Le concept de base est intéressant et prometteur, mais la série s’égare et s’essouffle pour en arriver à un résultat décevant. Les causes sont multiples :
Les performances du casting sont globalement acceptables, exception faite de Eve Hewson qui incarne Lucy l’infirmière. Cette actrice est aussi expressive qu’une carpe paralytique.
La musique est inappropriée et anachronique.
Même problème que pour Mad Men, la thématique principale est négligée. À la place, les scénaristes s’intéressent trop à l’époque avec un regard typiquement contemporain. On insiste lourdement sur les injustices sociales, l’hypocrisie de l’Eglise catholique, le racisme, la corruption etc. Au mieux ce sont des lieux communs, au pire ce sont des clichés. Et ces thématiques seront explorées via des personnages-fonction qui forcément manqueront d’authenticité :
- Le noir méritocrate
- La nonne avorteuse
- La gosse de riche progressiste
Bref, les scénaristes n’aiment pas cette époque et le font savoir au spectateur jusque dans les moindres détails :
- L’un des chirurgiens est appelé par ses pairs par son petit surnom « Bertie », c’est totalement anachronique. C’est une façon de dénoncer les mœurs rigides.
- Idem pour l’infirmière qui est prête à rompre avec les mœurs puritaines de l’époque pour mieux les dénoncer. Est-elle authentique pour autant sachant qu’elle a été élevée par un prêtre ?
- Qu’Edwards opère deux ou trois personnes clandestinement dans une cave ça tient la route. Mais le fait qu’il mette en place une clinique clandestine pendant x temps sans incident, avec des infirmières non qualifiées, et sans que personne ne s’aperçoive de rien (allées et venues, disparition des fournitures médicales…) est ridicule. C’est une sous-intrigue qui n’existe que pour dire une chose : TA VU TA VU, LES NOIRS Y SONT CAPABLES EUX AUSSI ! Sans blague.
On vire en cours de route au soap-opera, aux dramas interpersonnels et à des sous-intrigues complètement hors sujet voire ridicules :
- La relation entre le docteur Edwards et la gosse de riche blanche qui n’aboutit à rien.
Elle refuse de partir avec lui et garder le gosse parce que ce ne serait pas raisonnable, alors qu’elle s’enfuit toute seule en Australie à la fin de la saison 2.
- La révélation soudaine que le docteur Edwards est marié. Sa femme est alors introduite et ne servira strictement à rien par la suite.
- Les diverses sous-intrigues sentimentales, sans parler évidemment du cul.
- On insiste trop sur la débauche et l’addiction de Thackery.
- À quoi sert la journaliste introduite dans la saison 2 ?
- Un des personnages meurt dans la saison 2, et on se retrouve avec une sous-intrigue à la Sherlock Holmes. Les progrès de la médecine, ce n’est pas assez intéressant ?
Les fins sont franchement grotesques :
L’ambulancier qui avoue avoir dénoncé la nonne.
L’incendie du chantier, on n’est pas dans un thriller d’action bordel.
La révélation de l’identité de l’assassin.
Le chirurgien qui s’opère tout seul.
Mais ce qui agace le plus dans cette série, c’est son côté interchangeable. En dehors de la thématique, on a l’impression d’avoir déjà vu tout ce qui s’y déroule, jusqu’à son protagoniste Thackery, sorte de Don Draper cocaïnomane.
Avant de s’intéresser aux progrès de la médecine, les scénaristes auraient mieux fait de s’interroger sur leur propre progrès par rapport à la concurrence. Ça nous aurait évité de perdre notre temps.