Urgences [Critique de "The Knick" saison par saison]

Saison 1 :


Steven Soderbergh déclara donc un jour mettre un terme à sa prolifique carrière dans le cinéma - ce ne serait que temporaire, bien sûr ! - et, en véritable stakhanoviste qu'il est, se consacra immédiatement à la conception et la réalisation d'une série TV... Finalement peu commentée et peu vue malgré la présence d'un Clive Owen aussi convaincant qu'à l'habitude. Le résultat est que "The Knick" fait désormais partie du meilleur travail de Soderbergh... le problème étant que, d'une manière assez inhabituelle, qui explique sans doute son relatif insuccès, il faut bien 4 ou 5 épisodes pour que les choses se mettent en place et commencent à faire sens, à fonctionner...


Le pilote est particulièrement désastreux et sert de repoussoir : difficile d'adhérer à ce truc tordu, filmé à l'arraché, au rythme heurté, traversé de sons électroniques anachroniques, avec des personnages uniformément antipathiques et une tendance désagréable au gore excessif ! Il se trouve que le projet de Soderbergh est de nous conter - en nous prenant ainsi à rebrousse-poil - les débuts hasardeux de la chirurgie moderne, en les situant dans une New York naissante ravagée par la misère, la violence (déjà), le racisme et le sexisme les plus crasses et les préjugés en tous genres. Et de faire ça le plus loin possible du cinéma "classique", des belles fresques esthétisantes et lyriques, finalement consensuelles, qui encombrent nos grands écrans...


La véritable magie dont sera témoin le téléspectateur patient, c'est l'apparition progressive d'une complexité inattendue des personnages (tout le monde a ses raisons, comme chez Renoir, auquel on pense souvent, du fait de la vitalité brouillonne du filmage...) et des situations : Soderbergh évite - parfois de justesse, c'est vrai - de trop surplomber les tares de l'époque du haut du point de vue éduqué et "libéral" (?) de notre époque. Owen déploie ses ailes de grand acteur au fur et à mesure que son personnage se perd entre les excès égotiques et la cocaïne, et le septième épisode est une véritable merveille, avant que la saison ne se referme dans une conclusion très sombre, prenant acte de l'échec général de tous les plans, toutes les tentatives, toutes les illusions...


Pourtant, tous kes combats perdus dont nous avons été témoins ont défini l'humanité des personnages que nous avons appris peu à peu à aimer. Ils n'ont pas été vains, un peu comme ce projet atypique d'un réalisateur qui avait décidé de remettre en jeu tous ses acquis, pour se frotter à une nouvelle manière de raconter des histoires qui lui importent.


[Critique écrite en 2019]

Eric-Jubilado
7
Écrit par

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Créée

le 21 janv. 2019

Critique lue 326 fois

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