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le 11 nov. 2025
SuivreA Force de Se Taire
Hui-su vit sous l’emprise d’un mari violent. Quand son amie Eun-su réalise l’enfer qu’elle endure, elle décide de l’aider en se débarrassant de lui. Ce geste déclenche une série d’événements où le...
Imaginons qu'il soit possible de ressusciter un mort. Bien sûr, c'est impossible. Mais imaginons. Le temps d'une série de 9 épisodes de quarante-cinq minutes en moyenne, particulièrement addictive.
Imaginons surtout que l'on puisse ramener à la vie l'homme responsable du calvaire de nos enfants. Pour quelques jours. Juste assez longtemps pour lui faire payer ce qu'il leur a fait. C'est le postulat de départ de The Resurrected : deux mères ressuscitent Chang Shih-kai pour exercer elles-mêmes leur vengeance. Une question vient aussitôt : jusqu'où iront-elles ? Mais la série est assez maligne pour en poser une autre : lorsqu'on ressuscite un assassin pour se venger, maîtrise-t-on vraiment les conséquences de son acte ?
D'autant que Chang Shih-kai n'est pas n'importe quel criminel. Il dirige un centre d'arnaque, un de ces lieux bien réels d'Asie du Sud-Est où des jeunes gens attirés par de fausses promesses se retrouvent séquestrés, exploités, et pire encore. Un homme dont le métier consiste à manipuler la vérité. Ce n'est sans doute pas un hasard.
Car derrière la vengeance se pose vite la question de la responsabilité. Une décision en entraîne une autre, un mensonge en provoque un autre, une manipulation en cache une autre, une volonté de protéger peut détruire ailleurs. Encore faut-il savoir qui est réellement responsable. C'est ce que j'ai préféré dans l'écriture de la série : à qui faire confiance ? Qui détient la vérité ?
La série multiplie les révélations et les flashbacks. Or, lorsqu'une image nous est montrée, nous avons tendance à la croire vraie, et à l'heure de l'IA, la question n'a jamais été aussi actuelle. Les séries taïwanaises semblent particulièrement sensibles à ce thème, peut-être parce que l'île a longtemps vécu sous la propagande du régime de Tchang Kaï-chek. On le retrouve dans Copycat Killer, dans une moindre mesure dans Si je n'avais vu le soleil et The Victims' Game, et de nouveau ici. Ce que nous voyons n'est pas forcément la vérité : chaque nouvelle révélation nous oblige à déplacer notre regard.
C'est parfois vertigineux. Les rebondissements et les temporalités s'empilent, et il faut s'accrocher pour suivre. Mais cette confusion n'est pas gratuite : elle nous place exactement dans la situation des personnages. Pourquoi avons-nous cru la version précédente ? Parce qu'elle était vraie, ou simplement parce qu'on nous l'avait montrée ?
Certaines séquences de poursuite sont très nerveuses, dans la réalisation comme dans la narration. La mise en scène, parfois suffocante, nous enferme avec les personnages et transforme une situation toute simple en vrai moment de tension. Le dernier épisode en est une belle démonstration : la scène du labyrinthe de bambous m'a étrangement rappelé le palais des glaces de La Dame de Shanghai…
Et si The Resurrected fonctionne aussi bien, c'est également grâce à son casting. Shu Qi et Lee Sinje incarnent deux mères que tout oppose mais que la douleur unit. Vous croyez à leur complicité ? Vous allez en douter. Leur jeu rend crédible ce qui ne devrait pas l'être. À leurs côtés, le jeune acteur thaïlandais Patrick Nattawat Finkler est une jolie révélation dans le rôle d'Eason, un escort bien plus complexe qu'il n'y paraît. Quant à Fu Meng-po, il campe un Chang Shih-kai glaçant, qu'on ne peut que haïr, mais dont la seule présence suffit à semer le doute là où on ne l'attend pas.
Tout n'est pourtant pas aussi convaincant. Accepter la résurrection de Chang Shih-kai ne m'a pas posé de problème, c'est le postulat de départ. Mais il faut aussi accepter des personnages étonnamment résistants, des situations peu vraisemblables et quelques morts qui ne le sont pas tout à fait. La suspension d'incrédulité a ses limites, même quand on a accepté de ressusciter un mort.
Le dispositif fantastique aurait aussi pu être davantage exploité. Je pensais que les quelques jours accordés aux deux mères et la torture de Chang Shih-kai prendraient plus de place. Très vite, la série délaisse sa vengeance pour devenir un thriller sur la vérité, le mensonge et la responsabilité. Ce déplacement ne m'a finalement pas dérangée, car c'est aussi ce qui fait son intérêt. Les deux femmes pensent pouvoir maîtriser leur vengeance. Mais le peut-on vraiment ? Et peuvent-elles seulement être sûres de connaître toute la vérité ?
Peut-être est-ce finalement ce que raconte The Resurrected : nous pouvons agir, nous convaincre que nous savons pourquoi nous le faisons, parfois même croire que nous avons raison. Mais une fois la décision prise, nous ne maîtrisons plus ce qu'elle provoquera.
Vous croyez tout savoir ? Regardez The Resurrected, vous douterez de tout.
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il y a 2 jours
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