The Heir
-
The Heir

Drama iQiyi (2026)

Ce drama est assez inhabituel car plutôt qu'être centré sur une quête, une vengeance, une romance ou une crise de régime, il se focalise sur une activité économique qui est aussi un artisanat d'art ; la fabrication de l'encre (de Chine) traditionnelle de la ville de Huizhou sous la dynastie Ming. Dans un registre à peu près comparable, je ne vois que le drama "The Long River" axé sur l'ingénierie de la gestion du Fleuve Jaune.

"The Heir" n'est certes pas un documentaire, mais il explore par le détail les tenants et les aboutissants de la production ancestrale de cette encre prestigieuse, depuis ses techniques de fabrication basée sur le "noir de fumée", c'est à dire la récupération d'une suie extrêmement noire et fine à partir de la combustion lente dans une lampe à mèche d'une matière première riche en carbone ; du bois (de pin notamment), de la résine, de la laque... par dépôt de surface dans des bols renversés suspendus au dessus des lampes, jusqu'à la mise en forme d'un "bâton" d'encre par mélange de le suie obtenue avec un liant qui est une "colle" (en fait du collagène animal, issu de poissons ou de peaux de mammifères) et l'ajout d'un certain nombre de matériaux qui vont apporter de la brillance ou de l'éclat, des composés aromatiques, des caractéristiques "tannantes" (pour donner un caractère indélébile à l'encre) et des propriétés bactéricides et antifongiques de conservation. La combinaison de toutes ces matières premières naturelles, leur dosage, leur principe d'incorporation sont des formules que les "maîtres encreurs" se transmettent de générations en générations, tout en essayant systématiquement d'innover pour améliorer la qualité des encres. C'est une production qui demande une quantité de main d’œuvre qualifiée assez importante et qui fait donc vivre la majorité de la population de Huizhou.

Les familles bourgeoises des maîtres encreurs qui détiennent les formules secrètes et les ateliers de fabrication sont donc à la fois concurrentes entre elles, mais cultivent aussi une nécessaire solidarité corporatiste car si l'une d'entre-elles défaille, c'est la réputation de toute l'industrie de l'encre Hui (de Huizhou) qui en pâtit.

Étonnamment, cette plongée dans cette activité économique particulière est tout à fait passionnante.


Mais ce drama n'est pas un documentaire et s'appuie sur une trame dramatique assez plaisante à suivre. Les deux premiers épisodes mettent en scène le traumatisme qui frappe la famille Li 13 ans avant la période où se déroule l'essentiel de la série ; Sélectionnée pour fournir l'encre "tributaire", c'est à dire le saint-Graal pour tout fabriquant d'encre : l'exclusivité de la fourniture de la cour impériale pendant 4 ans, qui assure prestige et revenus confortables, la famille Li connaît un revers de fortune catastrophique et inattendu. Avant même d'être livré à la Capitale, le stock d'encre est détruit par un incendie sur le chemin. Considérée comme un affront à l'empereur, cette destruction vaut aux 3 cousins de la jeune génération qui accompagnaient la cargaison d'être emprisonnés et torturés (l'un d'eux en meurt, l'autre y perd l'usage de ses jambes et le troisième attrape une maladie à laquelle il finira par succomber) et la famille Li est frappée de lourdes amendes sous formes de taxes pendant 10 ans. Comme c'est le cousin de la 8ème branche (celui qui tombe malade) qui était en charge de veiller sur la cargaison au moment de l'incendie et qu'il s'était manifestement enivré, toute la 8ème branche est exclue de la famille.

L'héroïne du drama est Li Zhen, la petite fille de la 8ème branche, passionnée par la fabrication d'encre depuis son enfance et qui possède en la matière un talent certain. Elle va forcer son grand-père, maître encreur qui a fait serment de ne plus fabriquer d'encre après les drames qui ont touché sa famille, à lui transmettre ses connaissances afin de devenir elle aussi un future maître encreur. La matriarche de la famille Li, la septième grand-mère, ne se résout pas à abandonner la 8ème branche et surtout Li Zhen qu'elle adore et va lui permettre d'utiliser les ressources de la famille pour qu'elle puisse développer ses capacités, suscitant haines et rancœurs au sein de la famille.


Le ressort narratif du drama est assez classique ; Li Zhen va être confrontée à une série de crises successives qu'elle devra surmonter les unes après les autres. Dans la première partie du drama, les crises sont généralement provoquées par les jalousies et les rancunes au sein de la famille vis à vis de 8ème branche, puis, dans la deuxième partie, par une famille concurrente (sur laquelle je reviendrai lorsque je parlerai de mes insatisfactions). Mais ce qui est singulier, c'est que toutes les crises sont liées à la fabrication de l'encre. Du sabotage aux problèmes d'approvisionnement en matière première, en passant par les atteintes à la réputation de la production, par le blocage des routes commerciales ou par la corruption des nobles et des fonctionnaires (qui ici méritent bien leur réputation de parasites) dans l'attribution des marchés, l'encre est toujours au cœur des problèmes de Li Zhen. C'est très intéressant à suivre, avec beaucoup de personnages secondaires attachants.


J'ai deux réserves. L'une est a posteriori et n’entache en rien le plaisir que j'ai eu à suivre la série. C'est juste que toutes les crises que traverse Li Zhen se déroulent sur une seule année (puisque le traumatisme de l'encre tributaire est toujours mentionné comme datant de 13 ans) et qu'entre les mariages, les divorces, les naissances, les décès poignants, les incendies d'ateliers et leur reconstruction, les maladies cryptogamiques qui touchent les pinèdes, les spoliations, les révoltes et les émeutes, il se passe vraiment beaucoup de choses en une seule année !

L'autre m'a plus gêné et concerne l'antagoniste principal du drama, Tian BenChang. Il est présent dés les premiers épisodes où, enfant, il se montre très solidaire de Li Zhen (également enfant) lors de l'exclusion de la 8ème branche. Ensuite, jeune homme, il est le fiancé de Li Zhen dont il semble profondément amoureux et est toujours prêt à rendre service à la famille d’icelle. Mais son feed-back familial n'est pas des plus heureux. Je ne vais pas m'étendre sur le processus de transformation de ce personnage très sympathique au début en un "vilain" caricatural qui, à l'instar du capitalisme moderne, va utiliser tous les moyens et surtout les moins honorables pour faire tomber toutes les autres familles d'encreurs de Huizhou et surtout la famille Li. Mais cette bascule du personnage en un vilain machiavélique et inéligible à la moindre rédemption est à mes yeux assez incompréhensible, et certainement scénaristiquement très mal traitée. La 4ème tante de la famille Li, autre "méchante" de l'histoire, n'aura pas vraiment droit non plus à une rédemption, mais son personnage était antipathique dès le début, ce qui n'est pas le cas de Tian BenChang (dont l'acteur qui l'interprète est incontestablement bel homme, ce qui donne un caractère terrifiant à sa vilénie car il a un charme indéniable).


J'ai aussi du mal à évoquer la "romance" entre l'héroïne et celui qui est présenté comme le personnage masculin principal, Luo WenQian, car bien qu'assez touchante, elle est quand même nettement secondaire. D'ailleurs, la fin de la série est très ambiguë et semble-t-il fait l'objet d'interprétations contradictoires sur les Internets. Je ne vais pas la dévoiler, mais personnellement, je penche plutôt pour l'interprétation douce-amère qui laisse à penser que le véritable personnage principal du drama, c'est l'encre hui plus qu'aucun des protagonistes humains.

kochfo
8
Écrit par

Créée

le 13 juin 2026

Modifiée

le 13 juin 2026

Critique lue 19 fois

kochfo

Écrit par

Critique lue 19 fois

2

Du même critique

Yellowstone

Yellowstone

2

kochfo

80 critiques

Illisible

Passant outre le côté "soap" décidément trop présent et assez agaçant, appréciant à sa juste valeur la beauté des images et le jeu des acteurs, cette série m'a laissé perplexe. Quasiment tous les...

le 9 sept. 2018

Ragnarök

Ragnarök

5

kochfo

80 critiques

Navet à la scandinave

J'ai découvert par hasard cette petite série dano-norvégienne réalisée par un danois propriétaire de plusieurs restaurants à Copenhague. Première déception, la série ne parle pas vraiment de...

le 1 févr. 2020

The Haunting of Hill House

The Haunting of Hill House

5

kochfo

80 critiques

Oubliable

Ca y est, je viens de comprendre ce qui ne va pas dans cette série ; c'est un exercice de style. Il y a certainement une histoire à découvrir, mais elle est racontée avec de telles circonvolutions...

le 15 oct. 2018