Hayata Shinjiro est le fils de l’illustre Ultraman et, grâce à ce lien de sang, il possède lui aussi les pouvoirs de son père. Pourtant, Shinjiro n’aspire qu’à être un lycéen comme les autres. Un jour, il est attaqué par une créature extraterrestre.
Cette critique couvre les 3 saisons.
Ultraman est un monument de la science-fiction japonaise. La série originelle des années 60 a été déclinée en films, mangas, jeux vidéo, séries et dessins animés. Ultraman 2019 est l’adaptation d’une suite de mangas publiée entre 2011 et 2020. Les épisodes ont été réalisés conjointement par Kenji Kamiyama et surtout Shinji Aramaki qui s’est illustré, entre autres, avec les animés d’Appleseed et de Starship Troopers.
Ce qui caractérise les œuvres de Shinji Aramaki, c’est leur sérieux, et Ultraman ne déroge pas à la règle. Le scénario est austère avec une intrigue typiquement japonaise. Shinjiro, comme tout bon combattant nippon, hésite entre son devoir de défenseur hérité de son père et son désir de vivre sa vie d’adolescent (et de draguer des filles). Il n’y a pas de débat ailleurs qu’à l’intérieur de sa conscience et les différents protagonistes poussent chacun dans un sens ou dans l’autre.
Le scénario est assez lyrique, mais aussi peu réaliste (si tant est qu’une histoire d’extraterrestres et de superhéros puisse l’être). L’entourage de Shinjiro est constitué essentiellement d’extraterrestres et il rencontre souvent la bonne personne par un hasard trop complaisant. Par ailleurs, cette série souffre du syndrome des Chevaliers du zodiaque. En effet, il faut que les gentils tombent à 3 points de vie après s’être fait latté la gueule pendant un épisode entier pour qu’ils parviennent à rassembler leur cosmoénergie et atomiser le méchant. C’est un peu lourd, mais on s’en accommode. Après tout, l’histoire originelle est aussi vieille que naïve et cette modernisation a un panache indéniable.
Comme souvent également dans le travail de Shinji Aramaki, l’esthétique est méticuleusement soignée. Les images de synthèses sont somptueuses même si elles sont trop lisses sur certains détails triviaux (les rues exemptes de saleté ou des cannettes de bière parfaitement symétriques). Seuls les regards, décidément très difficiles à rendre numériquement, sont parfois un peu fixes, mais c’est là encore un élément qui ne se remarque pas forcément.
Le travail sur les voix est assez intéressant avec des variations inhumaines ou des voix d’homme sur des corps de bimbo.
SAISON 1
Le scénario est classique, mais intéressant et la chute, bien qu’attendue, est tout à fait honorable (cosmoénergie mise à part). Par ailleurs, la musique du générique, Sight Over The Battle de OLDCODEX, est agréablement pêchue.
SAISON 2
L’histoire perd son sérieux quasi militaire cher à Shinji Aramaki pour prendre un tournant plus informel et presque dilettante. Est-ce l’influence de Hiroyuki Uchiyama qui a rejoint les réalisateurs ? Cette décontraction se retrouve chez certains Ultraman comme Jack et Seiji dont la présence n’est par ailleurs pas expliquée. Enfin, le scénario est centré sur un nouveau personnage dont on ignore l’origine des pouvoirs et qui semble encore plus puissant. Au final, Shinjiro fait bien pâle figure, surclassé au corps-à-corps par Moroboshi, en force par Jack, en agilité par Seiji et maintenant en blast par Taro. Cette saison 2 ressemble à un bœuf entre musiciens : des personnages sont ajoutés sans avoir été introduits, le scénario est rigolo, on ne connaît pas les motivations de l’adversité et les éléments s’empilent sans forcément se correspondre. Par ailleurs, la musique du générique a changé et ce n’est pas une bonne nouvelle. Les riffs musclés laissent la place à de la soupe électronique, c’est dommage.
SAISON 3
On retrouve l’ambiance sérieuse du début, mais Shinjiro est toujours une mauviette moins douée que tous ses collègues. Par ailleurs, l’Ultragirl est une catastrophe. Caricature de la lycéenne, son arrivée, sa justification et son efficacité dévastatrice sont très maladroitement expliquées. Quant au superpouvoir de Shinjiro, il consiste essentiellement à crier. C’est dommage, car le scénario est intéressant et les bastons toujours aussi bien faites. La musique du générique est un hybride entre celles des 2 premières saisons. Ça passe…
Ultraman s’adresse à des connaisseurs qui maîtrisent le spacium, la SSSP et la présence extraterrestre sur Terre. Par ailleurs, les personnages pleuvent après une introduction vite expédiée. Toutefois, il est possible pour un néophyte (c’est mon cas) de s’accrocher et de découvrir non seulement une histoire accessible, mais prenante malgré les incohérences du scénario. Le héros ne sert à rien, mais les personnages secondaires ainsi que le monde sont intéressants. Et les combats sont très, très bien réalisés. C’est agréable malgré tout.