Il existe des séries ambitieuses. Des séries profondes, élégantes, intelligentes. Et puis il y a celles qui décident de plonger volontairement dans la piscine de la télé-poubelle, d’y faire trois longueurs en talons aiguilles, de boire un shot de tequila au bord du bassin… et d’appeler ça une œuvre féministe.
The Hunting Wives appartient très clairement à cette deuxième catégorie.
Le pitch tient sur un coin de nappe texane : une bourgeoise progressiste débarque dans un trou paumé du Texas et tombe sur un cercle de femmes riches, très riches, qui passent leur temps à tirer au fusil, boire comme des trous et coucher avec tout ce qui bouge (y compris entre elles) parce que, visiblement, la vie dans ces lotissements de luxe est d’un ennui cosmique.
Et c’est là que la série devient délicieuse.
Ces femmes ont des flingues comme d’autres ont des sacs à main. Les armes sont littéralement le prolongement de leurs bras. Elles tirent sur tout : les bouteilles, les animaux, parfois leurs propres vies. L’Amérique profonde comme fantasme toxique, avec des piscines trop bleues, des maisons trop grandes et des gens trop riches pour être équilibrés.
Au milieu de ce cirque : un meurtre, évidemment. Parce qu’un soap américain sans cadavre, c’est comme un barbecue texan sans arme semi-automatique.
La série adapte le roman de May Cobb et se situe quelque part entre Desperate Housewives, Big Little Lies et un délire alcoolisé de Fox News un soir d’élection. Sauf qu’ici la subtilité a été abandonnée au vestiaire avec la décence.
On empile tout : sexe lesbien un peu hystérique, adultères, hypocrisie bourgeoise, teenagers à problèmes, évangélisme délirant dans ce Texas où Dieu, les fusils et Trump semblent partager la même paroisse.
Les pro-Trump du coin sont d’ailleurs exactement ce qu’on imagine : racistes, bruyants, caricaturaux. À ce niveau-là, on ne parle plus de satire, on parle de documentaire légèrement stylisé.
Et pourtant, et c’est là que la série devient dangereusement efficace, The Hunting Wives sait très bien ce qu’elle fait.Elle assume d’être ridicule. Elle assume d’être outrancière. Elle assume d’être un plaisir coupable absolu.
On regarde un épisode en levant les yeux au ciel. Puis un deuxième. Puis quatre. Et soudain il est deux heures du matin et on est complètement happé par ce soap grotesque où tout le monde ment, couche, complote et tire au fusil comme si la vie était un immense stand de tir émotionnel.
Au centre de ce chaos : Margo, reine toxique du Texas mondain. Sexy, manipulatrice, dangereuse et parfaitement consciente de l’être. Une femme qui dirige son petit royaume comme une prêtresse païenne du chaos bourgeois.
Au fond, The Hunting Wives est une sorte de fantasme télévisuel sur l’Amérique conservatrice : des femmes qui prient le dimanche, tirent au fusil le lundi et détruisent leurs vies le reste de la semaine.
C’est absurde.
C’est excessif.
C’est parfois complètement con.
Et c’est précisément pour ça que c’est irrésistible.
Ce n’est pas une grande série.
C’est pire.
C’est un soap décadent et jouissif qui se regarde comme on feuillette un tabloïd dans une salle d’attente : avec un mélange de mépris, de fascination… et un plaisir coupable absolument délicieux.