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En clair-obscur
Uncle Sam-Sik mêle des événements historiques à une intrigue politique romancée, non pour restituer les faits de manière pédagogique, mais pour interroger les dynamiques de pouvoir, les négociations...
le 4 janv. 2026
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Un peu de contexte :
Au pouvoir depuis la partition de la Corée en 1948, le dictateur Syngman Rhee, soutenu par Truman pour contrer l'influence communiste, va en théorie achever son dernier mandat. En 1960, la Corée du Sud est un État du tiers monde qui est asphyxié par une corruption endémique, l'omniprésence des Américains qui tiennent le pays économiquement parlant, la présence militaire de l'Oncle Sam qu'il faut entretenir, et un manque flagrant de projet d'industrialisation. Le pays est jeune, mais il manque de perspectives quelques années après la guerre de Corée. Il est toujours exsangue et ne prend pas les bonnes décisions. Contrairement au drama, qui est une fiction, Rhee est le seul candidat en lice, ses opposants et favoris à la présidence ayant été exécutés ou étant morts de façon suspecte aux États-Unis (suivez mon regard). La révolution d'avril 1960 est la résultante de la découverte de fraudes massives qui amènera à la chute du président dictateur, témoin d'une époque révolue : celui-ci, alors âgé de 85 ans, a connu le dernier roi de Joseon, le protectorat puis l'annexion par le Japon de la Corée, et enfin la partition de la péninsule. C'est une page d'histoire qui se tourne.
L'action du drama va s'étaler entre la fin 1959 et la fin 1960. Nous allons suivre le parcours de vie qui va unir, pendant cette période, Park Doo Chil, dit " Oncle Sam-sik "(Song Kang-Ho), un homme de l'ombre ayant de l'influence dans les milieux politiques, économiques et militaires, et Kim San(Byun Yo-Han), un Coréen parti étudier aux États-Unis grâce à la bourse Albright (destinée à l'élite coréenne pro-américaine). Tous les deux rêvent de changer le destin de la Corée du Sud et d'en faire une grande nation industrielle. Sam-sik (surnom qu'on lui a donné adolescent, car pour lui nourrir un Coréen trois fois par jour est son credo) voit en Kim San un visionnaire idéaliste. Lui-même est un pragmatique pour atteindre son but, quitte à s'affranchir de la légalité. Pour Sam-sik, Kim San est un peu le fils qu'il n'a jamais eu et il va placer en lui toute sa confiance pour en faire un grand homme. Nous sommes dans une période trouble, la 1re République agonise, le temps des grands changements approche. Le récit va nous narrer les « tractations de palais » destinées à mettre en place les hommes de demain, quitte, pour Sam-sik, à jouer sur les deux tableaux.
Avant de commencer, je tiens à préciser que si vous n'avez pas un minimum de connaissances historiques, ou si vous n'aimez pas le blabla à répétition, le rythme lent, les flashbacks ou les réitérations de séquences, ce n'est pas la peine de regarder, vous allez vous emmerder. Surtout qu'il ne faut pas perdre de vue que ce n'est qu'une fiction qui, certes, s'appuie sur des faits historiques, mais énormément romancés. Ce qui est intéressant, c'est de voir l'évolution de ce duo improbable et atypique, formé entre un faiseur de rois aux méthodes peu orthodoxes et un petit génie de l'économie ayant étudié aux États-Unis : pourront-ils modifier le rapport de force en leur faveur et permettre à la Corée de s'éveiller ? C'est ainsi que se présente Uncle Sam-Sik, un drame politique intéressant sur le fond, mais qui va vite trouver ses limites dans un narratif qui va tourner rapidement en boucle. C'est un drama pas évident à suivre, parce qu'il a beaucoup de protagonistes. Disons qu'en dehors des deux héros, les personnages clés restent les politiciens Kang Seong-Min(Lee Kyoo-Hyung), le pro-régime, et Choo In-Tae(Oh Gwang-Rok), le chef de l'opposition. À cela, on ajoute la Fédération de Cheongwoo autour du patriarche Un Yo-Sub(Joo Jin-Mo). Enfin, j'ajouterai les deux militaires les plus importants, le général Jang Doo-Sik(Yoo Jae-Myung) et le lieutenant-colonel Jeong Han-Min(Seo Hyun-Woo), tous deux à la botte de Sam-sik. Voilà, je vous ai bien déblayé le terrain.
Cette série a placé la barre très haute, peut-être trop même. Si le début et les trois derniers épisodes relèvent le niveau parce qu'il s'y passe des choses, je ne vais pas vous cacher que, sur les 16 épisodes (heureusement très courts), plus de la moitié sont une calamité à suivre, et pourtant je suis dans mon élément. Ça devient vite pompeux, redondant et inutilement complexe. L'ajout d'images d'archives vers la fin contribue, d'une part, à appuyer le récit historique, mais, paradoxalement, il va aussi dévoiler les carences et les défauts de la série. Le drama utilise la rhétorique et les institutions de la 2e République alors qu'il se situe encore dans la 1re. Il n'est pas rare de s'embrouiller plus d'une fois. C'est une histoire qui manque d'émotion et d'empathie, on est loin de Mr. Sunshine ou de Chief Detective 1958. Les atouts majeurs du drama reposent sur une bonne réalisation, à défaut d'une narration limpide, mais surtout sur les prestations de Song Kang-Ho, qui tourne ici son unique drama, et de Byun Yo-Han qui, quand il se déplace, fait toujours dans le qualitatif. Le scénario est bon, les dialogues aussi, mais, comme je l'ai dit, cela demande énormément de rigueur et d'attention, sinon on perd vite le fil. Je ne vais pas vous mentir : durant plusieurs épisodes, j'ai mis en accéléré car j'avais l'impression de faire du sur-place. La mise en scène n'aide pas, car je l'ai trouvée un peu calamiteuse.
Venons-en aux racines des problèmes : la première question qui m'est venue à l'esprit, c'est : « Où est passé le pognon ? » Car, pour ceux qui l'ignorent, Uncle Sam-sik est le plus gros budget de Disney de tous les temps pour un drama (28 millions d'euros), avec La vie portera ses fruits de Netflix (38 millions). Il faut savoir que Disney a mis deux ans à convaincre Song Kang-Ho de tourner, car il n'aime pas le format drama : son salaire, à lui seul, a absorbé près de 4,8 millions de dollars. Passons, mais le reste ? Les décors intérieurs et les costumes sont réussis, mais les extérieurs et les CGI, ainsi que les autres effets spéciaux, sont tout simplement affreux ; c'est honteux de proposer ça. La scénographie bancale ne compense pas une photographie de qualité. L'immersion s'en trouve un peu gâchée. Mais le choix le plus discutable, selon moi, c'est d'avoir d'abord mis Sam-sik et Kim San dans la mauvaise période : en effet, il aurait été plus judicieux de situer l'action à la veille de la prise de pouvoir du général Park Chung-hee en 1961. C'est là que les événements les plus importants dans l'évolution de la Corée arrivent. C'est pour cela que la série donne parfois l'impression de mélanger les repères historiques. Enfin, Uncle Samsik veut être une grande fresque politique et intellectuelle, mais elle reste souvent trop distante : la relation entre Sam-sik et Kim San, qui devrait être le cœur de la série, fonctionne davantage comme une confrontation d'idées que comme un véritable lien humain. C'est vraiment dommage de passer à coté.
Que retenir au final ? Bien sûr, le plaisir de voir jouer ces deux acteurs talentueux, le côté carte postale d'une période d'une Corée instable qui fait du sur-place, le désir de deux hommes de sortir la nation du marasme et de sanctifier les milieux politiques et économiques, quels que soient les moyens employés. C'est l'histoire de deux idéalistes aux idées novatrices qui utilisent les armes de la corruption pour assainir un système à bout de souffle. Uncle Samsik possède un sujet riche et une période historique fascinante, mais la série semble plus intéressée par les concepts politiques que par l'histoire vécue par les individus. Là où une œuvre comme Mr. Sunshine réussit à transmettre une époque grâce à l'émotion et aux personnages, ce drama reste souvent froid, théorique et soporifique. Une histoire qui aurait probablement gagné à être plus courte et plus centrée sur les grands bouleversements de 1960-1961. D'ailleurs, je pense qu'un film de 2 h 30 aurait eu plus d'impact que cette série. Une autre bonne chose à retenir aussi, c'est la vraie histoire d'amour qui a vu le jour entre Byun Yo-Han et Tiffany Young, qui joue sa fiancée : le comédien et la chanteuse filent toujours le parfait amour, vu qu'ils sont désormais mariés.
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