Prime Video
The Boys
7.5
The Boys

Série Prime Video (2019)

Voir la série

"The Boys" est une série qui renouvelle avec plus ou moins de talent le genre des films de super-héros. Série à la fois politique, dramatique et comique, cet alliage n'est pas toujours réussi, néanmoins, "The Boys" reste une série originale et très divertissante à ne pas louper.


Le pitch initial, tiré de la bande dessinée du même nom, n'est au premier abord pas très différent de ce que l'on peut rencontrer dans le genre du super héros : certains personnages disposent de pouvoirs, faisant d'eux les protecteurs d'une population, jusque là rien de neuf sous le soleil. Mais le twist se fait grâce à une approche réaliste de la situation. A quoi ressemblerait vraiment notre monde si des types se mettaient à avoir des supers pouvoirs ? Et bien comme le décrit la série : un beau bordel.


Entre les drogues, les abus de pouvoirs et les troubles psychologiques, le tout recouvert de merchandising, "The Boys" nous dépeint les pires traits de notre société à travers des supers-héros déséquilibrés et imbus de leur supériorité. La réalisation est parfaite et les amoureux des films d'actions ne seront assurément pas déçus. Les effets spéciaux et les scènes de combats sont en effet très bien faits. Mais ils ne seront pas les seuls à se montrer ravis puisque, et c'est l'un des aspects intéressants de la série, le gore est omniprésent.


Car en effet, en décidant de prendre le contre-pied de l'image du super-héros idéal, "The Boys" n'y va pas avec le dos de la cuillière : les morts se comptent par centaines, le sexe est violent et les personnages ont un langage très fleuri (euphémisme). Déchirer un visage, casser des membres, brûler vifs des personnages ou les faire exploser ( boyaux et de morceaux de chairs pulpeux éparpillés tout autour) semblent être les petits plaisirs des réalisateurs. Le réalisme de la série, utilisé dans un premier temps à travers l'angle de vue posé sur les héros, est tout aussi poussé dans la représentation de la violence, nous rappelant que les combats, même de supers héros, ne peuvent se faire que dans le sang et la mort. Vous voilà prévenu.


Les ressorts de l'histoire sont aussi bien amenés : on s'attache aux différents personnages, Annie et ses rêves, Deep et sa stupidité, Butcher et sa violence désespéré, même Hughie qui est pourtant horriblement pleurnichard titille notre empathie. On se révolte devant l'injustice, on grimace devant leur douleur et on finit complètement absorbé par l'histoire. Je mets d'ailleurs au défi quiconque de pouvoir prédire ce qui va se passer dans l'épisode suivant. J'ai été systématiquement surprise, sursautant ou poussant un "mais non ! quoi ?" et c'est très rafraîchissant pour ce type de série. Les scènes les plus inattendues (sans être invraisemblables) se superposent tandis que l'histoire prend des cheminements que l'on ne voit pas venir, que ce soit dans la saison 1 ou 2, impossible alors de s'ennuyer.


La série ne se gêne pas également pour tourner en ridicule ou pour dénoncer les aspects les plus laids de notre société actuelle : les privilèges des plus forts et des plus riches, la corruption à tous les étages, la manipulation des foules, le marketing et la consommation poussés à leur maximum etc, autant d'éléments qui rendent l'univers de "The Boys" particulièrement familier tout en nous le rendant particulièrement répugnant. Certains éléments de l'histoire dénoncent même avec précision l'actualité du monde réel : l'assassinat de terroristes supposés, les sectes qui utilisent des stars pour faire leur pubs, l'utilisation des réseaux sociaux pour galvaniser les foules ou encore les débats sur le racisme. La nouvelle héroïne de la saison 2 "Frontstorm" doit d'ailleurs son nom au forum bien réel de suprémacistes blanc "stormfront" et je suis également à peu près sûre qu'ils ont utilisé Alexandria Ocasio-Cortez, pour inspirer la membre du congrès Victoria Neuman. On sent dès lors qu'une partie de l'ambition de "The Boys" est d'utiliser les supers-héros comme miroir de notre civilisation et de ses dérives. De cette façon la série nous apporte un regard neuf sur notre société nous faisant, mine de rien, réfléchir. Un atout de plus pour cette série qui réussit à la fois à nous divertir et à nous apporter un contenu très original sans être bêtifiante, mais au contraire plutôt intelligente.


Malgré tout, "The Boys" souffre de quelques défauts. Personne n'est parfait certes, mais dans ce cas précis, ces éléments portent un coup à la réussite de l'ensemble. Comme beaucoup de films ou de séries américaines (et je ne dis pas tous), la psychologie des personnages n'est pas le fort des scénaristes. Ainsi, si les personnages principaux ont un peu de profondeur (et encore...), pour les personnages secondaires, on frôle le ridicule. On ne comprends pas très bien les motivations de Mother's milk, pas plus que celle de Frenchie. Ce dernier personnage rend d'ailleurs le visionnage encore plus compliqué pour les français car, ce dernier, censé être né en France, se met parfois à parler "français" avec un accent américain incompréhensible tout en disant "Qu'est ce que c'est" ou "mon ami" toutes les 30 secondes, sans parler du fait qu'il soit, bien évidemment, libertin (ou qu'il écoute sexion d'assaut). En résumé, si la série tente de détricoter des clichés d'un côté comme le rôle du super-héros ou le rêve américain, elle n'hésite pas à en conserver d'autres de manière tout à fait arbitraire et de retomber dans les personnages types que l'on voit partout, et c'est bien dommage.


Dans la même veine que les clichés et le manque de psychologie, la saison 2 est plus décevante que la première (SPOIL).


Quand la nouvelle héroïne, Frontstorm arrive et se révèle à la fois une pro des réseaux sociaux et une femme horriblement raciste, pour quelle raison lui donner soudain un passé nazi ?


Au delà du fait que ce soit ridicule, on manque de dénoncer le réel problème actuel : les extrêmes et le racisme réapparaissent dans toute leur puissance aujourd'hui et cela n'est pas le fait d'anciens nazis croulants ou morts, il s'agit bien individus jeunes. C'est manquer cruellement de recul que de s'imaginer que les populations aujourd'hui ne peuvent pas se comporter comme l'on fait autrefois les nazis. Et puis revenir sur cette période de l'histoire, ça fait un peu vieux films des années 70. Avec ce twist, "The Boys" retombe ici dans un travers qui ne cesse de réapparaître dans le cinéma outre-atlantique, rendant la série manichéenne et lui faisant perdre sa finesse et au final son intérêt.


En bref, si ces quelques éléments négatifs n'en font pas la série parfaite, "The Boys" reste néanmoins une bonne série, jouissive, féroce et étonnante tout en étant au final politique. Elle propose un regard rafraîchissant sur le genre et sur notre société, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Il s'agit bien, au final, d'une série comme on en voudrait plus souvent.

Algernone
9
Écrit par

Créée

le 13 oct. 2020

Critique lue 322 fois

Alger none

Écrit par

Critique lue 322 fois

D'autres avis sur The Boys

The Boys

The Boys

5

GwlaDys1

le 7 août 2019

Suivre

Les Antisuperhéros

Je suis assez partagée. La proposition de départ de la série est assez intéressante et originale, elle se démarque clairement des séries habituelles sur les superhéros. Les superhéros des Seven de...

The Boys

The Boys

4

AdrienClaeys

le 29 juil. 2019

Suivre

Classique. .

C'est un peu énervant cette propension des gens à 'kiffer' des films ou séries dès que cela apparaît un tantinet trash ou subversif ... Dès qu'on enlève la forme la série est quand même très moyenne...

The Boys

The Boys

8

Buddy_Noone

le 9 août 2019

Suivre

American Gods

Si plusieurs comics (Watchmen, The Dark Knight Returns, Planetary) et films (Kick-Ass, Super) se sont déjà risqués à désacraliser la figure super-héroïque, le vaste monde des séries télés compte...

Du même critique

La Chronique des Bridgerton

La Chronique des Bridgerton

8

Algernone

le 26 déc. 2020

Suivre

Une jolie série romantique avec un vernis woke

Une jolie petite série légère et feel good, qui, sans renouveler le genre, apporte une certaine fraîcheur grâce à un vernis qui reprend les valeurs très actuelles de l’antiracisme, de la dénonciation...

Mask Girl

Mask Girl

9

Algernone

le 27 août 2023

Suivre

Avez-vous déjà vu une série coréenne féministe, violente et originale ? Maintenant oui !

Une série qui prend le contre-pied des dramas coréens pour proposer un scénario original, féministe et sans compassion pour la société coréenneUn scénario original et plein de rebondissementsDu point...

À l'ombre des magnolias

À l'ombre des magnolias

2

Algernone

le 10 oct. 2020

Suivre

Fadasse propagande de l'American Dream

Si vous cherchez une feel good série, alors vous trouverez votre bonheur avec "A l'ombre des Magnolias", mais malheureusement ce dernier sera accompagné d'un terrible ennui. "A l'ombre des Magnolias"...