Une série avec Jing Boran sur Netflix qui sort en même temps en Chine ?
Je n’allais pas manquer ce rendez-vous avec cet acteur diablement sexy, mais pas que…
Et du reste, dès le départ, The Early Spring m’a eue. Puis j’ai attendu que le désir devienne histoire. Mais pour cela, encore faut-il un récit construit. Et celui-ci tient à peu près sur un timbre-poste.
Il faut pourtant reconnaître que la série sait parfaitement vendre son couple. La mise en scène romantise énormément un comportement que je trouve franchement toxique et, pour cela, elle dispose d’une arme redoutable : Jing Boran, son regard, son charisme et des chemises qui, dès les premiers épisodes, ont manifestement perdu quelques boutons en route...
Luan Nian n’est pas seulement jaloux et possessif. Il est également hautain, très sûr de son charme mais beaucoup moins confiant dans l’amour que lui porte Shang Zhitao. Ses changements d’attitude, entre séduction, froideur et jalousie, le rendent rapidement désagréable et, peu à peu, leur relation devient toxique pour elle. Car de la confiance, il n’en a aucune. Et Jing Boran donne parfaitement corps (désolée) à cet homme arrogant et contrôlant. Il fait passer énormément de choses par le regard : le désir, bien sûr, mais aussi la jalousie, la contrariété ou l’insécurité, sans avoir besoin de les verbaliser. Et heureusement, parce que les dialogues ne l’aident pas beaucoup. Il rend Luan Nian tellement charismatique et sensuel qu’on comprend parfaitement pourquoi Shang Zhitao cède. Forcément, ça brouille un peu le signal d’alarme.
Face à lui, Sun Qian m’a longtemps semblé plus effacée. J’avais davantage de mal à lire les émotions de Shang Zhitao. Les derniers épisodes la révèlent pourtant davantage et elle y gagne nettement en intensité, sans doute aussi parce que le scénario lui donne enfin une matière émotionnelle plus consistante.
On pourrait éventuellement mieux comprendre Luan Nian si le scénario prenait la peine de fouiller son personnage. D’autant que la série semble vouloir faire de lui un homme qui aime mal plutôt qu’un homme foncièrement toxique. Pourquoi pas ? Mais encore aurait-il fallu construire son évolution. Pendant une vingtaine d’épisodes, je l’ai surtout vu reproduire les mêmes comportements avant qu’une prise de conscience n’apparaisse enfin dans les derniers. Et c’est dommage : Jing Boran avait largement de quoi donner corps à cette transformation. Quant à Shang Zhitao, pourtant narratrice de l’histoire, elle reste longtemps tout aussi difficile à saisir.
Et c’est bien le problème de cette série : elle affirme beaucoup de choses qu’elle ne raconte pas.
Une relation qui s’étire sur six ans ? Elle nous l’annonce davantage qu’elle ne nous la fait ressentir.
Son évolution professionnelle ? Elle nous la présente à coups de tableaux croisés dynamiques (mais quelle maîtrise !).
La profondeur du mal-être de Sun Yuanzhu ? Elle nous la dévoile bien tardivement. Mais entre ces informations, elle ne prend pas suffisamment le temps de construire les personnages, leurs évolutions ou même le passage des années pour que je puisse réellement les ressentir ou les comprendre.
Les dialogues ? Ils servent essentiellement à nous rappeler que Shang Zhitao est belle, chaleureuse, attentive aux autres, courageuse et tout et tout. Bref, elle n’a aucun défaut, cela va de soi.
Et pendant ce temps-là, elle consacre une quantité considérable de minutes à filmer Jing Boran et Sun Qian en train de se regarder intensément voire plus. Et il faut reconnaître qu’elle sait parfaitement le faire. La série est belle. La lumière chaude, l'OST, les plans et les cadrages participent énormément à sa sensualité. Jing Boran et Sun Qian ont même bénéficié d’un travail de coordination pour leurs scènes d’intimité, et le résultat est visuellement très réussi.
On y croit. On croit immédiatement qu’ils se désirent. Beaucoup moins qu’ils s’aiment. À partir de l’épisode 8, il me semble, l’ennui me gagne. J’essaie de comprendre le récit. Mais quel récit ? La narratrice raconte, mais je ne ressens rien.
J’ai parfois eu la sensation de retrouver les romans-photos qui traînaient chez ma grand-mère. Reprenons, je m’égare. Nous avons donc une jeune femme peu diplômée, embauchée dans une entreprise où le directeur ne voulait pas d’elle. À force de travail et de persévérance, elle finit par s’imposer. Schéma classique. Entre-temps, elle entretient avec lui une relation cachée et compliquée qui s’étire sur plusieurs années.
Certains personnages secondaires sont pourtant intéressants. Mais ils sont réduits à l’état de satellites, voire de faire-valoir du couple principal. Ils ne risquent pas de leur voler la vedette : ils n’ont tout simplement aucune place pour exister. Pire ! Certains disparaissent même brutalement du récit, laissant derrière eux des pistes à peine esquissées et jamais réellement exploitées.
Ainsi, l’épisode 20 m’a brutalement sortie de ma torpeur et l’ennui a fini par laisser place à la colère. Parce que cet épisode concentre à lui seul tout ce que je reproche à l’écriture de The Early Spring. Sun Yuanzhu était jusque-là un personnage discret, en retrait, dont on avait compris les sentiments secrets pour Shang Zhitao. Quelques scènes laissaient deviner un mal-être, mais rien ne m’avait permis d’en mesurer véritablement la profondeur. À l’épisode 20, il prend soudain une ampleur qui m’a heurtée. Ce qui aurait pu être bouleversant m’a surtout donné l’impression que l’on me présentait l’aboutissement d’une histoire dont la série ne m’avait montré que quelques fragments.
Et puis, presque contre toute attente, les trois derniers épisodes retrouvent un peu de matière. Les personnages gagnent enfin en épaisseur, les émotions trouvent davantage de place et Shang Zhitao elle-même devient plus intéressante. La résolution très démonstrative de la romance ne m'a pas convaincue pour autant, mais elle me fait regretter encore davantage les longueurs précédentes. Car cette matière existait : il aurait simplement fallu resserrer considérablement la première partie pour lui laisser davantage d’espace.
Mais derrière ses très belles images et une sensualité particulièrement réussie, The Early Spring m’a finalement laissé l’impression d’un roman-photo moderne auquel il manque l’essentiel : une histoire suffisamment construite pour donner du poids aux neuf années qu’elle traverse.
On croit immédiatement qu’ils se désirent. J’ai attendu 24 épisodes pour croire qu’ils s’aiment. Je ne suis pas certaine d’y être arrivée.