Gros point positif par rapport aux autres pranks du même style, Eric et Ramzy ne cherchent pas à torturer un brave type pendant une semaine.
C’est quelque chose qui m’a toujours dérangé, surtout chez ce psychopathe de Greg Guillotin. Même si j’avoue en être encore très client, ce genre de pranks à grande échelle finit toujours par prendre des allures de Truman Show. Il façonne une réalité alternative pour sa victime. Les horreurs qu’elle y subit ont beau être factices, il ne suffit pas lui dévoiler la supercherie pour annihiler leurs conséquences, surtout quand elle les a vécue intensément durant de très longues heures, et il n’est pas rare de voir des piégés avoir du mal à redescendre ou garder des ptsd de leur expérience.
Fort heureusement, Eric et Ramzy ne tombent jamais là-dedans, dans la mesure où se sont eux, les principales victimes de leur mésaventure fictive. Le piégé se retrouvant simplement spectateur d’un scénario catastrophe, auquel il assiste avec impuissance, mais sans être directement mit à mal par les évènements.
C’est le même dispositif à l’œuvre dans leur dernier Kiémito sur Youtube, à la différence que celui-ci n’était pas présenté comme un prank (désolé pour le spoil au passage). Nous nous retrouvions alors dans la même position que Bigflow, d’abord convaincu d’assister à un vrai jeu, avant de douter de sa véracité à mesure que les péripéties improbables s’accumulaient, sans pour autant en être tout à fait sûr. D’où un ressenti contrasté, partagé entre le fou rire et un certain inconfort à l’idée que les participants puissent être réellement en danger.
Hélas, le duo ne pouvait pas reproduire le même coup de poker avec une série Amazon. Les enjeux commerciaux sont tels qu’ils étaient obligés de vendre le programme sur son concept, nous forçant à adopter le point de vue des piégeurs et non du piégé. Ainsi, on peut être impressionné par l’envergure du dispositif, par toutes les conneries absurdes que les deux compères font avaler à leur victime, et par les réactions hilarantes de ce dernier, car débordantes de sincérité ; le fait de savoir que tout est faux nous met fatalement à distance des évènements. Ce qui est d’ailleurs renforcé par les nombreux apartés d’Eric et Ramzy en voix off, brisant continuellement le quatrième mur.
On peut reprocher beaucoup de choses à Guillotin mais lui assume de monter ses pranks comme des longs-métrages, en épousant pleinement le point de vue du personnage, dont on sait en plus qu’il est réellement impacté par la situation.
Aussi, quitte à nous mettre du coté des piégeurs, il aurait été plus pertinent de nous montrer carrément les coulisses du piège, afin que l’on soit à la fois amusé par sa réussite et totalement investi dans sa concrétisation. Ce que propose d’ailleurs habillement Guillotin avec les makings of de ses pranks.
Au lieu de ça, on reste dans un entre deux qui affadit malheureusement la réussite du projet.