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le 11 déc. 2021
SuivreEnorme Namgoong Min
Bon, voilà une série d'action policière, ou plutôt une james-bond-type-show si on peut appeler ça comme ça (la référence est claire dès le générique de début), mais à la sauce coréenne, donc on nage...
The Veil (Le Voile), dont le véritable titre est Black Sun (Soleil Noir), est certes avant tout un drama d'espionnage mêlant thriller et action, mais il ne faudra jamais perdre de vue la trame psychologique qui suivra du début à la fin les personnages principaux, notre héros comme son principal antagoniste. Je ne vais pas polémiquer sur le physique de Namkoong Min : c'est lui-même qui a demandé à se préparer physiquement et, franchement, il a vraiment de la prestance et de la crédibilité dans son rôle d'agent spécial du NIS. On retrouve chez lui l'allure de Daniel Craig dans James Bond ou de Jason Statham dans Le Transporteur pour ne citer que quelques références de personnages particulièrement tankés. Alors, je le rappelle pour ceux qui feindraient de ne pas comprendre : on n'est pas là pour balancer des punchlines, ni pour se reposer entre deux bastons afin de se faire des bisous. Le gros point fort de la série réside dans sa narration, laquelle n'est absolument pas compliquée, à condition de bien suivre et de s'investir dans des dialogues qui ont du sens. On nous donne des informations du début à la fin : à nous ensuite de démêler le vrai du faux et de suivre le jeu de pistes.
Han Ji-Hyuk(Namkoong Min) est un agent d'élite du NIS (service secret sud-coréen) qui travaille pour le service extérieur. En mission en Chine avec deux collègues, l'opération est un fiasco et on perd sa trace durant un an. Détruit psychologiquement, il a en effet sombré dans les médocs et les drogues qui l'ont rendu en partie amnésique. Récupéré en lambeaux, il est remis en service actif après quelques semaines. Mais ses supérieurs veulent avoir des réponses sur ce qui s'est passé, car à cause de lui, la Corée du Sud est passée tout près d'un incident diplomatique entre la Chine et la Corée du Nord. Se méfiant de tout le monde, on lui octroie une jeune partenaire, Yoo Je-Yi(Kim Ji-Eun), prête à l'aider. Tous les deux devront enquêter sur une pieuvre mafieuse dont le nom est Sangmuhoe, et qui possède des ramifications au sein même du NIS. Au sein de celui-ci, deux directeurs s'affrontent : Lee In-Hwan(Lee Kyoung-Young) et Do Jin-Sook(Jang Young-Nam). Mais peuvent-ils vraiment se fier à eux ? Ji-Hyuk retrouve aussi son ancien mentor et chef, Kang Pil-Ho(Kim Jong-Tae), et il devra choisir à qui donner sa confiance, car la menace est multiple, notamment celle provenant du groupe de Baek Mo-Sa(Yu Oh-Seong), un ancien agent désormais en freelance. Une course à la vérité est lancée.
Le drama repose sur une efficacité pour nous vendre son histoire et celle de son héros charismatique ; une histoire certes classique mais dense, et riche en rebondissements et péripéties diverses. En effet, la série mélange espionnage, action, complots politiques, manipulations et psychologie, avec une intrigue qui demande de rester attentif mais qui demeure parfaitement compréhensible. Et elle devient très addictive au fil des épisodes. Et surtout c'est la richesse et la profondeur des personnages principaux qui m'ont semblé intéressantes. On est souvent là pour réfléchir, car la série repose sur une intrigue dense, construite autour de Han Ji-hyuk. Il doit recomposer son passé pour mieux démêler le vrai du faux dans le présent. Ce n'est jamais redondant car tout est posé comme des pièces de puzzle qui ne demandent qu'à s'ajuster. La grande force de la série est son jeu permanent sur les apparences et les faux-semblants. Les personnages sont loin d'être manichéens et les choses sont rarement aussi simples qu'elles le paraissent. Un personnage présenté comme un allié peut cacher ses véritables intentions, un suspect peut finalement être manipulé, tandis que ceux qui semblent contrôler la situation peuvent eux-mêmes n'être que des pions. Le spectateur est constamment placé dans la même position que Ji-hyuk : il faut observer, mémoriser et remettre les informations dans le bon ordre.
Si l'action est bien présente (baston, poursuites en bagnole, fusillades) et souvent jouissive, la dimension psychologique est également fondamentale. Derrière le thriller d'espionnage se trouve une réflexion sur le traumatisme, la mémoire, la culpabilité, l'identité et la manipulation. Ji-Hyuk est lui-même un personnage profondément marqué par son passé, tandis que Baek Mo-Sa constitue probablement le personnage le plus tragique de la série. Ancien agent du NIS capturé puis abandonné en Corée du Nord, il a été détruit psychologiquement avant de devenir un instrument de vengeance. Sa perte d'identité et son retour progressif vers celle de Yoo Joo-man donnent une véritable épaisseur humaine à un personnage qui aurait pu n'être qu'un simple antagoniste. Ces deux hommes ont choisi des méthodes radialement différentes pour se reconstruire et oublier les horreurs qui ont connues. La première moitié du drama est probablement la plus réussie. L'atmosphère, le ton, le rythme et l'action fonctionnent alors presque parfaitement. La série possède une identité sombre, violente et paranoïaque qui colle particulièrement bien à son sujet. J'ai noté un petit creux entre les 7e et 8e épisodes, comme si la série cherchait un second souffle, mais c'est pour mieux rebondir par la suite et nous mener à un final d'envergure et cohérent.
La mise en scène est efficace et nerveuse, par contre j'ai été moins convaincu par une photographie trop grisonnante. Mais le principal défaut de The Veil réside dans des indications de temps qui ont du mal à faire ressentir le temps qui passe. Certaines périodes semblent ainsi beaucoup plus courtes qu'elles ne devraient l'être. Entre les blessures de Ji-Hyuk, les interrogatoires, son incarcération, les enquêtes et sa reprise du service, la chronologie manque parfois de relief. Le problème n'est pas forcément une incohérence absolue, mais plutôt l'absence de repères permettant de mesurer correctement les durées. Ce n'est qu'au 6e épisode qu'on nous dit que plus de deux mois et demi se sont écoulés depuis le retour de Ji-Hyuk, chose difficilement intégrable. Si je n'ai pas noté de grandes invraisemblances et incohérences, il est regrettable d'avoir laissé des zones d'ombres concernant le passé de Ji-hyuk en Chine, ou bien d'avoir multiplié des nébuleuses autour du NIS qui n'auront pas toutes des explications. Enfin, après la résolution de l'intrigue principale, la conclusion donne davantage l'impression de laisser une porte ouverte que de véritablement conclure le récit. Le gros point fort est bien sûr le casting, Namkoong Min en tête, mais tous les autres acteurs font vraiment le job, même si pour certains on a pas le temps de s'y attacher car la mort rôde.
Étonnamment, il y a pas mal d'émotions à ressentir, car c'est avant tout une histoire humaine. Si vous avez la référence, l'une des scènes finales vous fera irrémédiablement penser au moment où Dark Vador redevient Anakin Skywalker face à Luke sur l'Étoile de la Mort. Tout n'est pas parfait, à cause d'informations parfois trop vagues, d'un manque d'informations concernant certains personnages et surtout l'organisation Sangmuhoe, qui aurait mérité d'être davantage développée. La chronologie manque également de repères et la conclusion laisse davantage une porte ouverte qu'elle ne referme véritablement le récit. Mais sur l'ensemble, c'est un très bon drama qui offre plusieurs dilemmes à la clé. Il n'y a pas les bons d'un côté et les méchants de l'autre : c'est beaucoup plus complexe que ça en a l'air, et c'est là que réside la force du drama. Cette histoire est bien sûr une histoire de vengeance qui dénonce aussi les mensonges d'État, mais c'est avant tout une histoire de rédemption qui aborde le thème de la réconciliation avec soi-même. Le réalisateur Kim Sung-Yong, qui retrouvera Namkoong Min dans My Dearest deux ans plus tard, nous livre une œuvre solide et mémorable qui se renouvelle à chaque épisode. A la fois cérébral et physique, du très bon !
PS : il existe une espèce de spin-off/préquel sans intérêt qui se présente sous la forme d'un "téléfilm" de1h40 sous le nom de Moebius: The Veil. Il se déroule 4 ans avant ces évènements. Cela concerne des personnages secondaires de ce drama ; dispensable totalement.
Main Thème : Yoari - Reason
Additionnel OST : Elaine - Stay with me
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Créée
le 20 août 2026
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