Critique rédigée pendant le visionnage de la saison 2 (que je n'ai pas encore terminée ; la série semble de toutes manières avoir les mêmes défauts et qualités depuis le début, et je doute que cela change d'ici la fin de la saison)
Bon ben euh... Si je la regarde en entier, c'est parce que j'aime bien, commençons par là. C'est divertissant, mais ce n'est hélas pas beaucoup plus, et la série accumule de très nombreux défauts...
Commençons par l'écriture de personnages, fade au possible qui ne donne que peu de substance aux personnages. Luther, Diego et Klaus sont, pardonnez-moi l'expression, trois cons sans profondeur d'écriture, auxquels on appose une obsession ou deux en essayant de faire croire que ça suffit à en faire une personnalité. Allison est moins stupide mais elle témoigne de la même pauvreté d'écriture, et dans les personnages principaux, deux seulement proposent quelque chose d'un peu plus intéressant, ceux de Cinq et Vanya.
Concernant la direction d'acteurs et leurs talents respectifs, là encore le constat est bien trop mitigé, et le talent du jeune Aiden Gallagher éclipse de très loin les prestations peu convaincantes des interprètes de Luther, Allison et Diego. Ellen Page et Robert Sheehan restent quant à eux plutôt crédibles.
On a parlé du casting - je ne m'étendrais pas sur les personnages secondaires, pour lesquels on observe les mêmes énormes inégalités d'écriture et de prestance - parlons du reste, de la mise en scène de la série et de son écriture. Passons rapidement sur le premier point : rien à voir ici, la réalisation est fade, sans originalité et a pour unique but de se montrer fonctionnelle. Le seul gimmick de réalisation consiste - surtout dans la saison 2 - à proposer des passages clipés à chaque épisode sur une musique sympa pour montrer de manière superficielle la vie quotidienne de nos personnages. Très vite, le seul intérêt dans ces scènes résident dans le fait qu'elles sont "kiffantes" et cools (et elles le sont hein, j'y prends du plaisir devant, mais c'est un plaisir instantané, sans grande saveur et sans grande valeur).
L'histoire enfin donc. On l'a vu, elle s'appuie sur des personnages à la richesse et à l'intérêt assez relatifs ; et la direction qu'elle prend peut vite aussi se montrer assez décevante.
Réunir une famille dysfonctionnelle de super-héros pour empêcher l'apocalypse ? Pourquoi pas. Mais hélas, la série ne cesse de tourner autour du pot, ce qu'elle veut elle, c'est mettre en scène les dysfonctionnements de cette famille, individuels comme collectifs. Pourquoi pas également ? Mais dans ce cas, il faut que ce soit bien fait. Et ça ne l'est pas vraiment. Les conflits entre personnages sont immensément superficiels, et plus que l'humanité de nos personnages, le récit met surtout en avant leur stupidité et leur incapacité à avoir une demi-seconde de recul sur la moindre situation. Même la révélation que la mission sur la Lune de Luther n'avait absolument aucune utilité concrète ne mène qu'à une turbocuite sans saveur et boum après ça va il va mieux, il a à peu près digéré.
La faute à leur éducation rigide vous me direz, mais ça n'excuse pas tout. La suspension consentie d'incrédulité n'est pas assez forte pour me faire gober qu'à l'approche de l'apocalypse, nos frères et sœurs vont réellement agir comme des adolescents boudeurs incapables du moindre discernement ; d'autant que ce n'est même pas lié à la panique puisqu'ils passent tous leur temps à montrer - sauf Cinq - qu'ils n'en ont rien à péter de la fin du monde et que leurs petits problèmes personnels sont tous bien plus importants. On dirait la meuf de Tenet qui demande "mais ça veut dire si c'est la fin du monde que mon fils aussi va mourir ???", ça ne suffit pas à donner de la profondeur à un personnage et ce n'est crédible que si le personnage n'a pas peur de mourir, est suffisamment désespéré pour accepter sa mort. Le seul personnage dont le désintérêt reste à peu près crédible est de fait Klaus, dont l'écriture me met très mal à l'aise pour d'autres raisons. Il est cool, il est drôle. Alors oui, il est drogué certes, il va mal. Mais il est avant tout cool et drôle. Non, ça ne marche pas, une addiction à haut niveau, ce n'est pas cool ni drôle, c'est dramatique, c'est terrible. Ce n'est pas quelque chose qu'on évacue en faisant des vannes, ce n'est pas un personnage qu'on peut traiter en étant vaguement agacé quand il intervient, "roh là là Klaus quel trublion tu fais dis donc". On a un personnage de drogué mais on ne propose jamais de réflexion sur à quel point c'est dramatique, on préfère plutôt montrer que ça le rend sympathique et même amusant. Parlons-en dès maintenant, l'écriture de certains personnages semble calquée sur Haunting of Hill House en tentant d'y rajouter de l'humour, mais la différence entre Luke et Klaus c'est que l'un est juste et l'autre non.
Bon, et la série cherche à apposer plein de mystères, et refuse tout à la fois d'y répondre ou de les entretenir. Aucune information sur l'origine de nos héros ? Sur leurs potentiels frères et sœurs sur la planète ? Sur la quasi-omniscience de leur papa ? On n'est en effet pas obligé de répondre. Mais c'est dommage de créer des mystères si on en a vraiment rien à faire, les personnages eux-mêmes ne semblent jamais vraiment se poser de questions. Un mystère dans une fiction, ça se résout ou ça s'entretient mais on ne peut pas juste l'oublier dans un coin en se disant "boarf tout le monde s'en fout de toute façon".
Je passe aussi sur Vanya dont le passage du côté obscur de la force est aussi crédible que celui d'Anakin dans SW III. Autant dire que je le trouve stupide, incohérent et extrêmement mal mis en scène. Les lentilles rouges de méchant pour Vador, les lentilles blanches de méchante pour Vanya. Quelle pauvreté d'imagination. Et puis si la série travaille en effet à montrer à quel point Vanya est mise de côté, qu'elle a un pouvoir caché, autant de raisons qui la pousserait à devenir subitement superméchante ; ben on nous montre surtout que c'est de loin la plus empathique de tous nos personnages, qu'elle se préoccupe des gens qui l'entoure et dès lors son brusque retournement de veste devient tout aussi peu crédible qu'il est prévisible. On devient pas le déclencheur de l'apocalypse du jour au lendemain parce que grand frère a pas été gentil.
Bon, et concernant la saison 2, elle ne semble avoir hélas à proposer que ... Exactement la même chose que la saison 1, mais vraiment littéralement. C'est à nouveau la fin du monde, à nouveau Cinq essaie de réunir toute sa fratrie qui n'en a rien à foutre, obnubilés qu'ils sont par leurs problèmes personnels. Tous affrontent leur papa insensible en essayent de comprendre ses plans, et le duo de tueurs méchants est remplacé par un trio de tueurs méchants (qui ont au passage drastiquement moins d'intérêt que leurs prédécesseurs), une méchante se fait passer pour une gentille pour manipuler un membre de la famille... Diego est toujours obsédé par un sens très américain de la justice, Luther est toujours obsédé par Allison, Allison est toujours obsédée par le fait que les pouvoirs c'est pas bien. Et Klaus passe de la drogue à la direction d'une secte, et il est toujours caractérisé comme étant cool, amusant et excentrique. C'est grave cool les gourous de secte toxicomanes qui manipulent leurs adeptes pour des faveurs sexuelles, j'aimerai bien en fréquenter plus ils ont l'air super marrants, et ils sont vachement sympathiques.
Bref, nos personnages n'ont pas évolué depuis la saison 1, Luther, Diego et Klaus sont toujours cons comme des chaises, Allison n'a toujours d'autre profondeur d'écriture que celle d'être gentille, et Cinq semble destiné à n'avoir jamais d'autre but dans la vie que d'empêcher l'apocalypse en essayant de traîner ses boulets de frères et soeurs. La seule différence réside dans le fait que Vanya semble maintenant acceptée par sa famille (et puis oh comme c'est confortable évacuons sa période Dark Vador en la rendant amnésique, on s'emmerdera moins à écrire le personnage et à ne pas lui proposer d'évolution non plus).
Bref, Umbrella Academy n'est rien d'autre qu'un produit de consommation somme toute assez médiocre et assez pauvrement écrit.
Mais pourtant la série parvient je ne sais comment à rester captivante, propose parfois quelques idées intéressantes, et je pense que tout le plaisir du visionnage vient peut-être de là : parfois, Umbrella essaie pour de vrai, et je suis partagé entre la satisfaction qu'au moins elle essaie et la frustration qu'elle ne dépasse jamais le stade de la tentative.
Une mauvaise série donc, mais pour laquelle je ne boude pas mon plaisir.