Un beau jour, des dizaines de soucoupes volantes blanches apparaissent un peu partout dans le monde : les extraterrestres arrivent ! Bonne nouvelle, ils nous ressemblent et disent venir en paix. Ils ont besoin de nous pour fabriquer des composés chimiques qui pourraient sauver leur planète d’un désastre écologique ; en échange, ils sont prêts à partager leurs connaissances et technologies. Cependant, ces « visiteurs » pourraient avoir des intentions bien moins avouables…
La science-fiction est certes un prétexte à l’évasion, avec ses aliens improbables, ses mondes exotiques et ses gadgets futuristes. Cependant, elle a toujours été un terrain très fertile pour développer un propos bien plus terre-à-terre sur l’Homme et les sociétés qu’il fonde sur sa belle planète bleue. Si le cycle Fondation, œuvre maîtresse d'Asimov, prenait le prétexte d’un Empire galactique pour esquisser une réflexion sur la marche de l’Histoire et la chute des civilisations, V nous raconte le genèse du totalitarisme, inspiré par un livre de Sinclair Lewis (It Can’t Happen Here) qui fit scandale en expliquant comment le fascisme pourrait très bien arriver aux USA.
Sorti en deux épisodes d’environ 1 h 30 chacun, V présente cette recette, qui n’est pas nouvelle : d’abord, montrez-vous sous votre meilleur jour, instaurez la confiance, mélangez-vous à ceux que vous espérez contredire. Ensuite, faites des boucs-émissaires de vos principaux ennemis (en l’occurrence les scientifiques, ceux qui sont le plus à même de démasquer les visiteurs). Faites votre propagande, embrigadez la jeunesse… Posez-vous en victime, quitte à inventer des complots imaginaires ; enfin, infiltrez les forces armées, bien évidemment au nom « de l’ordre et de la paix », pour éliminer la résistance que vous ne pouvez contrôler…
Dans les années 80, le maccarthysme est loin mais l’Amérique est toujours en pleine guerre froide. La peur du noyautage, de la subversion par l’ennemi de l’intérieur, elle, est toujours là — peur qui animait également l’Union Soviétique, et plus généralement tout pays en état de conflit. C’est elle qu’incarnent les reptiliens manipulateurs de V.
Les deux épisodes sont maîtrisés et bien joués ; les effets spéciaux étaient bluffants pour l’époque (mention spéciale aux aliens à écailles, glaçants sous leur peau humaine synthétique). Le deuxième est un poil moins intéressant que le premier, faute à un scénario un peu facile, mais il a le mérite de retracer la formation de la résistance, les choix de chacun, leurs qualités et leurs défauts dans cette guerre qui ne dit pas son nom. Tous les personnages évoluent et (chose appréciable) évitent tout manichéisme.
En plus d’être une série divertissante et réussie, V a un bon fond, et se révèle finalement plus pertinente que nombre de pamphlets politiques simplistes assénés avec la délicatesse d’un coup de maillet dans la poire. Un vrai petit classique de la SF.