Chez Park Sung-hoon, ce que j’avais particulièrement aimé dans Into The Ring, c’était cette retenue permanente : un personnage presque rigide mais jamais froid, une manière d’aimer sans envahir, très discrète, avec une intégrité morale qui ne bouge pas. Et une alchimie réjouissante avec Nana. J’avais donc très hâte de le retrouver.
Et du reste, après sa polémique, il y a quelque chose d’étrange à voir une série qui parle de choix amoureux encadrés par la société, alors même que ses acteurs évoluent dans un système où l’image personnelle est elle aussi étroitement surveillée.
Je pensais tenir une romance un peu différente. Au début, la série est plutôt intéressante en traitant des pressions sociales imposées au couple, et ici plus particulièrement aux femmes.
Sous ses airs de modernité émotionnelle, elle reste pourtant profondément attachée à une idée très codifiée du couple. Peut-on parler d’amour libre dans une société où même l’image publique doit être parfaitement contrôlée ?
La série ne parle pas vraiment d’amour, elle parle de conformité sociale. Elle évoque le choix amoureux… mais où tout semble déjà décidé. Ce qui est présenté comme une liberté n’est en réalité qu’une validation d’un modèle déjà établi. Elle fonctionne comme un ensemble d’injonctions : relations acceptables, comportements “convenables”.
À ce titre, elle s’inscrit pleinement dans une logique contemporaine : rendez-vous arrangés, profils “compatibles”, sélection de prétendants, comparaison entre différentes options. L’amour devient un système de sélection. On ne rencontre plus quelqu’un, on l’évalue.
Tout n’est pas à jeter. La série adopte par moments une approche moderne, décomplexée, en questionnant les règles implicites, quand embrasser, quand coucher… Mais cette modernité reste en surface. Car derrière ces comportements plus libres, la structure reste très encadrée. La série adopte une posture moderne… pour finalement revenir à des conclusions profondément traditionnelles.
Les femmes ne sont pas passives. Jung Hyun Min apporte notamment une certaine légèreté, même si le trait devient parfois excessif. On passe de “être choisie” à “choisir”. La série tente quelque chose, à l’intérieur de ses limites. Ce ne sont pas de grandes ruptures, mais de petits déplacements : un geste, une main prise… autant de moments où les héroïnes semblent sortir du cadre, sans jamais vraiment le briser. La modernité du drama tient davantage dans la manière dont ces femmes habitent leurs désirs que dans ce qu’il raconte réellement.
Le triangle amoureux, lui, est d’une pâle prévisibilité. Mais ce n’est pas tant cela qui pose problème que son absence totale de tension. Les deux hommes ne sont pas à égalité narrative. Tae-Seop incarne une forme d’amour tranquille, stable, presque évident. À l’inverse, Ji-Soo représente le trouble, le doute, une forme de liberté qui relève du fantasme.
Mais cette liberté est une illusion.
Sa précarité est choisie, non subie. Il donne l’impression du risque sans jamais vraiment l’incarner. Dès lors, le triangle perd tout son sens. Le fantasme est toléré, mais jamais envisagé comme une option viable. Il n’existe pas pour être choisi, seulement pour introduire un écart sans conséquence.
Face à ces deux figures, Eui-Young reste étonnamment ambiguë. Non pas dans ses sentiments, qui pourraient légitimement hésiter, mais dans son attitude. Certaines scènes, comme celle de l’église, laissent pourtant entrevoir un basculement clair. Mais rien ne suit.
Cette posture peut se lire comme une forme très contemporaine de relation : tester, comparer, laisser ouvert. Une logique presque “applicative”, où l’on avance sans fermer les options. Mais faute d’être réellement pensée ou assumée, elle finit par créer un flottement. Ce qui pourrait être une exploration du doute devient une ambiguïté confuse, où les gestes perdent leur portée et les émotions leur direction.
À l’opposé, Sae-Byeok propose une autre dynamique. Plus jeune, encore en construction, elle échappe à cette logique de “choix optimal”. Avec elle s’installe une question de rapport de pouvoir. L’avocat, sûr de lui, impose trop vite un cadre. Le malaise est immédiat. Là encore, la série touche quelque chose de très juste mais ne l’exploite pas. Elle semble nous dire : “ce n’est pas parce qu’il coche toutes les cases que c’est le bon choix”. Mais le personnage reste finalement trop peu développé pour que cela prenne pleinement sens.
Passé l’épisode 6, la série ne sait plus quoi raconter. Le rythme trébuche. Tout est déjà structuré à l’avance, et il n’y a plus ni surprise, ni vertige amoureux.
Han Ji-Min et Park Sung-Hoon s’appliquent l’un comme l’autre. Si l’alchimie fonctionne dans la première partie, elle s’éteint peu à peu, comme si eux-mêmes se retrouvaient enfermés dans un récit qui ne leur laisse plus d’espace. J’ai même trouvé leur jeu excessif. En revanche, j’ai eu plaisir à retrouver Lee Ki-Taek, que j’avais découvert dans Namib, ainsi que Shin Jae-ha, que j’aurais aimé voir davantage.
Au final, la série joue avec les codes modernes de la rencontre… sans jamais vraiment les interroger. Très vite, elle revient à une vision plus classique du couple, comme si la liberté n’était qu’un détour avant de retrouver l’ordre établi. Derrière ce choix, se dessine aussi une logique très concrète : celle de la sécurité matérielle, du statut, d’un amour qui rassure autant qu’il s’inscrit dans un cadre socialement acceptable. Au fond, la série ne choisit pas entre deux hommes, mais entre deux modes de vie et c’est la sécurité qui l’emporte.
Plus la série avance, plus elle se vide de ce qu’elle avait à dire. Vite regardée, vite oubliée… mais pas mon ennui.