Quand ARTE diffusait Trepalium en 2016, la série surfait habilement sur l’air du temps : le succès planétaire de Hunger Games avait remis à la mode les dystopies sociales où la rareté, la ségrégation et la violence symbolisent les fractures de nos sociétés post-industrielles. Dans Trepalium, le mur séparant les actifs des inactifs devenait métaphore de la précarité et de l’exclusion économique – une allégorie que la réalisation, bien que didactique, rendait immédiatement lisible.
Dix ans plus tard, cette fable sur la pénurie de travail paraît soudainement anachronique. Car en 2026, le drame n’est plus de manquer d’emplois, mais de leur signification même. Trepalium imaginait un monde où chaque citoyen rêvait de devenir cadre ou employé ; elle ignorait la mutation radicale qu’allait provoquer l’intelligence artificielle : l’automatisation intellectuelle. Là où le “travail de bureau” représentait autrefois un sommet social, il n’est plus qu’une fonction algorithmique, déléguée, distribuée, effacée.
Dans une économie où l’IA rédige, décide et organise, la notion même d’entreprise – pivot de la série – semble obsolète. L’autorité hiérarchique, le “mur” entre insiders et exclus, s’effondre devant un nouvel acteur invisible : le modèle génératif. Trepalium, qui voulait dénoncer le technocapitalisme par le contrôle du travail humain, se retrouve ironiquement dépassée par son non-sujet : l’effacement du travail lui-même.
La série reste pourtant précieuse comme document : on y lit, en creux, les angoisses d’une époque où l’automatisation menaçait encore de “voler nos emplois”, non de redéfinir le sens du faire collectif. Vue depuis 2026, Trepalium n’annonce pas le futur ; elle fige une peur historique, celle d’un monde obsédé par la pénurie dans un siècle d’abondance automatisée