de 2022.
Et là, un miracle se produit. Par la finesse de son écriture et l’amour déployé sur ses personnages, cette seconde saison entreprend de dépasser sa soeurette pour atteindre une apothéose. Rien que ça.
Après une première saison éclatante et surprenante, «The Bear» prolonge le parcours passionnant et haletant de ses personnages. La narration est hautement maîtrisée et les multiples sous-intrigues sont parfaitement reliées entre elles,
LE HIT : L’épisode dédié à la fête de Noël chez la famille dysfonctionnelle des Berzatto fut pour moi une montagne à gravir. Hyper mal-être, cacophonie ambiante, mécanismes de défense à la con, rancoeurs, franches engueulades,... Cet épisode centré sur ce huis-clos familial fut l’une de mes expériences les plus éreintante et stressante de ma vie de série-spectacteur ! La durée de l’épisode est volontairement doublée (je crois qu’on atteint une bonne heure), histoire d’hypertrophier la douleur sourde de ces êtres qui ne savent pas se dire qu’ils s’aiment, qui ne disposent pas des clés pour simplement dialoguer. La très grande Jamie Lee Curtis explose tout (le rôle de sa belle carrière ?) et le génial Bob Odenkirk (Better call Saul) livre une presta de savonneur de planches comme lui seul sait le faire.
Bref, pour moi qui ne sait faire que des pâtes-gruyère et pour qui la cuisine n’est pas une passion, j’ai trouvé cette série culinaire ex-tra-or-di-naire. Elle m’a presque donné envie de me mettre aux fourneaux, c’est dire. La saison 1 était excellente, la 2 est encore meilleure.
On a eu d’admirables séries ces dernières années, mais le niveau de «the Bear» place la barre très très très haut. «The Bear» est à n’en pas douter, et à mon humble avis, l’une des meilleures séries du moment. A découvrir d’urgence !
SAISON 3 / Petit rappel de la saison 1 et 2 : en reprenant le fast-food de son frère décédé, le cuisinier chef Carmy (incroyable Jeremy Allan White) se transformait en repreneur d’entreprise à risques catapulté dans l’univers du management collaboratif. Son objectif : convertir cette sandwicherie chaotique en grand restaurant étoilé. Nous spectateurs, étions avec lui plongés dans une organisation à réinventer, à réordonner. Puis la saison 2 prenait la forme d’une course folle contre le temps pour l’ouverture du nouveau restaurant sur fond d’introspection familiale assez secouante. Ces deux saisons constituaient pour moi un pur joyau et je trouvais bien inutile (voire bien imprudent) de prolonger le récit...
Les saisons 1 et 2 se situaient sous le signe d’une progression tendue de l’intrigue et en perpétuel mouvement. La saison 3 de «The Bear» aborde une mue. En restant ancrée aux blessures de l’âme émouvantes de ses personnages, elle fait le choix narratif de la décélération. Toujours cerné par la toxicité de son passé traumatique qui l’empêche d’aller de l’avant, le chef se cramponne à la chimère d’une transcendance gastronomique impossible à tenir. Nous plongeons donc désormais encore plus profondément dans les états d’âme du chef Carmy et de ses associé-es à travers un montage muet, comme cet épisode d’ouverture, parfois seulement ponctué par le piano envoûtant de Nine Inch Nails.
Face à un monde qui semble s’écrouler (de grands restaurants ferment, l’économie de l’agriculture est chahutée, des personnages affrontent le deuil,...), sauvegarder l’espoir dans ces temps difficiles n’est pas seulement prodigieusement romantique. C’est aussi comprendre que toute construction humaine est un chemin non seulement jonché de larmes, mais aussi de sacrifice, d’empathie, de doute et de courage. La série ne parle que de ça. En ce sens, «The Bear» n’a cessé de me retourner comme une crêpe, de me rappeler que même au fond du gouffre, entre cafard, inquiétude, nostalgie, agacement, désespoir, on peut trouver la force d’accueillir nos états d’âme et descendre en soi. La plupart des épisodes - suspendus dans une douceur libératrice - insistent sur les limites de la stagnation. «The Bear» est une série sur l’auto-transcendance.
J’AI AUSSI ADORÉ :
- «The Bear» saison 3 déclame encore +++ son AMOUR inconditionnel pour la cuisine. La recherche incessante de plats ultimes représente une quête de sens existentiel pour ses protagonistes. On ressort de la série avec l’envie dingue de mélanger des épices ou de confectionner les gâteaux les plus fous ! On flirte avec l’Insta food sans jamais s’y vautrer.
- Dans les deux premières saisons les plus beaux instants se trouvaient dans la cuisine. La saison 3 sort du restaurant. Il y a de longues séquences filmées comme des documentaires, sans aucun filtre magnifié, montrant des vraies personnes qui travaillent. Ponctuer la série de ces inserts devient complètement immersif et participe largement à la crédibilité du récit.
- J’ai adoré l’histoire consacrée à Tina (impeccable Liza Colon-Zayas) ! Cet épisode magnifique revisite le passé de Tina, elle-même en quête de sens après avoir perdu son travail.
- Chaque épisode est une sorte de prototype de mise en scène. La saison 3 fourmille en effet d’idées nouvelles et de créativité. Difficile ici d’énumérer ici tous les éléments de la grammaire narrative et les tableaux de Christopher Storer, tant ils sont divers. Il est évident que quelques tics identifiés des saisons précédentes se répètent et surgissent ça et là, mais cela reste au service d’une cohérence globale.
- L’époustouflante Jamie Lee Curtis, toujours présente en matrone de famille cabossée et dont les démons intérieurs ne sont jamais loin, ressurgit pour notre plus grand bonheur lors d’un épisode anthologique. No spoil évident, mais quel épisode de dingue !!!
Bref, je suis pas loin de penser que cette étonnante saison 3 est encore meilleure que les deux grandes soeurs !