Des sentinelles qui n’ont pas su surveiller le scénario

Lookout / The Guardians ressemble trait pour trait à un drama de feu OCN par sa réalisation, mais on est bien sur MBC. Et là justement, la différence entre la chaîne spécialisée et rodée dans ce type d’œuvre va rapidement se voir. La série, quoique très conventionnelle de par sa construction, partait pourtant d’une bonne idée : que faire lorsque la justice abandonne les victimes et que celles-ci décident de chercher elles-mêmes la vérité ? Ce n’est pas la première série à aborder le sujet, mais elle le fait ici de manière originale. Sur le papier, il y avait largement matière à faire un thriller urbain sombre et nerveux. Le drama réunit autour de cette idée Jo Soo-Ji (Lee Si-Young), une ex-policière dont la petite fille a été tuée, Seo Bo-Mi (Kim Seul-Gi), une jeune femme recluse après avoir survécu à un massacre familial, et un hacker, Kong Kyung-Soo (Key), au passé trouble. Tous finissent par former « les Sentinelles », un groupe clandestin et hors-la-loi qui traque ceux que le système judiciaire n’a pas réussi à atteindre. À cela s’ajoute Jang Do-Han (Kim Young-Kwang), un procureur apparemment corrompu, mais qui poursuit en réalité son propre objectif de vengeance. Si le début est probant, on ne pourra pas en dire autant de la fin, catastrophique et complètement à la ramasse.


Dès le début, on n’essaie pas de noyer le poisson : Shi-Wan(Lomon), le fils du puissant procureur Yoon Seung-Ro(Choi Moo-Sung), tue la petite fille de Soo-Ji, tout simplement parce que c’est un psychopathe. Son père a plus l’air d’un parrain de mafia que d’un procureur. Le bureau qu’il dirige est décrit de manière ubuesque. Cette représentation de la justice participe également à la faiblesse du scénario. Le drama veut dénoncer la corruption et l’abandon des victimes, mais il réduit finalement beaucoup trop le système judiciaire à ses procureurs, qui agissent souvent comme s’ils étaient à la fois procureurs, juges et chefs de la police, tandis que les juges, eux, sont pratiquement absents. Cela simplifie considérablement le propos initial. L’idée de départ( des victimes qui cherchent elles-mêmes la vérité parce qu’elles ne peuvent plus compter sur les institutions ) était intéressante, mais la démonstration devient rapidement manichéenne. Autre gros souci, Lookout manque rapidement de carburant. C’est paradoxal pour un drama qui raconte les aventures d’un groupe clandestin affrontant des personnages puissants : les héros sont finalement rarement en véritable danger. Soo-Ji échappe régulièrement à la police, la team disposant presque toujours d’une longueur d’avance grâce à sa technologie.


Yoon Seung-Ro, pourtant présenté comme un homme extrêmement puissant, ne dégage jamais suffisamment de menace. Le suspense reste donc étonnamment faible pour un polar de ce type. Le véritable problème apparaît toutefois dans le dernier tiers. Le drama aurait besoin d’un second souffle, mais il fait exactement l’inverse : il abandonne progressivement l’action et la tension pour multiplier les discussions, les explications et les confrontations qui s’étirent. Les quatre derniers épisodes deviennent interminables. On attend constamment un véritable retournement qui obligerait nos amis à revoir leur stratégie, mais le scénario peine à produire cette montée en puissance. Il y a bien un petit rebondissement, mais il arrive trop tard. La fin est même un véritable naufrage. Les personnages cessent progressivement d’agir selon leur logique propre pour faire exactement ce dont le scénario a besoin. En résumé, la crédibilité est priée d’aller se faire voir. Le problème n’est même pas qu’un thriller puisse proposer une situation invraisemblable : c’est que personne ne semble plus réfléchir. La série est en roue libre, car on n’a plus l’impression de regarder des personnages confrontés à une situation exceptionnelle, mais des pions déplacés par les scénaristes pour produire les scènes nécessaires jusqu’au générique.


Mais il y a heureusement des atouts, dont le pilier principal est Lee Si-Young, parfaite dans ce rôle d’héroïne à la fois badass et psychologiquement fragile. En 2017, voir une femme occuper aussi franchement la place du personnage d’action principal reste assez remarquable. Soo-Ji n’est pas la partenaire d’un héros masculin : elle est ex-policière, mère, fugitive, se déplace à moto, poursuit elle-même les suspects et participe directement aux opérations. La moto n’est d’ailleurs pas qu’un accessoire : traditionnellement associée à une imagerie assez masculine, elle devient ici un symbole de liberté et d’indépendance. Lee Si-Young apporte en plus une vraie crédibilité physique aux scènes d’action puisqu’elle s’est formée à la moto et en réalise une grande partie elle-même. Bo-Mi constitue l’autre vraie réussite du casting. Son appartement transformé en centre de surveillance est une bonne représentation de son traumatisme : elle a survécu parce qu’elle était cachée et finit par reproduire cette stratégie de survie en vivant pratiquement recluse. Elle s’est construit sa propre prison. Le contraste avec Soo-Ji est intéressant : l’une est physiquement libre mais recherchée par la police, tandis que l’autre est libre juridiquement mais incapable de sortir de chez elle. Kyung-Soo fonctionne également bien, en jeune chien fou, même si son passé est révélé beaucoup plus tardivement.


Quant à Do-Han, porté par le toujours excellent Kim Young-Kwang, son double jeu et les révélations concernant son passé donnent une certaine profondeur à une intrigue qui aurait autrement été beaucoup plus classique. Maîtrisant l’art du cabotinage, c’est le personnage qui évoluera le plus. On retrouve ici les clichés et les tropes habituels que les initiés vont vite reconnaître : Bo-Mi et Kyung-Soo semblent capables de résoudre à peu près n’importe quel problème informatique sans que leurs études, leur formation ou même leurs moyens financiers soient vraiment expliqués. Ils disposent en revanche d’un matériel digne d’un centre de contrôle militaire. Dans les thrillers, le génie naturel remplace les études et l’argent magique remplace le budget. C’est amusant, mais cela renforce encore le côté peu réaliste d’une série qui prétend pourtant parler d’un système policier et judiciaire très concret. Ce qui est bien, c’est que le drama, qui s’articule aussi autour de cas concrets, sait apporter une touche de légèreté au moment où on en a besoin. Revers de la médaille : on flirte souvent avec le pathos et le dévouement exacerbé. Ça manque parfois de nuances dans les gestes comme dans le verbe. La rengaine habituelle, entre repentance et résilience, viendra faire son effet. Il faudra aussi s’asseoir sur le fait que nos héros seront vite " pardonnés " pour leur passé de délinquants.


Au bout du compte, The Guardians donne surtout l’impression d’un drama qui n’a jamais été à la hauteur de ses ambitions. Il avait de quoi devenir un polar solide, mais il lui manque cette maîtrise du rythme et cette capacité à surprendre qui font les bons thrillers. Plus gênant encore, lorsqu’il arrive au moment où il devrait prendre de la hauteur, il choisit systématiquement la facilité : émotion appuyée, réactions convenues, rédemption à marche forcée et résolution sans grande subtilité. C’est dommage, car quelques années plus tôt, une chaîne comme OCN aurait probablement su tirer davantage de ce matériau. Beaucoup de situations sont aussi tirées par les cheveux. Alors tout n’est pas à jeter à la benne : il y a de très bons moments, notamment concernant les phases d’action en milieu urbain et la sympathie ressentie envers nos quatre héros, vu leur passé douloureux, mais par moments, c’est un peu trop caricatural. Il aura manqué un vrai antagoniste qui aurait vraiment mis à mal les plans de Soo-Ji et Do-Han. Le scénario s’est servi de Shi-Wan quand il avait besoin de lui, c’est-à-dire du début à la fin, à la manière d’un bouche-trou, car le fond du personnage n’est pas assez exploité. À voir si vous n’êtes pas très exigeant et que le divertissement passe avant tout.


Main Theme : Damiano Feat. Jenyer - Amen

Additionnel OST : Soo Ji & Kwan Woo - Human

Créée

le 6 sept. 2026

Critique lue 26 fois

The Guardians

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6

Kim-Kaphwan

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