The Witcher, saison 01 (Lauren Schmidt, U.S.A, 2019)

Commençons par avouer tout de suite que je ne suis connaisseur ni de l’univers littéraire créé par Andrzej Sapkowski, ni celui des trois jeux vidéo adaptés de ses écris. C’est donc en méconnaissance totale de ce qu’est ‘’The Witcher’’ que je me suis attelé à la série événement (c’est comme ça qui disent) de Netflix. Et la première constatation est la suivante : ‘’Putain c’est bien !’’.
Tout d’abord revenons sur le fait que ce soit une série Netflix. Nous nous trouvons à une période où le géant du streaming est en train de devenir un outsider sur le marché, avec la monté en puissance de la plateforme de Disney, sobrement nommée ‘’Disney +’’. Ce sont en à peine un mois plus d’un million d’usager du N rouge qui ont retournés leurs vestes, face à la vaste proposition du catalogue disneyien.
Il est ainsi temps pour Netflix d’arrêter de somnoler et de se reposer sur son hégémonie branlante, pour entrer dans le vif. Si il y a des séries qui ont déjà réussis à passer le pas cette année, je fais bien entendu référence à ‘’The Haunting of Hill House’’, qui réinvente l’épouvante à l’écran, la plateforme continue de proposer des œuvres souvent moribondes, s’enfermant un petit peu dans une douce léthargie.
Les ‘’Stranger Things’’ par exemple, dont le manque d’originalité faisait illusion dans la première saison, ne trompe plus personne depuis maintenant deux saisons. Les programmes un peu bof bof comme ‘’La Fête à la maison, 20 ans après’’, ou l‘arrêt en catastrophe de la série phare ‘’House of Cards’’, plus les annulations consécutives de ‘’Jessica Jones’’, ‘’Luke Cage’’ des ‘’Defenders’’ quoi, qui retournent vers la maison mère Marvel, ou plus directement Disney, ne suffisent plus à rendre attrayant.
Voilà donc où se trouve Netflix en ce début de décennie. Mais 2019 fût une année plutôt riche en succès, et démontre un véritable tournant, avec l’arrivé d’œuvres plus audacieuses, comme une tournure plus mature voulue par la plateforme. Niveau film, c’est de mieux en mieux. Je vous parlerais bientôt de ‘’Dolemite is my Name’’, qui a fait l’unanimité. ‘’Roma’’ d’Alfonso Cuaron qui a obtenu un oscar. Ou bien encore Martin Scorsese qui s’est mis à faire des films pour eux. En bref, Netflix ça commence à avoir de la gueule. Commence oui, car si la plateforme est en extension depuis le début des années 2010, c’est maintenant que les vrais challenges arrivent. Avec la guerre du streaming qui s’annonce.
‘’The Witcher’’ s’inscrit ainsi comme un parfait exemple permettant de décrire ce qui se joue. Créée par Lauren Schmidt (productrice sur l’excellente série ‘’Dardevil’’, ou encore ‘’Umbrella Academy’’, elle a également travaillé sur ‘’The West Wing’’ au début des années 2000… rien que ça) ce nouveau show s’annonce comme une vitrine de la maturité pour la plateforme.
De l’héroïque fantasy dans le texte, avec son lot de manichéisme traditionnel, ses forces du bien contre ses forces du mal, ‘’The Witcher’’ regorge de tout ce qui fait le genre. De la sorcellerie, des monstres, des chevaliers noirs, des princesses en détresses, un anti-héros bad ass, une bluette romance, une quête, une destinée à accomplir, et bien entendu de l’action. Des batailles et des bagarres, avec une générosité mesurée dans le sanguinolant.
C’est sombre, violent, brutal, le tout sur des décors magnifiques, qui font ressortir tout l’épique de chaque situation. Certains combats s’annonçant banales sont ainsi mis en scène de manière à en faire ressortir des enjeux d’importances, qui rendent chaque coup d’épée palpitant. Plein de suspens, et non dénué d’humour, ‘’The Witcher’’ possède en plus un charme désuet, avec une atmosphère frôlant par moment kitsch. Qui n’est pas sans rappeller ‘’Hercule’’ ou ‘’Xena’’, notamment par certains effets spéciaux un peu pétés. Mais comme tout est joué avec un premier degrés imperturbable, ça passe.
L’humour, j’y reviens, car ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu d’œuvre de ce genre avec un humour finement distillé. Depuis des années l’humour à deux balles des Marvel et des Star Wars, ces espèces de punchline douteuses lancées à tout va, qui désamorcent les situations tendues, envahissent la production. Ici ce n’est pas le cas, pas de vannes pouraves à la pelle, au contraire, l’humour est pince-sans-rire, et ne vient rien gâcher, au contraire même, puisque cela ajoute du sel à cet univers sombre et impitoyable.
Passé la perruque, un peu naze il faut l’admettre, d’Henry Cavill, le personnage de Geralt ‘’Fuck’’ de Rivia s’impose comme un monolithe sans émotions, qui n’est pas vraiment là pour la déconne. Mais il incarne une entité pure et juste, refusant de tuer gratuitement, cherchant à comprendre avant d’agir. Plutôt charismatique, Henry Cavill porte toute la série sur ses épaules, même si sa cuirasse semble parfois un peu étriquée…
La série se permet également plusieurs audaces. La principale est qu’elle n’hésite pas à mettre un petit taquet sur le museau de l’intégrisme religieux. Ça on apprécie, d’autant plus que s’est bien fait, ça passe parfaitement dans la toile de fond du récit. Tout comme de nombreuses séquences qui flirtent véritablement avec l’horreur pure avec une grande efficacité. On pourra du fait regretter qu’il n’y en a pas assez.
Le récit éclaté, sur différente strate temporelle, avec un fil rouge en toile de fond, et de nombreuses sous intrigues, qui ne font parfois que le temps d’un épisode, en rappelle un petit peu aux séries des années 1990, qui étaient surtout composées de loners. En ce sens, et une fois de plus, ‘’The Witcher’’ fait un rappel à ces productions fantastiques du samedi après-midi, mais à destination des adultes. Comme si elles avaient vieilli avec leur public.
Une excellente première saison donc, pour cette adaptation de ‘’The Witcher’’, qui démontre que Netflix en a sous le capot, et est loin d’avoir encore montré tout l’étendue de ses possibilités en matière de production originale. De la vraie fantasy comme on aime, riche et généreuse. En bref, ça commence plutôt fort. À voir maintenant si l’effort sera maintenu sur la certaine saison 2, déjà prévu pour l’an prochain… que dis-je, pour la fin de l’année !



  • Stork. _

Peeping_Stork
9
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le 13 févr. 2020

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