Je n'avais jamais entendu parler de cette adaptation télévisée anglaise et pourtant, elle mérite largement d'être découverte. D'abord parce que c'est une des rares adaptations intégrales du roman (la première ?), juste un an avant celle (intégrale aussi) de J.C. Carrère en France. Il y a d'ailleurs beaucoup de points communs entre elles : elles sont toutes deux en noir et blanc, plutôt théâtrales et ont un Heathcliff très fidèle à celui du roman. Un détail étonnant : j'ai lu que la série était en couleur au moment de sa diffusion en 1967, mais les bandes ont été effacées et il ne reste que les copies en noir et blanc. C'est rageant, parce que les paysages semblent très beaux.

Malgré ses trois heures, cette adaptation anglaise souffre un peu d'un manque de temps (la française dure 30 minutes de plus). C'est flagrant dans la première partie (2 épisodes) où l'histoire est vraiment trop compressée. Beaucoup de scènes importantes sont à peine évoquées et s'enchaînent trop rapidement. La deuxième partie (2 épisodes) est plus réussie et prend plus le temps de développer les personnages et leurs relations.

La principale qualité de cette mini-série, c'est le choix des acteurs. Comme dans la version française - et dans d'autres versions cinéma ultérieures -, c'est la même (jolie) actrice qui joue Cathy et sa fille. Elle réussit, même si le temps manque, à donner beaucoup de vie et d'intensité à Cathy.

Mais la plus grande réussite et l'attraction principale reste Ian McShane en Heathcliff. Beau (mais pas trop) brun viril aux sourcils épais et aux yeux clairs, il lui manque juste d'être un peu plus grand et baraqué pour être le Heathcliff idéal - ce qui n'est pas le cas pour Timothy Dalton. Il avait 24 ans au moment du tournage, ce qui est parfait pour la première partie, mais ça l'est évidemment moins pour le Heathcliff de la deuxième partie plus vieux de 20 ans. Mais McShane compense étonnamment sa juvénilité (mal masquée par de gros favoris et une petite moustache collés ^^) par son énorme charisme et son jeu très intense qui me rappellent Timothy Dalton dans la version de 1970. Paradoxalement, c'est le Heathcliff plus âgé mais moins crédible physiquement que je préfère, parce que le jeu de McShane est énorme. Son Heathcliff est sauvage, brutal, cruel et ivre de haine, comme il se doit. Peu de versions montrent un Heathcliff qui brutalise physiquement les femmes ET les enfants. Ça fait du bien de voir une version qui ose le faire. Si on a les foies d'adapter fidèlement un roman aussi violent, on en choisit un autre, c'est simple.

La caméra utilise bien son incroyable regard de loup si photogénique et il est abondamment filmé en gros plan. Il semble avoir été le modèle pour Timothy Dalton et Ralph Fiennes qui ont le même genre de photogénie et de regard animal. Il utilise parfaitement son visage, son regard et sa voix grave d'acteur de théâtre pour rendre toute la complexité et les contradictions de Heathcliff. Il est terrifiant dans sa violence et sa soif irrationnelle de vengeance, mais devient très émouvant à la fin, quand il commence à lâcher prise et perdre l'envie de vivre. C'est là que sa juvénilité et sa carrure menue jouent en sa faveur.

La bande-son n'est pas le point fort de la série, c'est clair. Dénuée de musique, elle est principalement occupée par le bruit du vent qui hurle, beaucoup trop fort et très gênant par moments.

Je conseille vivement, mais seulement aux fans du roman.

Mairrresse
7
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le 1 mars 2026

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