On ne pourra pas retirer une qualité à Twilight of the Gods : la série respire l'amour de la mythologie nordique. On sent que quelqu'un, quelque part, a réellement ouvert l'Edda avant d'écrire le scénario. Les grands épisodes sont là, les personnages aussi, le souffle tragique n'est pas complètement absent et, chose suffisamment rare pour être soulignée, les dieux ne sont pas réduits à une opposition infantile entre les gentils et les méchants. Chacun poursuit ses intérêts, chacun porte sa propre logique, chacun avance vers le Ragnarök avec la certitude que le destin est déjà écrit. C'est sans doute la plus belle réussite de la série.
Malheureusement, Zack Snyder semble avoir la même relation avec la subtilité qu'un berserker avec une bibliothèque.
Le premier problème est celui de l'échelle. La mythologie nordique est un univers d'une richesse vertigineuse. Les neuf royaumes, les Ases, les Vanes, les géants, les nains, les elfes, les créatures monstrueuses... Tout cela devrait donner l'impression d'un cosmos immense, ancien, presque infini. Ici, l'univers paraît étonnamment petit. Asgard ressemble parfois à un village fortifié, les autres royaumes sont à peine esquissés, et l'on traverse le monde en quelques scènes comme s'il s'agissait d'un parc d'attractions où chaque attraction devait être expédiée avant la fermeture.
Même les mythes sont racontés comme on coche une liste de courses. Ah oui, le dragon qui protège les pommes d'or. Tiens, les deux frères qui salent la mer. Loki est là. Fenrir aussi. Les références s'accumulent mais ne respirent jamais. Elles apparaissent, elles sont reconnues par le spectateur, puis elles disparaissent aussitôt. On ne raconte pas des mythes ; on les survole. On a parfois l'impression de feuilleter Wikipédia en mode accéléré.
Cette précipitation tue presque tous les personnages secondaires. Ils existent parce que le récit a besoin qu'ils existent, pas parce qu'ils possèdent une personnalité. Ils entrent, prononcent trois répliques, participent à une bataille puis meurent parfois avec une solennité que le spectateur n'a jamais eu le temps de mériter. La série réclame de l'émotion là où elle n'a investi que quelques minutes de caractérisation.
Même les dieux finissent par perdre de leur complexité. Odin et Thor sont souvent filmés comme des tyrans presque caricaturaux, alors que la force des mythes nordiques réside justement dans leur ambiguïté. Odin n'est pas un despote de bande dessinée. C'est un souverain obsédé par la connaissance, prêt à sacrifier un œil, son honneur, parfois les autres, pour retarder un destin qu'il sait pourtant inévitable. Il protège les siens avec une brutalité qui naît autant de la peur que de l'ambition. Thor lui-même est davantage qu'une montagne de muscles colérique. Dans la série, toute cette ambiguïté est souvent sacrifiée au profit d'antagonistes immédiatement identifiables. Le gris devient noir.
Mais le véritable fléau de Twilight of the Gods, c'est son addiction maladive à l'action. À peine un dialogue commence-t-il à devenir intéressant qu'une hache traverse l'écran. À peine un mystère s'installe-t-il qu'une bataille éclate. À peine un personnage prend-il de l'épaisseur qu'il faut déjà décapiter quelqu'un au ralenti. Zack Snyder semble convaincu qu'un spectateur risque l'asphyxie si plus de cinq minutes s'écoulent sans une pluie de sang numérique.
À force de vouloir impressionner, la série finit par révéler son principal défaut : elle utilise le fracas comme substitut à la complexité. Plus les combats deviennent gigantesques, plus les personnages paraissent minces. Plus les geysers d'hémoglobine envahissent l'écran, moins les enjeux existent. Le spectaculaire agit ici comme un rideau de fumée destiné à masquer un monde qui aurait mérité dix épisodes supplémentaires pour respirer.
C'est finalement toute la frustration de Twilight of the Gods. La série possède de bonnes idées, une véritable matière mythologique et quelques éclairs de tragédie. Mais elle confond constamment vitesse et souffle épique. L'épopée n'est pas une succession de combats. C'est un monde qui prend le temps d'exister, des héros qui prennent le temps de devenir des légendes, des dieux qui prennent le temps d'être incompréhensibles.