Alors forcément, passer après un mastodonte comme The Handmaid's Tale, c'est difficile. La première série avait fait énormément de bruit. Je m'attendais donc au même retentissement pour cette suite. Pourtant, de mon point de vue, cette sortie a été confidentielle. J'ai eu l'impression que personne n'en parlait.
À l'inverse, je me suis jeté dessus dès sa sortie. J'ai regardé chaque épisode un par un, au rythme de leur diffusion. Cette critique se concentre sur la saison 1. J'enchaînerai ensuite avec la suite au fil des sorties. Globalement, cette première saison m'a beaucoup plu. Même si j'ai un peu pesté par moments et on y reviendra, j'y ai retrouvé ce que j'attendais. Je ne voulais pas simplement revoir du The Handmaid's Tale. Je voulais autre chose. La série a un nom différent, j'espérais donc de la nouveauté.
Bien sûr, c'est une suite. Elle est parfois vendue comme un stand-alone à prendre en cours de route. Pourtant, je trouverais ça très con de la commencer sans avoir vu The Handmaid's Tale. Sans cela, on perd énormément d'informations essentielles.
Dès les premiers instants, je me suis régalé.
C'était un plaisir de retourner dans cet univers. Surtout, la série a l'intelligence de proposer un nouveau cadre. La première série montrait des femmes kidnappées dans une société totalitaire, prétendument utopique mais en réalité horrible. Ici, on plonge carrément au cœur du système. L'intrigue se déroule dans une école pour jeunes filles. Cet établissement forme la future élite féminine. Ce sont elles qui épouseront ensuite les commandants du pays.
On retrouve ainsi un personnage central majeur, qui était à la base, l'objectif ultime de la première série. La fin originale avait fait couler beaucoup d'encre, l'héroïne ne retrouvait pas sa fille. Ici, le personnage principal est justement cette fille. C'est brillant. De plus, le rôle est partagé avec une autre jeune femme, une espionne venue du Canada. Leurs passés et leurs vécus sont très différents. On suit leurs aventures en retrouvant avec joie cette ambiance ultra-oppressante.
Alors qu'est ce qu'on a quand le seigneur ouvre, cette nouvelle série? lol
Ce climat oppressant est difficile à installer. Ce côté pesant est typique. Les dialogues sont durs. On attend la réplique suivante en espérant qu'il n'y ait pas un mort. Beaucoup de gens s'étaient plaints de la lenteur de la première série. Ce reproche revient encore ici, même si je ne le partage pas. Pour moi, ce n'est pas de la lenteur. Ce sont des intentions de mise en scène claires et efficaces. Cela laisse respirer les acteurs et valorise leur jeu. Celui-ci est d'ailleurs exceptionnel. Remplacer les acteurs d'origine par deux gamines était ma plus grosse crainte. J'avais très peur, mais elles sont extrêmement talentueuses. Mention spéciale pour leurs scènes à deux. Leurs échanges, teintés de tension, font exploser leur talent.
Je suis donc très content. C'est une digne suite pour l'épopée The Handmaid's Tale. Elle reste l'une des meilleures séries de ces dix dernières années. Malgré tout, je me suis posé de sacrées questions à deux ou trois reprises.
D'un côté, j'ai adoré revoir certains personnages cultes. Ces caméos laissent croire qu'on les reverra souvent, au centre de ce monde. On note aussi l'omniprésence de Tante Lydia. Elle reste un personnage central. Malheureusement, les scénaristes ont voulu rajouter une couche à son origin story. Cela m'a totalement perdu. J'ose le dire, ils ont complètement détruit le personnage. Dans la première série, elle était horrible mais avait une vraie ambivalence morale. Ses élans de conscience la rendaient touchante. Son passé, tiraillé entre religion et monde impur, la rendait humaine. Ici, on nous montre son recrutement. Apparemment, c'était une femme tout à fait normale. Cela ne correspond pas du tout au personnage d'origine. Pour survivre, elle a dû prouver sa valeur en sacrifiant son amie. Ce passé commun flou détruit la construction de Tante Lydia. Certes, elle paraît plus humaine, mais cela contredit ses comportements passés. C'est le plus gros point noir de la série.
Alors ça peut se rattraper, attendons de voir la suite...
Le deuxième gros point noir concerne Daisy, la seconde héroïne. Elle veut infiltrer ce pays ignoble pour le détruire et venger ses parents. Cette idée de départ est bien trop simple. De plus, son plan est catastrophique. C'est d'une bêtise aberrante, même pour une vengeance. Elle est envoyée comme espionne, mais sans aucun plan d'action clair. Personne ne sait quoi faire, ni où, ni quand. Elle a juste un contact évasif de temps en temps. Je trouve cela ridicule. Surtout, le dernier épisode confirme que son alliance avec la fille de June est un pur hasard. Cette révélation m'a saoulé et je ne l'ai pas comprise.
Donc je comprends les critiques déçues par cette suite. Quand une histoire traîne en longueur, elle s'expose à ce genre de soucis. On se retrouve avec des plans catastrophiques et des personnages incohérents. C'est malheureusement le cas ici. Ce n'est pas omniprésent, mais ce n'est pas anecdotique non plus. Cela m'inquiète pour les prochaines saisons. Sans gâcher mon visionnage, c'était un peu emmerdant.
Heureusement, le jeu des actrices reste exceptionnel. Les nouveaux personnages sont efficaces et intrigants. Surtout, on plonge encore plus profondément dans le système. C'est fascinant. Le contexte est censé être moins difficile, mais il s'avère tout aussi éprouvant. On a la gorge serrée. On tremble pour la scène suivante. Maintenir une telle tension dans un cadre plus calme est un vrai tour de force. Les fans de la première série y trouveront d'excellents éléments. L'univers se développe bien. Le côté géopolitique est très appréciable avec ces détails qui sont distillés de-ci de-là.
C'est une excellente façon de tenir le spectateur en haleine.
Les personnages fonctionnent si bien que j'ai eu peur pour leur vie. Les scènes de tension marchent totalement. Les moments tragiques sont très réussis. Mention spéciale pour le final. Un personnage est sacrifié. Tout le monde finit plus ou moins malheureux, mais soulagé d'avoir survécu. Cet épisode est redoutable!
Il témoigne du grand talent des showrunners. Une première saison doit relancer la machine. Dans ce rôle, The Testament réussit sa mission. Malgré quelques coquilles et des craintes pour l'avenir, les scènes efficaces s'enchaînent. C'est un vrai plaisir de retrouver cet univers. Les nouveaux visages font magnifiquement écho aux anciens. Cela suffit pour apprécier ce retour sous une nouvelle forme.
Pour la saison 2, il faudra accélérer le rythme. L'intrigue doit se diriger vers une révolte. Il faudra aussi mieux gérer les caméos. Beaucoup d'anciens personnages manquent à l'appel. On se demande ce qu'ils deviennent. Il serait intéressant de lier davantage l'ancienne et la nouvelle série. J'aurais aussi voulu des antagonistes plus clairs. À part la belle-mère de la première héroïne, tout le monde semble gris. Les motivations dépendent juste de leur point de vue. Je reste curieux de voir la suite. Relancer la machine après un tel final sera un sacré défi.
En somme, c'est une véritable renaissance. La licence méritait qu'on se repenche sur son univers. Plusieurs choses étaient restées en suppositions. On découvre encore énormément de détails sur ce monde. Exploiter ce filon est donc tout à fait naturel. Je serai néanmoins très attentif à la suite. Cette mouture a prouvé qu'elle pouvait faire de mauvais choix scénaristiques. J'espère que la prochaine saison saura corriger le tir.