"L'Énigme Natalia Grace" est le genre de série qui donne l'impression qu'une poupée russe a avalé un tribunal, un feuilleton télévisé et une usine à rebondissements avant d'exploser au milieu du salon. Tout commence avec une histoire qui paraît presque impossible à croire : Natalia, présentée comme une orpheline ukrainienne de six ans atteinte d'une maladie rare affectant sa croissance, est adoptée en 2010 par les Barnett.
Puis la réalité décide de faire un triple salto arrière sans prévenir. La première saison raconte la version des Barnett, la deuxième donne enfin la parole à Natalia, et la troisième tente de reconstruire toute cette affaire devenue un véritable champ de mines émotionnel où même les certitudes portent un casque de chantier. J'ai vraiment aimé la façon dont la série dévoile progressivement cette énigme, en nous faisant changer de perspective au moment où l'on croyait avoir compris le puzzle. Chaque épisode ajoute une nouvelle pièce... avant qu'un énième évènement ne vienne retourner la situation.
Les archives sont nombreuses, les interviews frappantes, les confrontations souvent électriques, et cette abondance de documents donne l'impression d'assister à une enquête en temps réel plutôt qu'à un simple documentaire. La construction en trois saisons fonctionne particulièrement bien au départ, car elle permet de mettre en lumière les manipulations, les contradictions et les failles d'un système qui semble parfois avoir rangé son bon sens dans une boîte à chaussures oubliée au grenier.
Ce qui m'a le plus marqué reste pourtant le traitement subi par Natalia. Au-delà du spectacle médiatique, je trouve ça ignoble, complètement dégueulasse, et la série rappelle constamment qu'au milieu de ce vacarme se trouve une jeune fille dont la vie a été bouleversée. En revanche, j'ai trouvé que la série commençait sérieusement à perdre sa boussole à partir de la saison 2. À force de donner la parole à tout le monde, chacun finit par critiquer tout le monde, les règlements de comptes prennent parfois le dessus sur l'enquête, et certaines séquences ressemblent davantage à une réunion de voisins où chacun arrive avec une fourche et un bouclier.
L'intensité reste présente, parfois même exagérément théâtralisée, mais ce qui faisait la force du mystère finit par se diluer dans une avalanche de querelles qui deviennent franchement fatigantes. Au final, j'ai trouvé "L'Énigme Natalia Grace" captivante, dérangeante et révélatrice, malgré une seconde partie qui s'éparpille un peu trop. Je la conseillerais à ceux qui aiment les documentaires criminels où chaque vérité semble cacher une autre vérité... jusqu'à ce que la vérité elle-même demande un avocat. Mais à la longue, c'est vrai, que la série, en devient franchement lassante.