L’une des blagues récurrentes du début de Trigun est de voir tous les personnages se demander qui est vraiment Vash the Stampede. Et on se prend presque à avoir un doute dans le premier épisode, tant le protagoniste donne l’impression d’être un idiot – une impression qui peut en fait encore se maintenir jusqu’à la fin de l’épisode suivant. Mais on se rend bien vite compte que Trigun n’est pas une comédie. L’avancée, très lente, de l’intrigue, dans la première moitié de la série, fait que les capacités et les aspects de la personnalité du protagoniste sont introduits de manière très progressive et donne un certain mystère à ce dernier : comment peut-il faire tout cela ? pourquoi se refuse-t-il à tuer qui que ce soit ? a-t-il une mission sur cette planète ? Et on découvre en même temps (car on pouvait encore avoir un doute dans les premiers épisodes) petit à petit que la série ne se déroule pas sur Terre : les étranges machines géantes qu’on voit entourer chaque petite ville suscitent l’interrogation et ont quelque chose de fascinant.
Les deux protagonistes féminins, qu’on peut à la rigueur trouver agaçantes au tout début de la série (seront-elles seulement là pour faire des mauvais gags et pour tomber amoureuses du protagoniste ?) révèlent elles aussi rapidement des personnalités pleines de charme et attachantes. Une fois ajouté le dernier protagoniste qui apparait au bout d’environ un quart de la série, on peut vraiment dire que le quatuor principal est parfaitement écrit : tous sont bien écrits, différents et intéressants.
Il faut un certain temps pour que l’intrigue principale se manifeste vraiment. On est alors confrontés à l’épisode 17, extrêmement dense et brutal, qui nous révèle tous les enjeux de la présence des humains (et surtout du protagoniste) sur cette nouvelle planète. A partir de là, il devient impossible de s’ennuyer. Le rythme est rapide, sans doute trop d’ailleurs : il y a trop d’antagonistes, tous différents et potentiellement intéressants ; mais les héros n’ont que peu d’épisodes pour tous les affronter, ce qui fait qu’ils s’enchaînent trop rapidement, qu’ils n’ont parfois le droit qu’à quelques minutes avant d’être vaincus. Les motivations de l’antagoniste secondaire (qu’on voit plus souvent que le principal) ne sont même pas exposées ; les pouvoirs de l’antagoniste principal sont brièvement aperçus sans être expliqués. Le dénouement, sans être vraiment mauvais, est assez prévisible.
Trigun, qui peut d’abord sembler être avant tout une série d’action, parvient à susciter un questionnement moral (et même religieux) assez radical : être en vie implique-t-il toujours de tuer ? et un paradis est-il possible pour les êtres humains, même sur une autre planète ?