J'ai revu les dix-neuf épisodes en sachant que Kenneth Johnson, lui, ne les a jamais vus. Il l'a redit à plusieurs reprises en interview, sans détour : de la série hebdomadaire, il n'a pas regardé un seul épisode. On prend ça pour de l'orgueil de créateur évincé. On finit par y voir un diagnostic.
Son projet de 1983 s'appelait Storm Warnings. Pas de soucoupes dedans. Du Sinclair Lewis, un régime qui s'installe par consentement, des voisins qui dénoncent. Les extraterrestres sont arrivés par une note de service, parce que NBC doutait que le public américain reconnaisse le fascisme quand on le lui montrerait. Johnson a répondu que le concept n'était pas si compliqué : une chemise brune, un crâne rasé, on tabasse quelqu'un.
Le problème de la série n'est pas son budget, même si la résistance humaine finit par ressembler à quatre personnes et un van Ford. Le problème est structurel. Une occupation racontée chaque vendredi soir cesse d'être une occupation. Elle devient un décor. Les mêmes explosions reviennent deux semaines de suite, les mêmes couloirs, la même trahison. L'horreur passe au statut de mobilier. C'est exactement ce que le fascisme fait aux populations, sauf qu'ici c'est involontaire, et donc ça ne raconte rien.
Regardez qui produit. Deux des hommes que Johnson accuse d'avoir saccagé La Bataille finale, et un consultant créatif venu de Peyton Place. Programmée le vendredi à 20h contre Shérif fais-moi peur, dans une saison où Dynastie est numéro un et Dallas numéro deux. Ils n'ont pas raté une série politique. Ils ont réussi un soap.
Reste une chose que la mini-série n'avait pas et dont personne ne parle : Nathan Bates. L'industriel qui négocie une ville ouverte avec l'occupant. Le collaborateur par calcul comptable, pas par idéologie. C'est la seule invention adulte de ces dix-neuf épisodes, et elle arrive dans un programme qui n'a plus les moyens de la traiter.
L'histoire s'arrête en mars 1985 sur un cliffhanger que personne n'a résolu. Fin logique pour une série qui n'avait plus rien à dire depuis l'épisode trois.