N'ayant pas joué aux jeux vidéo développés par Naughty Dog, je ne me focaliserai que sur la série en elle-même, et non sur son adaptation.
Arrivé au bout des 9 épisodes de cette nouvelle série tant attendue, produite par HBO et développée par Neil Druckmann (réalisateur et scénariste du jeu originel) et Craig Mazin (déjà à l’œuvre sur l'excellente mini-série «Chernobyl»), j'en ressors avec un sentiment mitigé.
Commençons par le vrai point positif de la série : son casting, et en particulier son duo principal, incarné par Pedro Pascal et Bella Ramsey.
On sent une alchimie évidente entre les deux au fil des épisodes.
Un adulte et une adolescente qui ont chacun.e perdu un être cher, culpabilisent de ne pas avoir pu les protéger et qui n'ont jamais vraiment pu faire le deuil de cette perte.
Ayant depuis du mal à renouer un véritable lien avec quelqu'un d'autre, de peur de revivre le même traumatisme, Joel et Ellie vont devoir apprendre à se faire confiance lors du périple qu'ils vont traverser ensemble.
Sur leur route, ils vont faire la rencontre d'autres personnages, bien écrits et interprétés en général, même si la série a tendance à se débarrasser d'eux aussitôt présentés aux spectateurs (un dispositif un peu répétitif, qui marche bien dans certains épisodes (les duos Bill et Frank, et Henry et Sam) et moins dans d'autres (le sacrifice de Tess, expéditif et déjà-vu, Kathleen, antagoniste trop survolée).
Là où le bat blesse pour moi, c'est l'univers qui les entoure et dans lequel ils progressent.
Au vu des 100 millions déboursés pour cette première saison, ce monde post-apo me paraît assez peu crédible (on sent vraiment par moments le côté "propre" des décors de studio). Un monde que notre duo traverse avec très peu de difficultés, comme s'il s'agissait d'une promenade de santé.
Et c'est là le grand souci de cette série : le manque d'obstacles, le manque de rebondissements, le manque de tension.
Qu'il s'agisse des "claqueurs", très peu présents (et mollement introduits lors du 2e épisode) tout au long de la série, ou d'autres antagonistes croisés sur la route, on ne ressent jamais ce danger que pourrait rencontrer Joel et Ellie, et rendre leur périple plus difficile et plus immersif.
Pour se sentir encore plus proche d'eux, il faut vraiment avoir peur pour eux, les sentir véritablement en danger, être persuadé qu'ils ne pourraient pas s'en sortir (regardez l'ouverture de «28 semaines plus tard», vous comprendrez de quoi je veux parler). Et sur ce point-là, la série déçoit.
Celle-ci déroule son récit attendu, sans prendre de gros risques et en veillant à ne jamais trop sortir des sentiers battus (et rebattus) du genre. Et dommage d'ailleurs d'avoir abandonné les séquences pré-générique des 2 premiers épisodes, qui nous mettait bien dans l'ambiance à chaque fois.
Certes, la première moitié du 1er épisode constitue une vraie bonne intro (jusqu'au saut temporel), le 3e épisode est très surprenant dans sa cassure de la narration (et très touchant au passage), et la tension, la vraie, s'installe enfin un peu (même si tardivement) lors de l'épisode 8 (merci à Ali Abbasi, réalisateur des «Nuits de Mashhad», pour ça).
Mais l'ensemble manque vraiment d'audace et d'immersion pour nous emporter, échouant à trouver un équilibre entre émotion et tension, entre drame et horreur, là où des œuvres comme «La Route», «Les Fils de l'Homme» ou encore «Dernier Train Pour Busan» avaient su très bien illustrer, chacune à leur manière, ce mélange de cauchemar et d'espoir, et nous faire ressentir cet aspect "survival", traité ici de façon assez gentillette/artificielle.
Et je passerai sur certaines incohérences notables, comme le physique plutôt bien-portant de personnes qui vivent dans la misère et la sous-nutrition depuis 20 ans, Sam qui attend d'attaquer Ellie au petit matin alors qu'elle a pioncé juste à côté de lui toute la nuit, Joel qui regagne toute sa force en l'espace de quelques instants alors qu'il était cloué au lit après un coup mortel et avoir reçu 2 injections de pénicilline.
Bref, une série qui vaut surtout pour son casting et assez déceptive sur le reste, malgré quelques fulgurances.
Une série à la photographie soignée, mais à la narration classique et prévisible dans son ensemble.
Une série dont j'attendais vraiment plus, surtout au vu de certains retours (exagérément) dithyrambiques que j'ai pu lire ces dernières semaines, et dans laquelle les défauts font de l'ombre aux qualités.
Une série devant laquelle je ne me suis pas foncièrement ennuyé (n'exagérons rien), mais une série qui m'a surtout donné envie de me replonger dans d'autres œuvres bien plus réussies dans ce registre-là.