La série est très largement documentée, inspirée du best-seller autobiographique de l'écrivaine Deborah Feldman (qui a d'ailleurs étroitement collaboré au scénario et à la supervision sur le plateau).
Le choix du yiddish : C'est un pari audacieux qui s'avère extrêmement payant. Les quatre épisodes reconstituent très précisément les rites (le mariage, la cuisine, les vêtements, les prières). Faire parler les personnages majoritairement en yiddish, une langue d'Europe de l'Est préservée par cette communauté comme un rempart contre le monde moderne, crée un huis clos linguistique étouffant pour le spectateur. Nous sommes plongés dans leur isolement.
La symbolique de Berlin : La liberté d'Esty vient d'un retournement géographico-culturel à la fois follement enthousiasmant et terriblement ironique. Fuir une communauté fondée par des survivants de la Shoah (qui voient dans leur mode de vie ultra-strict une protection pour repeupler leur lignée anéantie) pour trouver refuge en Allemagne, le pays même de la destruction de ses ancêtres. Cela pourrait apparaître comme une ficelle scénaristique grossière, presque provocatrice. Mais l'écriture est brillante. Le passé lourd de Berlin est affronté frontalement, notamment lors de la scène au lac Wannsee (lieu de la conférence où fut décidée la Solution finale), qui devient paradoxalement le lieu du baptême libérateur d'Esty. Il convient de souligner qu'il y a bien un véritable phénomène contemporain de migration de jeunes juifs israéliens et américains s'émancipant vers la vibrante capitale allemande, Deborah Feldman en étant le parfait exemple.
La musique comme exutoire : La bande-son n'est pas qu'un simple accompagnement, elle est le fil rouge de l'émancipation. Interdite de chanter en public dans sa communauté (la voix des femmes étant considérée comme impudique), Esty redécouvre le monde par le son. Qu'il s'agisse du classicisme académique du conservatoire de musique, des chants traditionnels poignants, ou de la découverte brutale de styles plus contemporains dans une boîte de nuit underground berlinoise (avec le groupe Catnapp dans un épisode 3 mémorable), la musique est le langage de sa renaissance. Le climax émotionnel de la série repose d'ailleurs entièrement sur une audition musicale qui vous laissera en larmes.
Ce n'est pas seulement l'histoire d'une fuite religieuse. C'est l'histoire universelle de quiconque a un jour décidé de rompre avec le chemin tracé par les autres pour oser s'écouter enfin. La libération d'Esty est un hymne au courage, une ode à la vie qui palpite en chacun de nous, même sous les contraintes les plus lourdes.