Un véritable gâchis. Jusqu’au deuxième épisode de la saison 4, Yellowstone est plutôt bon — parfois même très bon — avec une galerie de personnages solide et un vrai sens de l’atmosphère.
Le premier gros point noir, restera le traitement de Beth. Aucun problème à avoir une garce de service (l’équivalent féminin d’un J.R. Ewing, pour ceux qui se souviennent de Dallas ::tousse::), mais ici le personnage est monolithique de la première à la dernière minute. Vulgaire, méprisante, hors-sol, ne respectant rien ni personne : jouissif par moments, vite fatigant sur la durée.
Le pire, c’est que sa haine permanente est souvent à l’origine des malheurs qui s’abattent sur la famille, mais Sheridan n’appuie jamais vraiment là-dessus. Comme si cette responsabilité narrative l’ennuyait — ou comme s’il était trop occupé à se filmer, épisode après épisode, en pleine démonstration de dressage de canasson.
Le vrai naufrage de cette série arrive avec la seconde partie de la saison 5, totalement foireuse. D’un épisode à l’autre, on expédie le personnage principal de la pire des manières, au point que ça en devient presque risible : plus aucune image de John après le suicide maquillé, et derrière, tout le monde semble perdu. Chronologie incohérente, réactions aberrantes, personnages erratiques… l’épisode 9 est un vrai bordel. Sheridan tente tant bien que mal de bricoler une conclusion en urgence à une série pour laquelle il envisageait encore clairement deux ou trois saisons supplémentaires.
Le clash entre Kevin Costner et la production laisse un goût amer. Même si certains acteurs tiennent la barre jusqu’au bout, ces cinq derniers épisodes sans le patriarche n’ont rien de crépusculaire. On est face à l’un des cancers récurrents des séries au long cours : sacrifier personnages et cohérence sur l’autel du dollar, du timing ou de l’ego.
Yellowstone restera donc, pour moi, dans la case des déceptions. J’en garderai les paysages, cette capacité qu’a Sheridan à faire ressentir la vie des cowboys et leur statut d’espèce en voie de disparition. Mais la série souffre clairement d’un problème d’écriture dans l’évolution des personnages — et il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire aussi sur le cas Jamie.
Sheridan a prouvé par le passé qu’il était capable du meilleur côté scénario (Wind River, Sicario, Comancheria), mais il semble aujourd’hui victime de sa productivité devenue exponentielle.