Avant de s'appeler 한글 (hangeul), c'est ainsi que fut d'abord nommé l'alphabet coréen par son créateur, le roi Sejong.
Et pour expliquer sa démarche, il déclara lors de sa promulgation en 1446 :
« Puisque la langue du pays est différente de celle de la Chine, ses sons et ses phrases ne correspondent pas aux caractères chinois. C'est pour cette raison que de nombreuses personnes peu instruites n'arrivent pas à s'exprimer librement, même quand elles en ont envie. Pris de pitié pour elles, je crée ces 28 lettres, pour qu'elles les apprennent facilement, puis les utilisent aisément dans leur quotidien et au-delà. »
Cette citation résume parfaitement l'un des grands intérêts de Tree with Deep Roots. Car au-delà de son intrigue policière et de ses complots de cour, le drama raconte avant tout la naissance d'un alphabet, qui est littéralement né dans la tête d’un homme.
Alors on ne vas pas se voiler la face, le drama accuse un peu le poids des années. Certains effets visuels paraissent datés et la bande-son ne m'a pas particulièrement emballée. Mais très vite, le récit trouve son intérêt ailleurs.
En effet, peu à peu, l'écrit se place au cœur de l'histoire et il en devient un personnage à part entière : le testament du père de Ddol-bok, la lettre de Sam-bong, la missive adressée au père de la reine... Les mots deviennent des armes, des héritages, des preuves, des menaces… Ils font partie entière du récit. Et en parallèle, on nous raconte la grande Histoire à travers une enquête fictive, mais assez bien construite.
Comme souvent dans les sageuks, le drama prend le temps de développer ses personnages et de nous montrer leur part d'intimité, ce qui veut dire aussi de nombreux dialogues, parfois un peu longs, mais nécessaires pour exposer tous les enjeux politiques, philosophiques et humains du récit.
Je m'attendais à découvrir un roi Sejong particulièrement sage et solennel. J'ai été surprise de rencontrer un Lee Do beaucoup plus audacieux. Un homme capable de tenir tête à son père avec subtilité mais fermeté, de plaisanter, de jurer et de bousculer les conventions. Jamais entendu autant de gros mots dans un drama, et encore moins un sageuk! Han Seok-kyu apporte une présence impressionnante à Sejong : Son regard perçant, sa prestance naturelle et son charisme rendent chaque scène vivante. Il est magistral, que dis-je, royal ;)
Et pour le reste du casting principal, difficile de ne pas mentionner Jang Hyuk. Il est flamboyant du début à la fin. Son regard possède quelque chose de tragique et de sensuel à la fois, son sourire est lumineux et son rire impressionnant. J'ai également apprécié la cohérence entre son personnage adulte et sa version plus jeune. En revanche, j'ai trouvé Shin Se-kyung, pourtant une actrice que j'apprécie habituellement, un peu moins expressive ici, voire très effacée.
Bien sûr, le drama reste un sageuk. On retrouve donc des combats spectaculaires où les personnages semblent défier les lois de la gravité et traverser les airs à une vitesse surhumaine. Ce n'est toujours pas mon aspect préféré du genre, mais j'ai décidé de fermer les yeux là-dessus, je lâche l’affaire et j’arrête de m’en agacer ;)
Ce qui m'a le plus marquée reste cependant la découverte de ce bouleversement historique. Je n'avais jamais réalisé à quel point la création du hangeul avait été controversée. Aujourd'hui, il nous paraît évident de considérer cet alphabet comme une avancée majeure pour le peuple coréen. Pourtant, on comprend qu'à l'époque, beaucoup le percevaient comme une menace pour l'ordre établi et pour l'équilibre du pouvoir.
Le personnage fictif de Jeong Gi-joon, neveu du célèbre Sam-bong, incarne parfaitement cette résistance. À travers lui, on mesure toute l'adversité à laquelle Lee Do a dû faire face pour mener son projet à bien. Mais le drama montre aussi que ce roi n’a pas avancé seul. Notre Lee Do a su s'entourer de personnes fiables, compétentes, loyales et suffisamment honnêtes pour le contredire lorsque cela était nécessaire et pour l’épauler lorsque c’était nécessaire.
Comme souvent dans ce genre de fiction historique, certaines réalités ont été adaptées ou détournées afin de nourrir la partie fictive du récit. Cela ne m'a pas dérangée, car l'ensemble reste cohérent et sert efficacement le propos. Il faut juste se renseigner auprès de sources fiables si on désire démêler le réel du fictif.
Au final, je n'ai pas trouvé Tree with Deep Roots aussi épique ni aussi captivant que Six Flying Dragons, mais ça reste un drama remarquablement construit. Son mélange d'enquête, d'histoire et de réflexion sur le pouvoir des mots fonctionne très bien.
La fin est lourde, douloureuse et parfois même amère. Pourtant, elle reste profondément porteuse d'espoir et de détermination. Une conclusion qui semble faire écho à la réalité historique elle-même : les obstacles furent nombreux, les sacrifices réels, mais les 28 lettres imaginées par Sejong ont finalement traversé les siècles.
Parce que le savoir est une arme, mais l’ignorance tue.