L’IA est partout désormais. Je vois des critiques rédigées dont le style me paraît si parfait et méthodique, qu’il semble difficile de savoir qui écrit quoi. D’autres, face à leur solitude, préfèrent discuter avec cette IA. Mais si nous utilisons plus ou moins tous l’IA, que deviendront nos propres écrits si nous ne les nourrissons pas ? Que deviendront nos créations si nous ne créons plus nous-mêmes ? J’ai repensé à Tilly Norwood, cette « actrice » générée par IA, avec son compte Instagram, qui a fait polémique à Hollywood. Il y a quelque chose de vertigineux qui me plonge dans l’angoisse et m’interpelle. Mais je m’égare… Pas tant que ça en fait.


En 2023, cette série chinoise pouvait nous sembler lointaine. Aujourd’hui, elle m’apparait presque documentaire. Les humains créent des êtres à leur image, leur attribuent des fonctions, leur imposent des limites, puis se trouvent confrontés à des comportements qu'ils ne savent plus comment interpréter ni maîtriser. Certains voudraient que ces créations leur ressemblent suffisamment pour répondre à leurs attentes, mais pas au point de revendiquer une véritable autonomie.


J’ai mis un peu de temps à comprendre son fil rouge, mais j’ai bien aimé cette réflexion qui se construit au fil des douze épisodes, à travers les différents personnages. Ici, nous ne sommes pas dans le monde des gentils humains contre les méchants robots. Le propos est bien plus nuancé et vise directement l’usage que l’on fait de cette technologie et plus précisément  le choix que l’on décide d’en faire. Les humanoïdes deviennent au contraire des révélateurs des contradictions humaines. À travers leurs comportements, leurs relations et les décisions qu'ils prennent, ce sont les certitudes de leurs créateurs qui vacillent. 


Difficile d’en parler sans rien révéler. Tout au long de The Bionic Life, le sublime Blade Runner de Ridley Scott n'a cessé de résonner en moi. Chez Ridley Scott, les réplicants nous obligent à reconsidérer notre définition de l'humain. Dans The Bionic Life, la question devient : qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ?


La série n’a pas sa qualité mais elle est honnête, nerveuse et suffisamment bien écrite pour tracer sa route, portée par un casting qui croit en son histoire. Les scènes d’action et de poursuite sont rythmées, la caméra suit Song Weilong qui, lui-même, habite davantage son personnage qu’à l’ordinaire. Et dans les moments de tension, les cadrages sont particulièrement réussis. Petit clin d’oeil agréable, celui de voir Cheng Nuo, en 2035, filer au volant d’une vieille Citroën GS, ce futur d’hier qui côtoie celui de demain. Face à lui, la jeune actrice taïwanaise Wen Qi est touchante, avec un jeu plus sobre qui lui correspond bien.


The Bionic Life ne cherche finalement pas tant à savoir si les êtres artificiels sont dangereux qu’à interroger la responsabilité de ceux qui les créent, les utilisent et décident de leur sort. En créant des êtres à leur image, les humains se retrouvent face à leurs propres contradictions : certains veulent les contrôler, d’autres leur reconnaissent une liberté, tandis que les humanoïdes se révèlent capables du meilleur comme du pire. Comme nous. Ce n’est pas leur capacité à ressentir qui bouleverse les certitudes, mais leur capacité à choisir. Ils ne deviennent pas forcément humains en acquérant cette liberté. Ils démontrent simplement que nous n’en sommes pas les uniques propriétaires.

AliceJeanne
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le 17 oct. 2026

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